Une laïcité arrogante

par Gérard Leclerc

mardi 10 septembre 2013

« La laïcité de l’école offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression. » Voilà sans doute la formule la plus importante de la charte de la laïcité à l’école, présentée hier par Vincent Peillon, notre ministre de l’Éducation nationale. N’est-ce pas le bon sens même, la sagesse, le socle d’une vie commune possible ? Je reconnais que l’on peut recevoir ce type de principes de la façon la plus positive. Qui pourrait aller à l’encontre de la construction de la personnalité, de l’exercice du libre arbitre, de l’apprentissage de la citoyenneté ? Pas grand monde, sans doute ! Et pourtant, j’exprime une sérieuse réserve. J’aurais tout approuvé, sous réserve d’une très mince correction. J’aurais, en effet, préféré la formule suivante : La laïcité aide à créer les conditions... Aide à créer, c’est sans doute plus modeste, mais cela me paraît plus conforme à la mission de l’école. Mission magnifique au demeurant, et néanmoins faillible. L’école devrait offrir tous les moyens de la réussite humaine, mais elle peut être inégale à sa finalité. Elle peut rater sa mission.

Et puis l’école n’est pas seule, elle est certes le lieu privilégié pour le savoir. Mais elle se situe à l’intérieur d’une société vivante aux multiples visages, qui offrent d’autres possibilité de s’épanouir et de grandir. La famille est essentielle dans ce tissu vivant, comme le sont les communautés de base et tout ce qui concourt à la sociabilité élémentaire, l’éducation religieuse, les différentes associations, le scoutisme, les mouvements d’enfance et de jeunesse... Tout cela est oublié, comme si seule l’école éduquait la personnalité, faisait émerger le libre arbitre, initiait à l’existence sociale. Certaines formules fâcheuses de Vincent Peillon ont pu, par ailleurs, renforcer ce sentiment, lorsque le ministre s’en prenait aux divers déterminismes, notamment familial, comme si l’école était le seul lieu de l’émancipation humaine. Il manque un zeste d’humilité dans cette charte, et ce pourrait bien être le secret de toute une philosophie.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 10 septembre 2013.

Messages

  • « La laïcité de l’école offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression. »

    Si seulement c’était vrai ! Mais c’est faux !
    Par les programmes des groupes de pression imposent leur idéologie !
    Le lobby LGBT ne se prive pas de faire sa propagande...ni les imams, ni les militants politiques ! Même les ministres y vont pour faire de la propagande ! (Cf. Najat Vallaud-Belkacem)

    Et quand une jeune fille fait de la propagande pro-palestinienne, le PCF et des syndicats d’enseignants attaquent le Professeur qui lui a demandé de couvrir son T-Shirt !

    http://www.alterinfo.net/Communique-de-soutien-a-Zeyneb-D--eleve-en-classe-de-3eme-au-college-Claude-Bernard-de-Villefranche-sur-Saone-victime_a42724.html

  • Ne soyons pas naïfs : la laïcité à l’école publique protège de toutes pressions et de tout prosélytisme sauf du laïcisme anti-religieux qu’elle véhicule en réalité...

    Je rappelle que SOS Homophobie a perdu son agrément obtenu sous Sarkozy récemment (vite redonné d’ailleurs par la gauche) parce que le matériel pédagogique destiné à éradiquer l’homophobie chez les jeunes était en fait conçu pour diffuser une propagande anti-religieuse, les religions étant bien sûr présumées homophobes.

    Je pense qu’il est trop tard pour repenser l’école publique comme sanctuaire de la République. Le mythe de la neutralité a vécu. La laïcité selon Vincent Peillon est encore une entreprise idéologique. Il suffit de se reporter à ses références (F. Buisson) et à ses écrits. M. Peillon ne voit pas la République laïque mais rêve de toute la société laïque, ce qui est un fantasme de franc-maçon.

    Pour ma part, je ne souhaite qu’une chose : c’est que la République donne une vraie liberté de choix aux parents qui veulent sortir leurs enfants de l’école publique pour les confier à des écoles ayant un vrai projet éducatif chrétien. Seule la concurrence vigoureuse du secteur libre contraindra le secteur public à évoluer et à s’ouvrir enfin aux réalités de la société, sous peine de faire du pseudo sanctuaire un réel ghetto.

    On ne peut plus du tout raisonner comme en 1890 où l’on prétendait former le citoyen sur un seul et même moule, avec pour vademecum de morale le traité de Charles Renouvier...Les enseignants eux-mêmes sont d’ailleurs aussi paumés que leurs élèves pour bon nombre d’entre eux...

    • Bravo, entièrement d’accord. Vive la concurrence ! et qu’on ouvre des écoles coraniques s’il le faut sous contrôle des programmes.

      Et que Peillon aille ouvrir ses écoles à lui sans obligation de s’ y inscrire.

  • « Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression. »

    Tiens donc, un pays ne vient-il pas de passer une loi pour protéger les mineurs du prosélytisme gay ? Et notre gouvernement, qui aime protéger les enfants contre le prosélytisme s’en insurge ? N’est-ce pas incohérent ?

    En fait il manque un morceau à la phrase de la charte :
    « Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression de la part de gens qui n’ont pas nos idées »

    Là ça colle ;)

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.