Une immense réciprocité de service

par Gérard Leclerc

mardi 12 mai 2020

© Julian Kumar / Godong

À la une du Parisien d’hier, ce très beau titre : « Si on redémarre, c’est grâce à eux ! Karine, Yann, Lourdés, Abdelaadi… Gériatre, caissière, gardienne, brancardier, aide à domicile, porteur de journaux, bénévole. Nos héros du quotidien. Merci à vous. » Chaque soir, nous applaudissons à nos fenêtres les soignants, dont le dévouement, qui va jusqu’à l’héroïsme, se signale d’abord à notre reconnaissance. Mais la société n’aurait pu fonctionner ces dernières semaines sans toutes ces personnes que Le Parisien a bien raison de mettre en évidence. Une situation d’exception met en évidence ce qu’a d’exceptionnel le dévouement et l’engagement de toute cette armée qui a tenu devant l’adversité, avec une constance qui force notre admiration.

Le plus souvent, on est enclin à se polariser sur ce qui ne marche pas. Mettre en accusation nous est plus familier que de dire merci. Et certes, une société se signale aussi à travers ses dysfonctionnements, ses injustices. Beaucoup de philosophes font de la violence des rapports sociaux le fondement du politique, qui intervient pour établir un équilibre et même la paix, en disposant du seul recours légitime à la force. Pour d’autres, c’est la lutte des classes qui est tout simplement le moteur de l’histoire. Ces dernières saisons, l’analyse des politologues a même eu tendance à remettre au premier plan ces antagonismes de classe, qui se seraient durcis avec certains processus de la mondialisation. La pandémie actuelle ne saurait nous faire oublier la révolte des Gilets jaunes qui n’est pas un simple épisode passager.

Pourtant, tous ces antagonismes évidents ne sauraient nous faire oublier d’autres principes de philosophie politique. Si le corps social ne finit pas par éclater et si la révolution rédemptrice tarde à venir, c’est que les citoyens et les producteurs ont aussi besoin les uns des autres, et qu’une sorte de règle de réciprocité demeure sous-jacente au déséquilibre des processus sociaux. Toute société est fondée sur une immense réciprocité de services, sans laquelle elle s’effondrerait. Peut-être la situation exceptionnelle qui est la nôtre nous y rend en ce moment plus sensible. Puissions-nous rendre aux héros du jour l’équivalent des services qu’ils nous offrent si généreusement !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 12 mai 2020.

Messages

  • Le confinement obligé aura eu le bénéfice de revisiter les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité.
    Ce dit confinement retrait du monde ad intra aura développé la solidarité de voisinage de la condition humaine mise en danger par la pandémie.
    La liberté civile devenue pour tout un chacun le droit de la différence contenue dans le respect des autres a de toute évidence réfréné l’ardeur impatiente de penser à soi, pour soi et par soi.

    L’égalité religieuse sera le lot partagé d’un bien commun qui ne souffre aucune faveur d’exception sinon de contraintes de survie pour contenir la menace de mort.

    L’égalité civile appelant le dividende de l’équité pour tous, quel que soit l’origine, l’âge, et le profil individuel du citoyen soumis aux mêmes règles.

    La fraternité devenant un enjeu souverain du rapport personnel à la vie sociale, conditionna l’ambition de laisser l’accessoire et le précaire pour le présent et se résumer à l’essentiel de l’humanité commune du moment.
    Fraternité religieuse ou spirituelle pour le cas si peu distincte de la fraternité sociale, du sauvons nous ensemble, aura dessiné des visées proches d’un art de vivre meilleur, retenu aux indispensables et simplifié dans ses énergies.
    Liberté, égalité et fraternité devenant par règle et sans doute par nécessité, compassion, partage et humanité aura appris le rapport positif d’un confinement inhabituel pour tous.

    Qu’en ferons-nous à l’avenir, ensemble dans nos différentes philosophies ou spiritualités personnelles ?
    Le confinement nous fut imposé par les événements.
    Le déconfinement nous est donné pour le futur, commun et prochain.
    Qu’en pensons-nous ?

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