Une identité malheureuse ?

par Gérard Leclerc

jeudi 31 décembre 2015

La prise de distance que je me suis imposée avec les options politiques dans cette chronique n’implique nullement que je sois indifférent à ce qui se joue de fondamental sur la scène publique. D’ailleurs, il m’arrive d’intervenir de mon point de vue, qui n’est pas forcément celui de Sirius, pour donner mon sentiment sur certains débats en cours, en m’efforçant à une certaine neutralité partisane qui ne consonne pas avec une neutralité philosophique. Or, dans les discussions présentes, qui divisent farouchement l’opinion publique et les commentateurs, la question de l’identité, qu’elle soit nationale ou culturelle, est souvent invoquée. Alain Finkielkraut parle même d’« identité malheureuse », soulignant ainsi combien le sujet peut être âpre et douloureux. Serions-nous condamnés à nous battre entre ceux qui sont en faveur d’une affirmation identitaire, soupçonnée de provoquer le rejet de l’autre et ceux qui prônent une ouverture mondialiste, soupçonnée d’araser les cultures au profit des effets de domination économique ?

Je ne suis pas sûr que les logiques binaires soient toujours les plus pertinentes. La vie est souvent plus complexe que ne le laissent penser les divisions idéologiques. Ce qui ne veut pas dire, par ailleurs, que lesdites divisions ne reflètent pas des enjeux importants, qu’il importe de prendre en compte, tout en tâchant d’envisager des compromis raisonnables. Je pensais à cette querelle des identités culturelles, en lisant ces jours-ci le joli livre que Laurent Dandrieu [1] a écrit sur la rencontre manquée entre le roi Louis XIV et le grand architecte italien qu’était Le Bernin. Rencontre manquée, parce que la venue à Paris de l’artiste n’aboutit pas à l’achèvement du Louvre envisagé par le roi. Deux cultures s’opposaient, deux conceptions de l’art s’affrontaient. Mais au bout du compte, la France ne sortait pas indemne de cette confrontation avec la Rome baroque. Un nouveau style français allait s’affranchir, donner des chefs-d’œuvre qui nous permettent aujourd’hui encore de nous identifier. Conclusion : il y a un nécessaire et bénéfique échange des cultures, mais cet échange n’empêche pas l’affirmation des différences et des spécificités. Un monde uniforme serait décidément triste. Encore faut-il qu’un monde différencié soit également fraternel. C’est la grâce que je nous souhaite en cette fin d’année.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 31 décembre 2015.


[1Laurent Dandrieu, Le roi et l’architecte. Louis XIV, Le Bernin et la fabrique de la gloire, Le Cerf.

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