Pâques à l’heure de la pandémie

Une fenêtre vers le Ciel

par Aymeric Pourbaix

mercredi 8 avril 2020

Flèches de la cathédrale de Chartres
CC by : Grégoire Coustenoble

Ce n’est pas une pandémie, mais un accident de la circulation qui, en 1654, provoque chez Blaise Pascal un changement inattendu. Lui le savant reconnu, à l’intelligence prodigieuse et précoce, un peu mondain, prend alors conscience de sa fragilité ; il se voit proche de mourir et quelques mois plus tard, le 23 novembre, connaît une véritable conversion. C’est ce qu’il a appelé sa «  Nuit de feu  », et qui lui fait découvrir un Dieu personnel, celui «  d’Abraham, d’Isaac et de Jacob  », et non celui, intellectuel et abstrait, des philosophes et des savants. Le Dieu de Jésus-Christ que lui, Pascal, avait «  fui, renoncé, crucifié  ». Et qui lui procure ce jour-là, par une grâce insigne, des «  pleurs de joie  ».

Face à la démesure

Cette expérience de paix profonde du cœur, de conversion à Dieu, de joie du Salut, marquera tellement Pascal qu’il fera coudre le texte de ce Mémorial dans ses vêtements. Elle semble faite pour notre temps. C’est à chacun de nous, personnellement, qu’est posée la question : face à la démesure de l’homme moderne, sa prétention à tout maîtriser, les cœurs et les intelligences sauront-ils s’ouvrir à plus grand que soi ? Lui offrir la royauté – d’amour – sur tous les domaines de nos vies ?

Question que le confinement rend encore plus aiguë. La privation de déplacements extérieurs et de relations sociales semble ouvrir une fenêtre vers le Ciel, de même que les hauts murs du sanctuaire de Rocamadour ont inscrit dans la pierre, à flanc de rocher, l’impossibilité de porter le regard ailleurs que vers le haut.

Car ce qui vient de voler en éclats avec cette pandémie, c’est le mythe d’un progrès universel et indéfini, cette croyance magique en une progression constante du bien-être matériel. Au risque d’étouffer au sein des peuples le besoin d’infini.

Ce désir commun, le Moyen Âge, avec son sens du réel et de la mesure, l’avait projeté concrètement dans les flèches des cathédrales. De toutes les cathédrales. Car on oublierait presque, avec l’incendie de Notre-Dame de Paris il y a un an, qu’elles furent nombreuses à fleurir entre le XIe et le XIVe siècle : de Noyon à Chartres, en passant par Assise, Westminster et Cologne… Toutes, comme l’a écrit Daniel-Rops, furent le fruit de la «  ferveur spirituelle  » d’un peuple entier, au cours d’une lente résurrection après l’effondrement du monde antique. Dans Comment on bâtissait les cathédrales (éd. Le Centurion, 1954), l’historien souligne aussi combien la cathédrale relie l’homme moderne à des racines qu’il croyait avoir coupées. La mobilisation après l’incendie de Notre-Dame en a été le signe le plus récent.

C’est que de ses racines sourd encore, mystérieusement, une «  sève inépuisable  », explique encore Daniel-Rops, qui «  pousse l’homme mortel au-dessus de lui-même  », vers l’éternité. Sève qui a provoqué ce «  printemps de la chrétienté  » au Moyen Âge, et qui pourrait resurgir à nouveau en France. Effet collatéral de la pandémie ? En tout cas, il ne faut pas l’exclure, car c’est bien l’immense espérance de Pâques : «  Mort, où est ta victoire ?  »

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