Une cathédrale humaine ?

par Gérard Leclerc

jeudi 18 avril 2019

Notre-Dame avant la messe des Rameaux (14 avril 2019)
© Michel Pourny

L’éditorial de Laurent Joffrin dans Libération d’hier était titré : « La cathédrale humaine ». L’expression assez transparente signifie une sorte de sécularisation de Notre-Dame, qui, par la grâce du père Hugo, serait passée du pouvoir des prêtres à celui du peuple. On comprend que la culture de Libé soit secouée par le phénomène d’extraordinaire attachement populaire et mondial à la figure de la cathédrale. Je reprends le mot figure au théologien Urs von Balthasar qui l’avait lui-même emprunté à Goethe. La figure renvoie à une profondeur de signification qui n’est pas tout à fait étrangère à Laurent Joffrin, lorsqu’à propos de Notre-Dame il va jusqu’à parler, en des termes un peu vagues il est vrai, de « môle de paix et de profondeur de temps », tout en se réclamant d’une pensée purement séculière.

Le directeur de Libé trouve en la personne de Fabrice Luchini un contradicteur qu’on pourrait dire absolu. Pourtant, le comédien confie d’emblée, pour Le Figaro, qu’il n’est pas chrétien. Mais il affirme sans hésitation, avec Péguy, que la France est bel et bien chrétienne et que l’événement tragique qui est survenu l’a frappé en plein cœur. Et d’expliquer : « Quelque chose de supérieur est venu perturber les calendriers des rencontres médiatiques, de la vie anecdotique, de la frénésie. C’est la métaphysique qui descend dans l’hallucinant débat agité des combats politiques pour affirmer une tragédie, restaurer une gravité. Ces flammes et ces cendres nous étreignent. Tout le monde est dépassé. On pourrait presque penser à un signe. »

Bien sûr, Luchini reste comme en suspension, mais ne s’en laisse pas moins bousculer par une tragédie métaphysique. Restons-nous dans le registre de la culture où Joffrin voudrait nous enfermer ? Oui, dans un certain sens, sauf que pour Luchini il ne saurait être question d’enfermement. Sa culture est ouverture à ce qui fait interrogation, à l’encontre de tout rationalisme. On peut penser à Malraux, passionné de toutes les énigmes de l’art et dont l’agnosticisme est le contraire d’une réduction rationaliste. Mais dans le cas de Notre-Dame, nous sommes bien au-delà de l’énigme, nous sommes face à l’éclat d’une figure qui renvoie dans sa statuaire, ses vitraux, ses rosaces, son élan de nef lancé vers le ciel, au trésor indépassable de la Révélation biblique et chrétienne.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 18 avril 2019.

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