«  Les renouveaux religieux au XIXe  »

Une bonne pension de famille

par Philippe Delorme

jeudi 5 décembre 2019

La personnalité d’Emmanuel-Joseph Bailly, ainsi que sa maison, se révèlent exemplaires du renouveau de la pensée et de l’édition catholique en France au XIXe siècle.

Une génération après les excès de la Révolution, le réveil de la ferveur religieuse se traduit, en particulier, par une implication plus importante des laïcs dans les œuvres intellectuelles d’évangélisation. Parmi ceux-ci, Bailly apparaît comme l’un des hommes de son époque «  qui ont fait le moins de bruit et le plus de bien  », pour citer l’un de ses biographes.

Né en 1793, issu d’une famille très pieuse du Pas-de-Calais, il songe d’abord à embrasser la carrière sacerdotale. Séminariste, un temps professeur de philosophie, il entrera définitivement dans le siècle pour ouvrir, en 1819, une pension de famille à Paris, d’abord au n° 7 de la rue Cassette, puis place de l’Estrapade. Bailly, légitimiste, s’affilie à la Congrégation de la Sainte-Vierge, organisation d’origine jésuite, prônant l’alliance du Trône et de l’Autel, et qui jouera un rôle de premier plan durant la Restauration.

Un lieu-ressource

À ses jeunes locataires – étudiants en droit ou en médecine, souvent fils de hobereaux de province – il offre d’abord un «  lieu de famille  » chaleureux. Il leur propose aussi, en guise de «  distraction intellectuelle  », de former une «  société des études littéraires  », avec des conférences hebdomadaires, afin de s’y exercer à parler en public par la pratique de la joute oratoire.

L’idée a un tel succès que vont bientôt y adhérer des étudiants extérieurs – y compris quelques «  libres penseurs  ». C’est ainsi que le jeune Baudelaire va côtoyer le futur prédicateur Henri Lacordaire, Frédéric Ozanam ou encore Emmanuel d’Alzon, qui fondera les assomptionnistes. Quoique d’essence conservatrice, cette petite société contient en germe le mouvement catholique libéral.

Soucieux de doubler son œuvre intellectuelle d’œuvres morales et charitables, Bailly sera, avec Ozanam, à l’origine des conférences de Saint-Vincent-de-Paul. En 1837, ce dernier adressera cette lettre à «  Monsieur Bailly  » le remerciant pour «  la paternelle amitié [qui] est au nombre des plus grands bienfaits dont la Providence a comblé [sa] jeunesse  ». Et il poursuit : «  Vos encouragements, vos conseils et vos exemples ont groupé autour de vous des âmes excellentes parmi lesquelles la mienne a trouvé le repos pendant des années d’exil et de danger. Votre impulsion a fait entrer mon intelligence dans des voies que sans vous elle n’eût osé tenter.  »

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine. 

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