Une angoisse identitaire ?

par Gérard Leclerc

mardi 30 janvier 2018

Est-il vrai que la question de l’identité travaille beaucoup les catholiques, en ce moment ? Plusieurs ouvrages viennent de paraître à ce sujet. Je note l’essai de Jérôme Fourquet, par ailleurs directeur du département Opinion de l’Ifop : À la droite de Dieu, le réveil identitaire des catholiques. N’ayant pas lu le livre, je ne retiens que l’idée du titre et je m’interroge. D’abord personnellement, et je suis obligé de faire un aveu. Je n’éprouve quant à moi aucune angoisse identitaire. Dieu merci, je n’ai pas besoin de tranquillisants. Je vis plutôt paisiblement avec mes convictions, sans remue-méninges particulier. Et si je regarde autour de moi, du moins du côté des catholiques que je fréquente – car je ne fréquente pas, loin de là, que des catholiques – je n’ai pas le sentiment d’un trouble profond.

On invoque certes la situation difficile de gens qui se considèrent désormais comme minoritaires dans la société. C’est une réalité dont il faudrait exactement analyser la nature. Être minoritaire, cela ne signifie pas nécessairement vivre comme des émigrés de l’intérieur. Ce n’est pas ce que j’observe, bien au contraire. J’ai plutôt l’impression que les catholiques de conviction sont à l’aise dans la vie sociale, qu’il sont plutôt équilibrés et que leur entourage est plutôt content de leur présence et même de leur rayonnement quand il se manifeste.

Oui, me dira-t-on, mais il y a les grandes questions dites sociétales qui bouleversent les mœurs. Et vos catholiques se trouvent là non seulement minoritaires mais en décalage total avec le consensus général et l’évolution des mentalités. C’est vrai, incontestablement. Mais cela doit-il être vécu comme une faiblesse ? Être en résistance, cela peut vous donner au contraire une certaine force intérieure, d’autant qu’il s’agit très souvent de se déterminer après avoir creusé les sujets controversés, alors que la masse est tentée de suivre le courant sans plus.

Mais, insistera-t-on, il y d’autres menaces qui agitent l’opinion : celle de l’islam, par exemple, et celle des migrants. Là encore, je me méfie des idées toutes faites. Il me semble que les chrétiens sont plus à même de comprendre les musulmans que les incroyants, parce qu’ils sont intimement marqués par le phénomène religieux et souvent mieux équipés intellectuellement pour en comprendre les données. On me dira que je suis bien optimiste. Oui, et je l’assume, jusqu’à preuve que j’ai foncièrement tort.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 30 janvier 2018.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Ah bravo ! Donc, non seulement vous n’éprouvez "aucune angoisse identitaire" à constater la déchristianisation de la France, mais, même minoritaire, vous restez "à l’aise dans la vie sociale" : même pas un petit regret ? Ne serait-ce qu’à voir les fléaux qu’entraîne la perte de la foi : le vide spirituel, l’inversion des valeurs, l’avortement promu et sanctuarisé, la fabrication d’enfants pour le désir des adultes, les dérives euthanasiques, la drogue, la pornographie, la violence.

    Au passage, comment pouvez-vous dire que les évolutions "sociétales" qui "bouleversent les moeurs" font l’objet d’un "consensus général" et traduisent "l’évolution des mentalités" ? Si elles bouleversent les moeurs, c’est bien parce que les mentalités n’ont pas évolué dans le sens des lois.

    "Catholique de conviction", vous êtes "en résistance", dites-vous ? Et comment donc se manifeste cette résistance ? Vous manifestez, vous pétitionnez, vous évangélisez ? Dites-nous !

    Quant à l’islam et aux migrants (ou plus exactement aux clandestins), votre aveuglement fait que je vous admire ! Je ne donnerai aucun argument pour décevoir un si bel "optimisme". Simplement, comment vous arrangez-vous avec le pessimisme des chrétiens d’orient, de Mossoul ou de Maaloula, qui nous alertent sur le thème : "Nos souffrances d’aujourd’hui sont un prélude au vôtre" ?

  • Il faut être âgé pour écrire cela et ne pas avoir le sens du leg. La france de demain (2030) sera musulmane à 20 %, violente par l’accueil inconditionnel de populations misérable et différentes, médiocre par la mort de toute références culturelles et religieuses (les deux étant liés).
    on annonce déjà qu’en 2050, il y aura 250 millions d’immigrés en europe.
    la moitié de la population de ce continent....

  • Espérer pour combattre l’angoisse
    A tous les prophètes de malheur, vivons au temps présent. L’espérance à vivre aujourd’hui c’est la première demande de l’acte du même nom : la grâce dans ce monde... "je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps". Et je crois que cela demande toute notre énergie hic et nunc.
    Pour nous y aider : la lettre à Diognète à laquelle nous renvoient les derniers mots de la partie consacrée aux laïcs par Lumen Gentium : " ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde".
    "Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier.
    Ils habitent les cités grecques ou les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois particulières et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans leur propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère.
    Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants ; mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois (…)"

    Merci à GL pour son espérance qu’il ne faut pas confondre avec de l’optimisme !

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