Le Père Muard (1809-1854)

Une âme de feu

par Aymeric Pourbaix

mercredi 11 décembre 2019

Au terme de cette série de voyages au cœur des renouveaux du XIXe siècle, pourquoi s’arrêter sur la figure du Père Jean-Baptiste Muard, humble prêtre du diocèse de Sens, né dans un pauvre village, et qui finira, comme le dit Louis Veuillot, «  dans un désert où il voulait vivre plus pauvre qu’il n’était né  » ? Et pourtant il sera, poursuit le journaliste, «  l’une des grandes figures de notre âge  ». Au point que l’archevêque de Sens, Mgr Bernadou, dira lors de la translation de sa dépouille, le 11 octobre 1867, dans l’église abbatiale de la Pierre-qui-Vire : «  J’espère que ces ossements parleront, que de leur sein sortira une vertu mystérieuse et que nous pourrons les placer sur les autels.  »

Époque d’irréligion

Quelle est donc cette «  vertu  », et comment nous parle-t-elle aujourd’hui ? C’est que, note Veuillot, dans une époque d’irréligion, où la presse se déchaîne, où les chrétiens sont ou ont été persécutés, le Père Muard était malgré tout animé d’un zèle dévorant pour le salut des ignorants et des plus grands pécheurs.

Mais ses armes – c’est sa plus grande originalité – sont celles du retour à l’Évangile, par la pauvreté, la prière, et une humilité peu commune, comme le prouve son expertise graphologique. Armes portées aussi loin que possible dans leur radicalité, pour restaurer et réparer, non pas tant l’Église que «  la gloire de notre Dieu  », disait-il, dans un siècle d’apostasie.

Il espérait ainsi contrebalancer l’esprit de son siècle qui exaltait plutôt l’orgueilleuse puissance de l’homme, se détournant délibérément de Dieu. De ce point de vue, les choses ont-elles vraiment changé ? On pourrait considérer qu’au contraire, ce mouvement de fausse émancipation de l’homme par rapport à son Créateur n’a fait que s’amplifier et développer ses ultimes conséquences, jusque dans la manipulation de données naturelles.

Dès lors, l’exemple de Jean-Baptiste Muard pourrait bien être, à l’instar de son prénom, prophétique pour nous. Si, comme dans beaucoup de renouveaux religieux de l’histoire, se mêlent parfois des passions trop humaines, lui s’est tenu à l’écart des coteries, des cabales, des emballements politiques. De la mondanité et de la surexposition médiatique, dirait-on aujourd’hui. Convaincu qu’il était que «  ce n’est point la parole qui convertit les pécheurs, mais la grâce de Dieu  ». Et que la prière et la pénitence font au Seigneur «  une douce violence à laquelle il ne résistera pas et [que] les grâces les plus précieuses s’échapperont de son Cœur  » – tel est le sens de sa vision à Avallon, le 13 décembre 1839, il y a donc 180 ans.

Certes, son ascétisme et son humilité peuvent nous sembler étranges, d’un autre âge. Ils ne sont pourtant que le versant le plus secret de sa confiance totale en la puissance de Dieu et en sa miséricorde. Sait-on par exemple qu’alors curé d’Avallon, il confessait 2 à 3 000 personnes par an ? Que dans sa paroisse, souligne encore Veuillot, les «  bons devinrent meilleurs, les fidèles plus fervents  » ?

Ainsi, dans cette relative discrétion où il s’était enfoncé, hostie vivante, avec son «  âme de feu  », a-t-il amplement contribué au renouveau de son siècle. Puissions-nous, dans le nôtre, nous inspirer de son exemple pour hâter le renouveau de la foi encore à venir dans notre pays.

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