Une Amérique déchirée

par Gérard Leclerc

mercredi 30 septembre 2020

On me pardonnera d’évoquer aujourd’hui la campagne présidentielle américaine alors que je rédige cette chronique avant que n’ait eu lieu cette nuit le débat tant attendu entre les deux candidats. Faut-il dire les deux champions ? Peut-être bien, parce que ce débat, par avance, ressemblait à une sorte de pugilat. On connaît trop bien la personnalité pour le moins clivante du président Donald Trump avec ses outrances verbales, sa propension à traiter son adversaire sans la moindre courtoisie. Et l’on sait aussi que Joe Biden, même s’il n’est pas doué des mêmes talents oratoires, déteste autant son adversaire qu’il est détesté par lui.

On pourrait donc attendre le pire de cet affrontement des deux personnalités. Mais au-delà du spectacle, la question se pose de l’avenir prochain de la première puissance mondiale. On doit certes aborder le sujet avec prudence, lorsqu’on n’est pas soi-même spécialiste des États-Unis. Mais la lecture suivie de nos journaux, avec leurs envoyés spéciaux, suffit à susciter une sorte d’intérêt supérieur de notre part, parce que nous pressentons que c’est notre destin commun qui se trouve engagé et parce que nous mesurons à quel point l’évolution de notre propre société est liée à ce qui se passe Outre-Atlantique. J’ai pu, ici-même, évoquer une contagion intellectuelle dans le domaine universitaire que je trouve inquiétante, avec ses prolongements en politique.

Un universitaire américain, Joseph Bottum a fait part récemment à Laure Mandeville du Figaro d’un diagnostic qui ne peut que nous retenir : « Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des Républicains mais celui du mal. » Pourquoi ? Parce que le conflit politique a une saveur de conflit religieux entre le bien et le mal. Dès lors que les électeurs de Trump sont perçus comme « déplorables », pour reprendre l’expression de Mme Clinton, la compétition dépasse les clivages habituels et nous fait entrevoir une Amérique déchirée.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 30 septembre 2020.

Messages

  • Tous les regards sont tournés vers l’Amérique.
    L’élection américaine peut préjuger des effets directs de ces confrontations d’hommes et d’intérêts sur notre démocratie européenne.

    Le chômage en cours, la pandémie sanitaire et ses conséquences sur les populations, les luttes raciales, les questions environnementales, la politique internationale de l’Amérique auront des conséquences directes sur les relations internationales de ce grand pays en souffrance.

    Un Empire aux ramifications innombrables dont nous demeurons assujettis malgré nous, parfois contre nos propres intérêts, aux limites incommensurables de notre survie.

    Le politique est la première préoccupation de ce pays à nul autre semblable.

    La fierté nationale poussée avec Trump aux dimensions extrêmes, la gestion sociétale de courants divers, parfois contradictoires et contrastés, la Voice of America conjuguée aux agressions du monde extérieur qui s’en prend à sa supériorité économique et à ses influences, en font une cible convoitée par les étrangers dont nous sommes, conscients des risques inhérents à ce rapport agressif avec ce continent d’outre atlantique souverain et adulé malgré soi.

    les empires ont prouvé au cours du passé les souverainetés et les fragilités du temps.

    L’Amérique est de l’avis des observateurs en état de réformation, de métamorphose, et de maturation.

    Les admirateurs et les réfractaires de tous bords et de tous les autres continents, mesurent combien l’avenir de ce pays déterminera pour eux la nature des relations qui pourraient changer le profil du monde actuel.

    Sans l’Amérique le monde ne peut exister en l’état.

    Qu’en sera le prix avec Trump ou Biden ?

    Deux philosophies politiques se départageront les suffrages.

    Le Sénat américain que l’on dit être un redoutable adversaire ou un partenaire indispensable pour tout Président élu le jour J, comptera tout autant que le Chef à la Maison Blanche.

    Une réalité politique singulière car le comparatif avec nos républiques n’est jamais identique.

    Le Président des Etats Unis semble demeurer un grand solitaire du pouvoir qui doit négocier sans cesse l’administration de l’Etat souverain avec ses grands élus qui en chacun des 50 états américains sont des "présidents délégués" aux pouvoirs redoutables des deux Chambres distinctes.
    Le modèle américain est un peu le nôtre sans lui ressembler dans l’absolu.

    Qu’en décideront les Américains pour eux mêmes ?

    Qu’en retiendront les autres nations dont la nôtre ?

    Un mois encore d’attente et d’observation pour ce mois de novembre imminent où le peuple américain décidera de son destin et de toute évidence du nôtre..

    Silence and Wait again before the Day !

  • Réponse intéressante "esponde fr"
    En effet, ce qui me choque dans la chronique de Gérard Leclerc est la phrase faisant référence à Mme Clinton : "Dès lors que les électeurs de Trump sont perçus comme « déplorables », pour reprendre l’expression de Mme Clinton, la compétition dépasse les clivages habituels et nous fait entrevoir une Amérique déchirée...."
    Nous avons échappé à la belliciste Clinton (élue croyait-elle, avant le vote)... Le monde est il mieux ou moins bien après 4 ans de Trump, qui a bousculé les circuits de pouvoir habituels ?
    Les américains, avec leur système électoral, ont choisi Trump en 2016 ( ce n’est sûrement pas la propagande généralisée pro système, pro Clinton, ni les russes !! )... Et parmi les électeurs beaucoup de gens du peuple...alors quand les experts disent : Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des Républicains mais celui du mal. ». Je suis perplexe ! Ce sont eux qui l’ont élu... ceux qui ont contesté l’élection sont les "bobos"...

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