Célibat sacerdotal

Un silence éloquent

par Aymeric Pourbaix

vendredi 14 février 2020

© Antoine Mekary / Godong

Dans son exhortation post-synodale Querida Amazonia, le Pape appelle à la sainteté et à la mission, plutôt que de remettre en cause la règle
du célibat pour les prêtres.

« Rome a parlé, la cause est entendue.  » Conformément à l’affirmation de saint Augustin, le chef de l’Église catholique a exercé son autorité après la discussion synodale sur l’Amazonie en octobre dernier : il a tranché. Sans pour autant arrêter les discussions, notamment en Allemagne, mais une décision a été prise, souveraine. En ce sens, elle fera date.

Une décision en creux ?

Le plus étonnant est que cette décision s’apparente à une décision en creux. «  Le Pape ne s’est pas prononcé  », a-t-on pu lire dans la presse, sur la question qui a agité les esprits pendant le synode : l’ordination d’hommes mariés, les viri probati, pour suppléer au manque de prêtres dans cette région amazonienne. Jusqu’à ces derniers jours, le débat a été extrêmement aigu, avec la sortie du livre du cardinal Sarah – et la participation de Benoît XVI – s’attachant à défendre la règle du célibat.

Dans son exhortation apostolique post-synodale, Querida Amazonia – «  L’Amazonie bien-aimée  » en espagnol – le Pape ne reprend pas la proposition 111 du document final du synode, approuvée par une majorité des évêques participants, et qui souhaitait que des hommes mariés puissent devenir prêtres dans certains cas.

Mais ce silence même du Souverain pontife est éloquent. Et il serait réducteur d’en faire un simple calcul politique, comme l’issue d’un rapport de forces à l’intérieur de l’Église. Certes celui-ci existe, mais ce n’est pas le tout de la vie de l’institution. L’Église n’est pas plus une ONG, comme le Pape le rappelle dans son exhortation, qu’une assemblée politique.

« Je ne pense pas à ce stade que c’est quelque chose que nous allons faire, parce que je n’ai pas senti que le Saint-Esprit est à l’œuvre en ce moment  », avait-il confié aux évêques américains reçus à Rome, deux jours avant la publication de l’exhortation, selon l’agence épiscopale américaine Catholic News Service.

Une autre de ses déclarations va dans le même sens, parue le 11 février dans un livre d’entretiens : «  Je suis convaincu que le célibat est un cadeau, une grâce et, marchant dans le sillage de Paul VI et puis de Jean-Paul II et de Benoît XVI, je ressens fortement le devoir de penser au célibat quant à une grâce décisive qui caractérise l’Église catholique latine.  »

La Sainte Église, corps du Christ, est avant tout gouvernée par l’Esprit-Saint. C’est son principe premier, le plus puissant car divin. Il n’est pas inutile de le rappeler par les temps qui courent… L’histoire et l’actualité récente enseignent que cela n’a pas épargné à l’Église les errements de certains de ses membres, mais que la foi de Pierre, elle, n’a jamais défailli, conformément à la parole du Christ (Luc 22, 32). Dès lors, on ne peut que considérer que cette décision magistérielle s’inscrit dans le droit fil de la tradition de l’Église sur l’importance du célibat sacerdotal. C’est ce que l’histoire retiendra, et c’est ce qui compte vraiment, par-delà les commentaires.

Pour le cardinal Gerhard Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il s’agit même d’un texte qui «  réconcilie  », au lieu d’agrandir les fractures au sein de l’Église.

Quant aux propositions des Pères synodaux, le Pape invite certes à les lire au début de son exhortation. Mais elles ne comportent aucune portée magistérielle, à moins d’être approuvées par le Pape, comme a tenu à rappeler le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode, lors de la présentation à la presse à Rome. Il semble donc peu probable que des épiscopats locaux puissent s’appuyer sur cette proposition 111, contre l’avis même du pape François.

Aller à la racine du problème

Mais pour l’Amazonie comme pour ailleurs, il est nécessaire d’aller plus loin : à la racine du problème. Si pénurie de prêtres il y a – dans cette région, comme dans d’autres… – la solution n’est certainement pas à chercher dans cette direction, comme l’a expliqué le 12 février le cardinal Christoph Schönborn dans le quotidien des évêques italiens Avvenire.

Mais bien dans la redécouverte de l’identité du prêtre : son «  cœur  », affirme le Pape, réside dans la célébration des sacrements de l’eucharistie et de la pénitence.

Il y a aussi à redécouvrir, selon lui, «  l’urgence de l’évangélisation  », alors même que les pentecôtistes, les évangéliques – cités dans l’exhortation – et autres confessions protestantes ont énormément de succès en Amazonie. Plus de la moitié des catholiques – jusqu’à 60-80 % selon des études – y sont déjà allés.

Cela explique que le pape François insiste dans son exhortation sur la nécessité pour les catholiques de prêcher le kérygme – le cœur de la foi. Car les pentecôtistes, eux, parlent directement de Jésus-Christ, quand «  la prédication catholique ne le fait pas assez  », regrette le cardinal Schönborn.
L’urgence, selon le Pape, est ainsi de «  promouvoir la prière pour les vocations sacerdotales  », mais aussi d’être plus généreux dans l’envoi de prêtres missionnaires en Amazonie. Comment se fait-il, remarque-t-il, que 1 200 prêtres colombiens vivent aux États-Unis ou en Europe ? Comment est-il possible, interroge-t-il encore, qu’après 500 ans de christianisme, il n’y ait pratiquement pas de clergé local dans cette région ? En attendant ce nouveau printemps, l’évêque de Rome souhaite que des religieuses et même des laïcs assument des «  responsabilités importantes  », et suggère la constitution d’équipes missionnaires itinérantes.

De nouvelles vocations ?

Les conclusions pontificales de ce synode rappellent aussi que la foi n’est pas une propriété acquise une fois pour toutes, mais qu’elle est sans cesse à acquérir et à défendre face au risque de la mondanité. Il est arrivé dans l’histoire que certaines vérités aient eu besoin d’être défendues, pour ensuite donner un fruit encore plus beau. Faut-il en déduire qu’après les débats houleux qui ont précédé la parution de ce document, notre temps est mûr pour redécouvrir la beauté du sacerdoce, avec sa raison d’être qui est de procurer les moyens de salut ?

Ce serait un beau paradoxe comme l’histoire de l’Église en recèle tant, qui pourrait alors susciter avec générosité de nouvelles vocations sacerdotales, en Amazonie et peut-être même en Europe…

En attendant, avec son exhortation, le pape François fait le lien entre évangélisation, sacerdoce et eucharistie. Rejoignant ainsi un point essentiel de la vie de l’église, énoncé par le concile Vatican II dans Presbyterorum ordinis (5) : «  L’Eucharistie est la source et le sommet de toute évangélisation.  »

Messages

  • Bonjour,

    Question : il y est conseillé -avec insistance, et dès l’abord une première fois, de lire le document post-synodal...
    Or, dans la constitution apostolique, « Episcopalis Communio « , il a ajouté ceci : « s’il est expressément approuvé par le Pontife romain, le document final [du synode] participe au magistère ordinaire du Successeur de Pierre ».
    Dunque : en renvoyant à la lecture de ce dernier document post-synodal, en encourageant les « locaux » à y puiser des solutions, cette exhortation n’est-elle pas comme une partie de billard ?
    Laissant en fait les décisions concrètes aux « locaux »...

  • Le texte Querida Amazonia Lettre encyclique du pape François a pu troubler les fidèles et au delà.

    Et avec raison car ce que dit le Pape porte au delà de ce continent latino américain en manque de prêtres et de missionnaires autochtones.

    Evangéliser ces populations locales par des évangélisateurs du lieu est et demeure le défi premier de l’Eglise.

    Chacune de nos communautés a reçu l’annonce première un jour passé et les ouvriers de la première heure furent relayés par les seconds au fil du temps.

    L’enjeu et le défi sont vitaux pour ces communautés et les nôtres car bien des aspects évoqués par ce document nous concernent.

    La mission ecclésiale est vaste.

    Elle embrasse l’écologie intégrale qui peut déranger les fidéistes, les écologistes exclusifs, les passionnés de la terre, vénérée comme une finalité en soi de l’humanité.

    La déesse Mère - Terre est bien présente dans l’imaginaire de nombre de nos contemporains particulièrement les plus jeunes qui arborent ces croyances sécularisées, dégagées de toute appartenance à quelque orthodoxie religieuse.

    En vouloir faire un enjeu ecclésial et ecclésiastique exclusif de l’évangélisation ne correspond plus aux défis de la mission contemporaine.

    Tout fidèle a le pouvoir spirituel de se donner et de donner sa vie à des services humanitaires et religieux qui entretiennent la dichotomie et le partage des tâches chez un homme réfléchi qui conjugue la foi et les œuvres dans son engagement.

    En Amazonie et bien chez nous aussi le chrétien est attendu par ses compagnons de vie comme un être complet qui unit sa vie personnelle et ses actes publics au bénéfice du bien commun en présence.

    La renonciation à cette double mission chrétienne est pleine de risques.

    L’expérience passée des congrégations missionnaires françaises dans le monde nous rapporte dans leur investissement humain et spirituel une richesse insondable d’adaptation successive qui leur auront permis de mieux comprendre ces sociétés indigènes et les connaître de l’intérieur.

    Le travail est immense et Quérida Amazonia n’est pour l’heure qu’à ses débuts.

    D’autres continents suivront un jour sans doute futur avec le pape François et les suivants car les témoins de la mission en asie, en afrique, en europe parfois rencontrent les mêmes difficultés à s’enraciner dans des populations insérées jadis, ou jamais insérées dans le passé dans la foi chrétienne.
    Les plus nombreuses encore en ces continents jeunes pour le christianisme !

  • Belle clarté dans votre analyse .
    MERCI !

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