Le Pape et Emmanuel Macron

Un rêve commun ?

par Gérard Leclerc

lundi 2 juillet 2018

Il est peut-être utile de revenir sur la visite, pourtant très commentée, du président de la République au pape François. Elle pose en effet trop de questions simultanées pour qu’on en épuise rapidement la signification. Un article récent d’Éric Zemmour dans Le Figaro magazine pourrait nous y contraindre par son interprétation assez redoutable et digne de son intelligence déliée. Pour notre confrère, en effet, les deux hommes étaient faits pour s’entendre, en vertu d’une vision politique assez commune du monde actuel : « Macron dénonce “la ligne populiste” tandis que François multiplie les gestes et les discours en faveur de l’“Autre” sanctifié. Macron et le pape François ont fait une croix sur la France et une Europe catholiques. Ils ne veulent connaître que des catholiques européens dans une Europe déchristianisée, une minorité parmi d’autres, au milieu d’autres, comme les autres. Une minorité qu’ils seront prêts alors tous deux à protéger. Nos maîtres sont trop bons. »

Ce jugement comporte une forte charge d’ironie, plutôt grinçante. Elle n’étonne pas de la part d’un journaliste angoissé par le destin d’une France et d’une Europe de plus en plus dépouillées de leur héritage, un héritage chrétien qu’assume complètement le juif religieux qu’est notre confrère. D’aucuns l’accusent de n’avoir qu’une conception « identitaire » de notre patrimoine religieux. Mais le mot valise qu’est devenu l’identité ne saurait dispenser d’une réflexion sérieuse sur ce que signifie un ancrage dans une certaine culture. Une religion qui se veut d’incarnation ne saurait dédaigner ceux qui reconnaissent le poids d’héritage qu’elle suppose.

Est-ce pour autant qu’il faut accuser le Pape de dédaigner un tel héritage ? Il est vrai que l’ancien archevêque de Buenos Aires est sans doute le premier à avoir le sentiment plénier qu’il dirige une Église vraiment universelle, où l’Europe ne joue plus le rôle d’autrefois et où la France ne cuit plus le pain intellectuel de la chrétienté, comme le voulait encore Paul VI. Ce n’est pas pour autant qu’il faut édulcorer sa position sur le modèle politique contemporain, dont il est, bien au contraire, le féroce contempteur. Éric Zemmour sous-estime la nature d’une certaine radicalité évangélique qui fait de François le plus redoutable adversaire du système dominant, notamment dans l’ordre économique. C’est pourquoi il est inapproprié de parler d’un rêve commun entre le président français et lui-même. Les médias qui ont voulu transformer l’évêque de Rome en progressiste idéologique, adepte de tous les accommodements avec « le monde », finiront par comprendre qu’il n’a pas de mots assez durs pour les transgressions d’une classe politique qui a confondu un certain mondialisme avec l’esprit de l’Évangile. 

Messages

  • Touché - coulé ; comme très souvent. Bravo !

  • Le général De Gaulle affirmait qu’entre Etats il n’y avait que de relations d’intérêt et pas de relation d’amitié. Les relations entre le Vatican et la France n’échappe pas à cette règle. Sans avoir été présent dans la pièce au moment des discussions entre Macron et le Pontife, on peut supposer qu’ils ont parlé de la crise migratoire et des projets macroniens sur la bio-éthique.

    Sur l’immigration, Macron venait sans doute chercher appui auprès du pape. En contrepartie, il a peut-être réduit ses ambitions bio-éthiques. En fait, c’était une négociation entre deux Etats visant à obtenir une entente. Comme cela, Macron sait jusqu’où il peut aller tout en étant certain de la bénédiction papale sur les migrants. Cela vise aussi à affaiblir les positions de l’actuel gouvernement italien qui a de très mauvaises relations avec le gouvernement français.

    C’est exact que Macron est moins laïciste que Hollande et veut éviter de heurter trop fort la frange des catholiques qui ont voté pour lui à la Présidentielle. C’est pourquoi il avance à pas feutrés mais sans perdre de vue l’objectif à atteindre. Et comme les catholiques sont très naïfs en politique….

  • L’article de Zemmour vise juste : dans le jeu vaticanesque, la France et l’Europe sont des quantités négligeables, le pape a accepté visiblement sans douleur la disparition du christianisme sur ce continent.
    François envisage sans rechigner le même sort à l’église latine que celui de Byzance : après tout, ne se réjouit-on pas depuis cinquante ans de remplacer la quantité par la qualité ? une petite secte chrétienne "authentique" vaut mieux que des millions de chrétiens "d’habitude". Alors disparaisse à jamais ce mot maudit de "chrétienté" devenu symbole d’oppression et de persécution.....
    Cependant malgré l’effondrement de l’empire byzantin, la communauté byzantine se perpétua pleine de vaillance et de foi, elle essaie de maintenir encore une flamme douloureuse. Il n’est qu’à écouter ces chrétiens d’orient qui portent seuls la foi et la religion face à nous dont le christianisme n’est plus qu’un galimatias d’ONG et un coulis de framboise insipide.
    Dans l’église latine, si la vision vaticanesque l’emporte, il ne restera même pas une flamme où brille l’esprit du christ, non il y aura une page blanche car l’oubli sera le principe et la règle. L’Europe n’est plus chrétienne mais les chrétiens se transforment eux-mêmes en une immense ONG mondiale où la croyance dans le christ s’inscrit dans un grand tout, et puis où un évêque peut dire sans faire s’esclaffer les cathos que "le christ n’a jamais dit que la France ne serait pas musulmane"
    Au début du 20ème siècle, on assista à une vague de conversions dans les milieux intellectuels et à un retour à la foi des ancêtres : pourquoi, aujourd’hui des gens qui s’appellent jean, paul, etc se convertissent-ils à une autre religion ? cela ne semble pas effleurer nos têtes pensantes ecclésiales : visiblement, on ne se convertit pas à une ONG mais à un absolu même dévoyé ou diabolique...
    Macron est le dauphin des princes qui gouvernent le monde d’aujourd’hui, il ne croit pas en la culture française, sa vision de l’Europe est aux antipodes de celle de De Gaulle, mais il serait capable en bon Khâgneux de faire un discours qui emballerait les cathos et la droite traditionnelle. Il sait détourner l’imaginaire : les mythes de la nation et du christianisme doivent servir maintenant son utopie d’un monde sans nation, sans frontière et finalement sans culture car la culture même universaliste a une identité : Dante, Goethe, Pascal s’expriment chacun dans une langue et ne parlent pas comme une "start up". Macron et François n’aiment pas les lépreux, et ont trouvé un terrain d’entente sur l’Europe camping et sur la mort des nations qui enterre également le livre de Jean-Paul II sur identité et nation.
    Le pape serait donc appelé un jour à défendre la petite secte chrétienne d’occident ? mais d’où le ferait-il ? de Rome ?, si l’on pose la même question lumineuse que celle de Monsieur de Rouen : "le christ n’a jamais dit que Rome ne serait pas musulmane ?". C’est d’ailleurs le vœu de pieux musulmans qui annoncent sa chute prélude de celle de toute l’Europe, alors où est la nouvelle Rome selon le pape François ? Il ne faudrait pas que la rencontre avec le nouveau chanoine soit un Canossa à l’envers. Le christianisme s’opposerait donc maintenant aux nations européennes ? alors les peuples abandonnés devront se tourner vers quoi : une europe pré-chrétienne ou un christianisme sans Rome coupable d’avoir trahi une nouvelle fois en ayant bafoué la Fidélité principe de base des nations chrétiennes

  • Ainsi le pape actuel « est sans doute le premier à avoir le sentiment plénier qu’il dirige une Eglise vraiment universelle, où l’Europe ne joue plus le rôle d’autrefois... » C’est faire bon marché du rôle de papes qui ont concilié à la fois vision universaliste et souci particulier des diverses nations y compris hors du continent européen. Le Pape Pie XII en fut certainement l’exemple,comme en témoigne son enseignement. Ainsi ,dans un recueil des prières qu’il a composées , édité par Desclée, on peut y remarquer cette prière à l’usage des soldats des Forces armées argentines :

    « O souverain Seigneur, Dieu des armées, devant le trône de qui les troupes angéliques chantent
    perpétuellement un hymne de gloire ! Nous voici, soldats argentins, qui, dans le ciel, sur terre et sur mer, faisons bonne garde aux frontières de la nation, qui veillons pour que rien ne trouble le règne de la loi et de la justice, et assurons l’ordre et la paix, indispensables à la vie tranquille de la Patrie, à son labeur confiant et toujours prospère : aujourd’hui, en votre auguste présence, nous venons implorer votre protection et vous offrir nos services.

    Soldats chrétiens, nous vous demandons une fermeté invincible, une fidélité inébranlable et l’esprit de sacrifice poussé, s’il le fallait, jusqu’à l’héroïsme.
    Que la vie de garnison ne nous porte pas à l’oisiveté, à la mollesse, au relâchement des moeurs ; que les fatigues militaires et la discipline requise de nous ne nous abattent point ni ne nous découragent dans cet exercice des armes, si semblable aux exigences quotidiennes de l’ascétisme chrétien ; que le prestige naturel dont nous sommes entourés, loin de nous enorgueillir, nous rappelle plutôt le bon exemple que nous devons donner à tous ; que les attraits et les flatteries du monde, que les propagandes trompeuses ne nous séduisent pas ni ne nous écartent du droit chemin d’un serviteur de la Patrie, du bien et de la paix ; que, toujours conscients de servir sous les drapeaux d’une nation qui a une histoire limpide et une tradition catholique intègre, nous soyons constamment poussés à une vie de plus en plus droite et à une adhésion de plus en plus parfaite à l’Eglise du Christ et à ses enseignements salutaires... »

    Mais effectivement on voit mal le pape actuel s’exprimer de la sorte, ni dédier une telle prière à la France où à une autre nation européenne.

  • Je souhaiterais que de temps en temps il soit rappelé que la religion catholique est une religion d’amour :"tu aimeras ton prochain comme toi-même" . A ce titre, elle devrait connaitre de plus en plus d’adeptes, et ses fidèles ne devraient pas avoir peur d’accueillir les autres mais de se préparer à les convertir à notre religion, laquelle ouvre son cœur avec tant de générosité.

    Le Dieu créateur, le Père de tout ce qui vit et ce à tous les niveaux, minéral, végétal, animal et humain, nous a donné son Fils unique Jésus, descendu sur terre pour sauver le monde et lui ouvrir les portes de l’espérance. La religion catholique ne se mêle pas de politique : elle donne toute liberté à qui la pratique, ce qui n’est pas du tout le cas de l’Islam, Soumission. Quel bonheur pour moi d’être catholique et de disposer de lieux de prières et de prêtres pour m’entretenir avec Dieu. Loué soit le Seigneur, mon Dieu, tout honneur et toute gloire à Lui au plus haut des cieux.
    .

  • "’une certaine radicalité évangélique qui fait de François le plus redoutable adversaire du système dominant, notamment dans l’ordre économique", dites-vous, mais comment expliquer
    , cher Gérard Leclerc, que les églises catholiques les plus sécularisées dans leur relation avec la post-modernité, et le système philosophique et économique qui la sous-tend, être parmi les soutiens les plus forts au Saint Père. Il y a là une énigme sur laquelle vous ne vous êtes jamais expliqué et dont il serait pourtant intéressant de débattre.

  • Conrtradiction chez le pape François ?
    Comment le pape François peut-il être le défenseur et presque le chantre des flux migratoires vers la vieille Europe, la priant de s’ouvrir davantage et presque sans limites aux pauvres dépouillés ou persécutés..., et se faire "en même temps" le contempteur du système économique et politique mondialisé qui, par gros bonnets financiers et institutions trans -nationales à la manoeuvre, est un acteur essentiel des migrations de la misère et du désespoir ?
    La lutte contre ce système et sa transformation en un autre favorable au développement intégral de tous, moyennant la mobilisation des nations européennes, aurait certainement comme effet immédiat de freiner l’exil des populations africaines principalement.
    S’opposer à ce système c’est d’abord fustiger notre incapacité à transformer le monde afin que chacun puisse vivre heureux chez lui, c’est aussi dénoncer les mentalités mondialistes tendant à affaiblir les identités nationales et culturelles au profit d’un grand marché de consommateurs soumis et indifférenciés, à la botte de ceux qui prétendent s’approprier à leur convenance la production et la gestion des richesses mondiales.

  • "Freiner l’exil des populations...", affaiblissement des "... identités nationales et culturelles...", ces phrases rencontrées dans 12 juillet ; 00:38 méritent que l’on s’y arrête un moment.

    A la"La Nuit des Témoins 2016" l’archevêque melkite (grec-catholique) d’Alep, Mgr Jean-Clément Jeanbart, avait dit que l’"exode" des chrétiens d’Orient ressemblait à une" véritable déportation" ; d’autre part, relayé par Vatican news, le cardinal Leonardo Sandri, le 20 juin 2016 et à propos de "l’émigration massive des chrétiens d’Orient, révèle "l’échec d’un idéal de la coexistence pacifique" dans cette région du monde" ; par ailleurs, "ces migrants du berceau du christianisme qui arrivent en Europe sont porteurs "d’une joie de l’Evangile que les sociétés sécularisées ont perdu" s’est réjoui le cardinal Sandri". Fin de citation.

    Il appartiendra à chacun d’apprécier, d’une part, l’annonce de la faillite de la coexistence (plusieurs fois séculaire) au M.O. comme décrétée par ce monsignore, lequel monsignore "s’est réjoui" d’autre part de l’hémorragie providentielle des chrétiens d’Orient pour, comme qui dirait, redorer le blason de l’Eglise en Europe.

    Dans ce contexte, il eut été souhaitable d’avoir quelques nouvelles de la toute récente rencontre de Bari (07 juillet 2018) entre le pape François et nombre de prélats des Eglises de rite oriental, orthodoxes inclus, avec information sur la déclaration à la fin de cette réunion (dont deux heures à huis clos).

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