Un quinquennat compromis

par Gérard Leclerc

mardi 10 décembre 2019

Emmanuel Macron
CC by : Пресс-служба Президента Российской Федерации

Comment un éditorialiste pourrait-il échapper à la situation d’un pays paralysé par la grève et au dossier épineux qui est à l’origine du mouvement social ? Difficile de se dérober ! Et pourtant, la difficulté technique de la réforme des retraites constitue déjà un fameux obstacle. Nous n’avons même pas encore le projet définitif du gouvernement. Il sera présenté par Édouard Philippe mercredi midi devant le Conseil économique et social. Il a fait l’objet de plusieurs réunions ces jours derniers à Matignon et à l’Élysée pour trancher les dernières difficultés. Serons-nous alors pleinement éclairés sur ce qui nous attend et sur ce qui attend surtout les prochaines générations, puisqu’il s’agit, nous dit-on, de travailler pour l’avenir, de garantir la sécurité d’un système social qui s’est bâti notamment au moment de la Libération, mais qui nécessite un rééquilibrage urgent si l’on tient à le sauvegarder pour l’essentiel.

Autant avouer mon incompétence en termes techniques. J’écoute les experts les plus qualifiés et ils sont en désaccord. Il en va de même pour les syndicats très divisés. Les adversaires les plus résolus de la réforme sont en vedette, notamment le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, rejoint par les responsables de FO, de la FSU, de la CGC… La CFTC n’a pas appelé à la mobilisation, laissant ses structures régionales décider par elles-mêmes. Le gouvernement attend beaucoup de la CFDT et de son dirigeant Laurent Berger. Ce syndicat a acquis, depuis Nicole Notat, une réputation de syndicat réformiste. Berger a d’ailleurs donné son accord au régime par points, qui est le dispositif central du projet élaboré par Jean-Paul Delevoye.

Emmanuel Macron joue très gros dans cette affaire. S’il recule et obtempère à la volonté de ses opposants qui veulent un retrait pur et simple de la réforme, son quinquennat aura perdu sa dynamique réformatrice et lui-même son aura progressiste. Le problème, c’est que lorsqu’on est dans un rapport de force, ce n’est pas forcément la rationalité qui domine. Puisse-t-elle être sauvegardée au minimum pour que le pays ne se déchire pas trop.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 décembre 2019.

Messages

  • Je n’ai pas envie de commenter. je pense que l’analyse de Gérard Leclerc mérite attention

  • Le pouvoir exercé par les transporteurs des services publics, sncf, ratp, trains régionaux pénalise les travailleurs.
    On ne vous laisse pas le choix, on décide pour vous, et le rapport de force au désavantage des utilisateurs est flagrant.
    Le temps nostalgique des tenants du pouvoir décider à votre place nourrit le souvenir des luttes mémorables de jadis, c’est en mettant des milliers de gens dans la rue que l’on acquiert une légitimité utopique mais redoutable.
    User la force pour convaincre.
    Les adeptes de la lutte des classes d’antan ont encore leurs fidèles.
    On en oublierait le lien viscéral avec les classes sociales elles mêmes pénalisées à terme par ces conflits, sans réponse et au lendemain désabusé.
    En ce temps de décembre l’économie nationale est en souffrance en raison de ces tensions sociales pensées au bénéfice de chacun, dans l’oubli du bien commun de la nation.
    Il faut chercher et trouver le bouc émissaire de cette chienlit.
    Le Président et ses proches collaborateurs sont les sujets exposés de la culpabilité nationale.

    Son avenir compte-t-il autant que l’avenir du pays ?
    Est-il polarisé par son pouvoir et son règne autocentré de la fonction.
    On finit par rêver d’un Empereur napoléonien ou d’un Chef de guerre républicain de circonstance pour sortir le pays de ce marasme institutionnel.
    Le temps des retraites futures est de bon ton, mais ne répond pas aux défis présents d’une solidarité économique des secteurs de la vie, en souffrance.

    Chercher le coupable, il est tout trouvé !
    Convenez des solutions à venir des enjeux sociétaux du présent, les avis divergent, car chacun pense à ses intérêts tout d’abord, et prétend se sauver lui même, dans le dédale des solutions passées du système qui n’en peut plus.

    Les jours prochains ouvriront des voies nouvelles.
    En France on n’aime guère changer de système.
    Egalité, Fraternité, Liberté se déclinent par Liberté première et pour soi, Fraternité par défaut pour les autres, et Egalité par contrainte pour tous.

    Plus que des auteurs désignés pour remédier à ce climat délétère, il faut revoir la méthode et les obligations citoyennes, si l’on espère à terme satisfaire le secteur revendicatif du moment et retrouver l’âme d’une nation en dépression… !
    Les hommes providentiels sont peu nombreux, et l’appel de la nation réclame leur retour.

  • Nous avons affaire à des filous qui chassent en bande.
    Ils sont en train de casser le dispositif social issu du CNR (Conseil National de la Résistance) pour le livrer aux appétits marchands. Avez-vous remarqué cette prolifération soudaine de pubs pour les stés de retraites privées ? Comme par hasard...
    En déplafonnant, Macron & Co décident de sortir les gros salaires du dispositif commun. Or tous ces gros salaires apportaient de grosses cotisations au régime général. Ça va faire trois milliards / an qui vont se porter sur les vendeurs de couverture sociale. Bien joué !

    Après Alstom, la Française des Jeux, A.D.P. et tous les autres, le « ruissellement » a bien lieu. Mais pas au profit des pauvres, au profit de grosses sociétés cotées en Bourse...

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