Un pouvoir désorienté

par Gérard Leclerc

jeudi 6 décembre 2018

Au point de l’évolution de la situation, le pouvoir est aux prises avec des contradictions dont on se demande comment il pourra se dépêtrer. C’est le constat de tous les observateurs patentés, a fortiori lorsqu’ils sont eux-mêmes bousculés dans leurs convictions et leurs repères. Il faut bien convenir que c’est le monde qui change, la France qui change, et la culture politique des partis traditionnels peine à s’y reconnaître. Il suffit de comparer avec ce qui se passe en ce moment aux États-Unis, où les partis qui structurent depuis des lustres la vie politique se trouvent en pleine transformation. Donald Trump s’est emparé du Parti républicain qui n’a plus rien à voir avec ce qu’il était sous le président George Bush père qui vient de nous quitter. Mais c’est le cas aussi du Parti démocrate, qui n’est plus celui de Barack Obama ou d’Hillary Clinton.

En ce qui nous concerne, il était patent, avec les élections présidentielles, que notre paysage politique était en pleine recomposition, avec les défaites de la droite et de la gauche dites classiques. C’est Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui s’installaient solidement à l’aile droite et à l’aile gauche. Il y avait bien sûr l’énorme surprise de la victoire d’Emmanuel Macron, qui semblait sauver la mise de la droite et de la gauche défaillantes. Ce jeune président représentait bien des espoirs et tenait d’ailleurs brillamment la scène. Mais aux prises avec la plus forte crise sociale de la France depuis mai 1968, il se trouve à son tour complètement déstabilisé, peut-être plus encore que le général de Gaulle qui trouvait que la situation était insaisissable.

Circonstance aggravante : Macron ne semble pas pouvoir utiliser l’ultima ratio que fut pour le général le retournement de l’opinion en sa faveur, avec une victoire écrasante après la dissolution de l’Assemblée. En dépit des violences terribles qu’a connues Paris samedi dernier, l’opinion continue à soutenir massivement les gilets jaunes. Sans soutien significatif dans la population, on voit mal comment le pouvoir pourrait manœuvrer. Il va falloir pourtant qu’il manœuvre dès samedi. Obtiendra-t-il le secours de ceux qu’il conjure de l’aider pour faire face à la menace qui plane sur Paris ? Ce qui lui reste de fiabilité sera en jeu dès cette fin de semaine.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 6 décembre 2018.

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