Assemblée plénière des évêques à Lourdes

Un pas de côté...

par Aymeric Pourbaix

dimanche 4 novembre 2018

A quelques mètres de l’enceinte du sanctuaire de Lourdes, il suffit de faire un pas de côté pour se trouver dans un endroit splendide sous le soleil : le chemin de croix des Espélugues.

Bizarrement, il est beaucoup moins fréquenté par les journalistes, pourtant venus en masse pour entendre le témoignage de victimes d’abus sexuels devant les évêques français. Et c’est dommage, car le chemin montant vers la colline bigourdane offre un point de vue unique, en surplomb. Qui nierait le besoin de prendre de la hauteur sur cette actualité lourde, douloureuse, bien que nécessaire semble-t-il, pour répondre à cette exigence de vérité sur un passé à certains égards peu glorieux ?

Le long de la route, les quatorze stations du chemin de croix qui se succèdent, sculptées au début du 20e siècle, sont très expressives sur la souffrance de la Passion du Christ. On y voit le Serviteur souffrant écrasé par le poids de la croix, par les péchés des hommes, jusqu’au sacrifice final sur la croix. Et l’on songe alors qu’il est un grand absent des réflexions entendues jusqu’à présent sur ce sujet crucial des abus sexuels : le mystère du mal semé au cœur de chaque homme et de l’histoire. Le seul à même, en fin de compte, d’expliquer le pourquoi de ces crimes : le péché originel.

Sans lui, à quoi servirait l’Eglise, qui à la suite du Christ intercède depuis des siècles pour obtenir la miséricorde divine, à l’image de millions de pèlerins qui ont arpenté ce chemin en quête de rédemption ? Ainsi, cette conversion de l’Eglise réclamée tant par les victimes que par les papes concernés, Benoît XVI et François en dernier lieu, n’indique-t-elle pas qu’il s’agit avant tout de revenir à ce pourquoi l’Eglise a été instituée : le salut des âmes ?

En ce sens, on peut comprendre le cri du père Christian Vénard, après d’autres comme Mgr David Macaire lors du synode. Il est temps, disent-ils, de revenir aux fondamentaux du ministère du prêtre : « nous sommes faits pour porter le Christ aux autres et annoncer la vérité du Salut en Jésus. Prêcher sur le Salut éternel. Prêcher sur les vertus théologales. Enseigner la Foi. Dispenser les sacrements. »

Un saint évêque fêté ce 4 novembre, Charles Borromée, a voulu cette conversion des cœurs et des âmes dans un temps, la Renaissance italienne du 16e siècle, où les moeurs n’étaient pas moins corrompues qu’aujourd’hui. Et il l’a mise en pratique d’une manière telle que le pape a dû lui demander moins de rigueurs dans son ascèse et son renoncement à la mondanité ! Moyennant quoi, par son obéissance, il a restauré le culte divin, ouvert des séminaires, fondé des œuvres charitables, et donné à l’Eglise un cardinal et plus de 20 évêques.

Ce que montre le chemin de croix, c’est que le salut des âmes a un prix. Parmi les demandes de la Sainte Vierge à Bernadette, le 24 février 1858, il y a le souhait que l’on vienne à Lourdes, non pas d’abord pour demander la guérison des malades, mais en pénitence pour les pécheurs que nous sommes tous. Plus de 150 ans plus tard, le pape François a lui aussi souligné des actions très précises comme remèdes spirituels à la crise : la pénitence justement, et la prière, celle à l’archange saint Michel et à Marie par le rosaire. A-t-il vraiment été entendu ?

Ce sont des moyens simples, trop simples peut-être diront les esprits forts - ou les incroyants - mais extrêmement efficaces en cas de péril, l’histoire de l’Église l’a amplement montré. On raconte que c’est après avoir eu une vision de l’enfer que le pape Léon XIII a recommandé la prière à saint Michel, pour se « défendre dans le combat » contre les esprits mauvais, qui errent dans le monde pour la perte des âmes ».

Au cours des prochains jours de cette assemblée plénière, les évêques vont également se pencher sur les « nouvelles ritualités » laïques, lors de mariages par exemple. Avec le souci pour les prélats de redonner son sens à la liturgie catholique. Il pourrait alors être utile d’examiner si nous n’aurions pas perdu de vue la signification profonde du sacrifice eucharistique : Jésus sur la croix, le seul qui en définitive nous sauve du péché. Et qui se répète chaque jour par les mains du prêtre…

Finalement, ce que le monde attend sans le savoir, confirme un prêtre de paroisse, ce sont des pasteurs configurés à l’unique Pasteur, qui « achèvent en leur chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église » (saint Paul). Car c’est de cela, de la rédemption accomplie par le Christ, que l’Eglise tire sa sainteté, malgré le péché de ses membres. Par les temps qui courent, il est bon de se le redire.

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