Un pape qui réveille

par Gérard Leclerc

mardi 17 mars 2015

Chaque pape a sa personnalité et tous ceux que nous avons connus dans la période récente ne manquaient ni de caractère ni de charisme. François, qui vient de fêter le second anniversaire de son pontificat, se distingue de ses prédécesseurs par une sorte de spontanéité vive, qui a séduit les foules et explique son étonnante popularité. On se tromperait pourtant à ramener sa personne à des données purement psychologiques. L’homme est d’abord un être spirituel, qui n’a pas choisi au hasard son appartenance à la Compagnie de Jésus. On ne se met pas impunément à l’école d’un maître comme saint Ignace de Loyola. Une vie entière marquée par la pratique des Exercices façonne l’âme, de telle sorte qu’elle respire dans l’espace des conseils évangéliques. À cela s’ajoute le fait que ce jésuite est aussi un pasteur, qui n’a cessé de cheminer avec le peuple dont il avait la charge. C’est pour cette raison qu’il a toujours cultivé un sens du contact direct, de l’interpellation spontanée, dont il a gardé l’usage comme évêque de Rome, en charge d’une responsabilité universelle.

François procède souvent par des phrases percutantes, qui surprennent. Il agit moins en professeur qu’en vrai prédicateur qui secoue son auditoire. Cela ne l’empêche pas d’être imprégné d’une culture vaste et profonde — celle dont il a témoigné lors d’un long et fameux entretien avec les revues jésuites. Mais un de ses charismes propres est de percer l’écorce superficielle de ses interlocuteurs pour les faire réagir. Parfois même, cela atteint un rare degré de provocation et d’interpellation. On se souviendra longtemps de sa véritable algarade à la Curie romaine. Algarade dont la portée dépassait forcément ses collaborateurs immédiats pour atteindre tous ceux qui, en prenant connaissance, ne pouvaient pas ne pas se sentir eux-mêmes visés. Il est trop facile de croire que pareille monition ne s’adresse qu’aux autres ! En agissant ainsi, le Pape est dans le droit fil de l’Évangile et de la prédication de Jésus lui-même. Peut-être, pour le comprendre, faudrait-il revenir aux attestations de certains prophètes du christianisme. On connaît la prédilection de Jorge Bergoglio pour notre compatriote Léon Bloy, dont la véhémence secouait toutes les bonnes consciences. On pourrait sans doute se référer aussi à un Kierkegaard dont la vertu est de rappeler que le christianisme est bien autre chose qu’un phénomène historico-social. Il est paradoxe et scandale.

Paradoxe et scandale d’un Dieu mourant du supplice réservé à l’esclave. Voilà qui nous renvoie à l’esprit même de l’Année jubilaire de la Miséricorde qui se profile. «  Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et je vous soulagerai  » (Mt 11,28). Tel est le visage de Celui qui vient à nous dans l’attente du Grand Triduum de l’année.

Messages

  • Direct au point d’être blessant (les lapins, le poing dans la figure etc...), provocateur mais jamais à l’égard des médias du politiquement correct qui l’encensent aussi bien qu’ils ont conspués Benoît XVI. Finalement, la séduction des médias en dit plus long sur l’intention de rallier les non catholiques quitte à bousculer comme on dit les catholiques. De fait tout le monde serre les fesses dans l’attente de la prochaine avoinée. Qui aime bien châtie bien doit être sa ligne de conduite.

    • Non, je ne pense que pas le proverbe "qui aime bien châtie bien" soit la devise du pape François. On peut comprendre que son langage, pour nous, Européens, plutôt cultivés et d’un milieu social, disons, correct, soit perçu comme "blessant" : "lapins", faiseurs d’éventuels "orphelins" etc... Je n’ai pas eu l’occasion d’entendre cela, mais je crois sur parole Javoli et D. Bargiarelli, et je les comprends. Juste une petite histoire : il y a quelques années, une jeune femme rencontrée chez des amis, me racontait qu’elle été née au Brésil, de parents émigrés (je ne sais plus d’où), fervents catholiques. A la maternelle, dès le premier jour, voilà que la maîtresse pose la question à chacun des enfants : "Tu es enfant naturel ou non ?" Et la petite de répondre : "Oui, je suis une enfant naturelle". Dans sa tête, ses parents étaient bien les siens, donc elle était une enfant "naturelle". Aussitôt enquête de l’école, de ne je sais quelle association, grand branle-bas de combat, bref, tout est bien qui finit bien. Au Brésil, oui, et on le sait depuis longtemps maintenant, les favelas, les gosses dans les rues, la pauvreté, sinon la misère, etc... Donc, Bergoglio, natif d’Argentine, pays de cette Amérique du Sud, etc...sans vouloir prolonger, Bergoglio connait les conditions plus que pénibles dans lesquelles évoluent tant de familles. Alors, sans "se serrer les fesses" et attendre la "prochaine avoinée", faisons en petit effort :

      - pour les chrétiens, un enfant est un trésor, il faut qu’il soit bien entouré, nourri, éduqué dans une bonne école, suivi jusqu’à ce qu’il puisse voler de ses propres ailes.

      Mais si, à chaque fois qu’un homme et une femme ont envie de, parlons "cru", se donner mutuellement du plaisir, le résultat doit déboucher sur la naissance d’un adorable petit d’homme, on voit le tableau. Qu’à cela ne tienne, dans nos société "civilisées" il y a des cerveaux qui ne chôment pas et voilà qu’une merveilleuse panoplie d’astuces et moyens et engins divers pour et bien pour éviter le "danger" à l’horizon. Eh oui...pfft, bye bye le petit ange.

      - Il nous faudrait aussi peut-être réfléchir au fait que, dans tous les pays du monde, il y a un langage propre aux pauvres, plus encore, aux miséreux. Nous pouvons être choqués de voir sautiller des "lapins", d’éventuels futurs "orphelins"... Face à ces braves gens, Bergoglio use du langage qu’ils peuvent comprendre, sans qu’il ait besoin de mettre des gants et de boire sa tasse de café en levant l’auriculaire, merci madame, excusez du dérangement, baise-main et tout. En quelques mots lapidaires pour nous, il a fait comprendre qu’il ne s’agit pas de faire des enfants "à l’aveuglette" d’une part, et que de nos jours une femmes qui met au monde 7 ou 8 enfants et vu les conditions de manque de soins, etc, cette brave femme risque d’être "finie" plus tôt que prévu, peut-être. C’est là que doivent alors intervenir l’action des associations ou des personnes bénévoles pour ce que j’appelle sans prétention l’éducation à l’amour, les enjeux, les moyens convenables pour ceci et cela, éviter les "faiseuses d’anges" et aussi leurs héritiers modernes tout autant dévoyés, peut-être plus.

      Qu’on veuille bien excuser ces longueurs. Mais si cela pouvait nous faire tous réfléchir à cette question, et ce uniquement pour mieux s’adapter, si l’on veut, au langage parfois brusque pour nous d’un pape venu, selon son expression, "de l’autre bout du monde". Un monde lointain et différent...Mais, puis-je ajouter : des fois aussi à quelques encablures de notre jolie maison, mais qui existe et que nous ne voyons pas...

      Et que faire de l’Esprit-Saint ? Il est là, c’est sûr, comme Il l’était aussi du temps de ce grand pape qu’a été Benoit XVI, bien cher à mon coeur, et d’autres et d’autres avant lui. Tous avec leurs qualités et leurs limites, mais toujours sous le regard de cette Troisième Personne...dont il m’arrive parfois d’oublier l’existence.

    • En réponse aux longs messages de Gemayel, qu’il me soit permis de citer un journal allemand qui fait le point sur la communication papale :
      "La sympathie était acquise à François dès le début. Ensuite il y eut un dérapage après l’autre. Petit à petit, même ses fans les plus inconditionnels pressentent qu’en définitive, il y a un seul coupable. A savoir : lui-même. Mais la récréation est terminée. Il faut désormais chaque jour s’attendre à tout : fermes conseils pour l’éducation, digressions douteuses sur l’appariement des mammifères à deux et à quatre pattes, anecdotes pleines de bonnes intentions et plaisanteries mal racontées : François offre tout, mêlant sérieux théologique et nonchalance sud-américaine. Il a semblé longtemps que cela lui rendait même service : enfin un pape au langage clair, qui appelle un chat un chat, qui ne parle pas comme un théologien pompeux, mais comme un vrai pasteur d’âmes, qui sait ce que sont véritablement les hommes. Ainsi réussit-on l’une ou l’autre fois à réinterpréter en faveur du pape des choses proprement incompréhensibles et inacceptables. Et quand les choses allaient vraiment mal, on tenait pour responsables les médias et on invoquait des malentendus : quelqu’un avait, une fois de plus, compris le pape tout à fait de travers. François restait hors d’atteinte. Mais cela a bien changé.
      [...] La mesure est comble. Mexicanisation de l’Argentine : une "panne" qui ajoute un nouveau chapitre à la série. Difficultés de séparer les domaines public et privé. Doutes sur les objectifs du pape. Beaucoup de désirs pris pour la réalité : ’un vent frais au Vatican’. Propos indignés après l’allocution de Noël".
      "L’imprévisible. Deux ans de pontificat de François" de Markus Gunther, Frankfurter Allgemeine Zeitung

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