Un monde qui n’est plus chrétien

par Gérard Leclerc

lundi 9 octobre 2017

Dans le sillage du Congrès Mission, nous sommes forcément appelés à prolonger une réflexion de fond sur la déchristianisation de la société contemporaine. Il ne s’agit pas seulement de s’interroger sur les causes du phénomène, mais d’entreprendre une analyse de la culture ambiante, afin de mesurer l’écart qui la sépare de la doctrine chrétienne et d’une civilisation inspirée par l’Évangile. Certains objectent à cette façon de poser le problème qu’elle implique une condamnation ou un refus a priori de la civilisation contemporaine, ce qui serait désastreux et entraînerait les chrétiens à des conduites d’évitement de la réalité et de repli. Mais c’est l’Évangile qui nous demande avec le plus d’insistance de nous méfier des séductions du Monde, ce qui n’implique nullement l’hostilité à l’égard de nos contemporains ni le refus de tout ce qui est positif dans ce qu’on appelle, d’un terme trop équivoque, la modernité.

Les premiers chrétiens ont éprouvé ce paradoxe de vivre dans le monde sans être du monde. Ils pouvaient être à la fois les plus proches de leurs concitoyens, tout en témoignant d’un autre mode de vie. C’est ainsi que le christianisme des origines a pu se trouver en symbiose avec ce qu’il y avait de plus grand dans la pensée antique, mais en décalage par rapport à un certain état des mœurs. S’il avait choisi de n’y rien changer, il n’aurait jamais accompli le passage à une autre civilisation qui s’explique par la modification évangélique de ce qui l’avait précédé.

Nous sommes aujourd’hui dans une situation assez analogue, à ceci près que la civilisation dans laquelle nous vivons s’est éloignée du christianisme et qu’elle a, délibérément, inventé une autre façon de vivre et d’organiser la vie sociale. On s’en aperçoit aux États-Unis, quand on constate que la Cour suprême est engagée depuis longtemps déjà à substituer des normes étrangères à celles qui présidaient à une société foncièrement religieuse. Faudrait-il donc définir, désormais, le débat par l’opposition entre conservateurs de l’ordre ancien et partisans d’une modernité ouverte ? Mais la conservation, en soi, n’est nullement garante de la vitalité de la foi. Comme le disait le père de Lubac, il y a dans une position trop défensive péril à ne plus s’interroger sur ce qu’est vraiment le christianisme, comme il y a danger inverse à trop vouloir s’adapter au monde tel qu’il est, en reniant le trésor dont il s’agirait, au contraire, de ranimer sans cesse la flamme. Divers témoignages nous incitent à approfondir une investigation qui commande le devenir de l’Église et le réveil de sa mission (1). 

(1) Cf. Rod Dreher, Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus. Le pari bénédictin, Artège.

Messages

  • Deux ou trois générations ont reçu un enseignement matérialisant (Marx et les autres), un enseignement où Dieu était mort, où on pouvait facilement s’en passer. Les théories de Marx ayant fait leur temps, on les a remplacé dans les collèges par Kant qui enseignait que la connaissance humaine doit être strictément limitée aux phénomèmes uniquement spatio-temporels, objets des sciences physico-mathématiques.

    La métaphysique qui prétend connaître l’Absolu est une illusion de la Raison. Les preuves de l’existence de Dieu sont des sophismes. Le théisme est évacué de la philosophie. Seules comptes les données empiriqiues.

    Pour Kant, les réponses aux questions ultimes ne relèvent pas de la connaissance mais de la croyance - et d’elle seule. C’est ce que mon curé a enseigné en pleine église, il y a quelques mois. Personne n’a bougé dans le temple. J’ai failli me lever pour lui dire qu’il était devenu fidéiste.

    Bref, seule la science peut prétendre à la vérité démonstrative. Les questions métaphysiques doivent être renvoyées aux diverses croyances., à des choix personnels de valeurs.

    Les membres du personnels clérical devraient commencer par donner des cours de métaphysique à leurs paroissiens (lire l’épître aux Romains, 1, 20 ss, où Paul s’adresse à des païens Romains) - Raison et foi, lire Mgr André Léonard sur le sujet.
    Lire : Frédéric Guillaud, Dieu existe, arguments philosophiques.

    Jean-Paul II, dans son encyclique Raison et Foi, trace la voie. Au lieu de cela, les prêtres, en paroisse, font des comités. Le peuple a besoin d’enseignement. On n’enseigne plus rien de sérieux. On se contente de dire que DIEU NOUS AIME, sans préciser de qui il s’agit. Nestor Turcotte (Québec)

  • Bravo pour ce message ! Pour info, le film "Dieu n’est pas mort" en est une illustration magnifique, à voir absolument !!
    VD

  • La conclusion de l’article de G. Leclerc se base sur le fait que "la civilisation dans laquelle nous vivons s’est éloignée du christianisme... et a délibérément inventé une autre façon de vivre et d’organiser la vie sociale". Puis, se référant à Lubac : "il y a dans une position trop défensive péril à ne plus s’interroger sur ce qu’est vraiment la christianisme, comme il y a danger inverse à trop vouloir s’adapter au monde tel qu’il est en reniant, au contraire, de ranimer sans cesse la flamme". Et de mentionner Rod Dreher "Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus...". C’est tout le sujet de l’article.

    "Dieu est mort" (titre français du film américain "The fugitive" (1947) inspiré de l’oeuvre de Graham Greene "The Power and the Glory" (La Puissance et la Gloire) et, il y a peu, sur nos écran : "Dieu n’est pas mort" titre - enfin - exact du film lui aussi américain "God’s not Dead" : voilà deux titres de sujets eux aussi différents mais où est évoqué le nom de Dieu pour assurer d’un côté qu’Il est mort et de l’autre le contraire. "Dieu est mort", "Dieu n’est pas mort"... Pour peu l’on s’y perdrait.

    Le titre d’un article récent dans TCT est "Je suis venu, je leur ai parlé...". Ne serait-il pas dès lors du ressort du chrétien de "ranimer sans cesse la flamme"... "ranimer" la flamme...

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