Un mal universel et ecclésial

par Gérard Leclerc

lundi 25 février 2019

C’est avec beaucoup d’étonnement que j’ai appris hier que certains, et notamment des associations de victimes, avaient trouvé décevant le discours conclusif du Pape, hier à la fin de la rencontre au sommet qui s’est tenu à Rome. Je l’avais trouvé, pour ma part, absolument remarquable en tous points. Certes, on n’y trouve pas toutes les dispositions pratiques qui vont déterminer désormais l’action des Églises particulières contre les atteintes sexuelles aux mineurs. C’est le père Lombardi qui s’est chargé de les énoncer devant la presse. Il s’agissait, pour François, de définir de quel mal le corps entier de l’humanité se trouve blessé de la façon la plus cruelle, en la personne des plus fragiles, car le mal est universel. Il ne concerne pas une ou quelques catégories sociales. De ce point de vue, les données fournies par les organisations internationales sont sans appel.

Le corps ecclésial n’est donc pas le seul touché, mais le mal infernal qui l’atteint est de nature beaucoup plus grave. François emploie des mots très forts : « La personne consacrée choisie par Dieu pour guider les âmes vers le Salut, se laisse asservir par sa propre fragilité humaine, ou sa propre maladie, devenant ainsi un instrument de Satan (…). Humblement et courageusement, nous devons reconnaître que nous sommes devant le mystère du mal, qui s’acharne contre les plus fragiles, parce qu’ils sont images de Jésus. » Dans la colère des victimes, la colère légitime des victimes « l’Église voit un reflet de la colère de Dieu, trahi et frappé par ces consacrés malhonnêtes. » Ces atteintes à l’innocence ont des causes spécifiques dans l’institution ecclésiale, parce qu’elles se justifient par un abus de pouvoir spirituel du ministre consacré, ce qui constitue la faute la plus grave.

Cet abus de pouvoir est aussi présent sous d’autres modes dans un fléau universel. Le Pape dénombre 85 millions d’enfants oubliés de tous : les enfants soldats, les mineurs prostitués, les enfants sous-alimentés, les enfants enlevés et souvent victimes de guerre, les enfants réfugiés, les enfants avortés, et ainsi de suite… Cette plongée dans les abîmes du mystère d’iniquité ne constitue-t-elle pas aussi un appel éperdu en la puissance de Salut de celui qui a pris sur lui toute l’horreur du monde ?

Chronique diffusée sur radio Notre-Dame le 25 février 2019.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Curieusement, ce sommet n’a traité que des abus sur mineurs, excluant ceux commis sur des personnes vulnérables.....Mais dans les deux cas, c’est bien la question de l’homosexualité dans le clergé qui est posée..... L’affaire Mc Carrick en est l’illustration ; Pour quelle (s) raison (s) le Pape et ses plus proches soutiens ne veulent
    pas aborder ce sujet : tactique ? peur de prendre frontalement le lobby LGBT ? ou bien
    volonté de changer l’enseignement constant de l’Eglise sur ce sujet ?
    Il serait opportun que France Catholique aide ses lecteurs à y voir clair car j’observe autour de moi
    une réelle perplexité au regard de ce silence pontifical.

  • En dehors de France catholique, quelques personnes ont, elle aussi, indiqué que la réunion de février dernier à Rome n’avait pas pris en compte la question de l’homosexualité parmi des clercs de l’Eglise. Cette Rencontre ayant été initiée au sujet des abus sexuels de clercs sur des enfants, le document original du discours conclusif titré "Protection des mineurs dans l’Eglise" pouvait-il déborder le thème discuté ?

    Penser ou supposer telles ou telles raisons - ou arrière-pensées - ayant amené à, disons, escamoter la question de l’homosexualité de prêtres et hauts dignitaires de la hiérarchie catholique n’est pas interdit. Cependant, le sujet des enfants victimes de pédocriminels est à lui seul d’une importance telle qu’il mériterait d’autres réunions ! Quant à la question de l’homosexualité de clercs, elle est un sujet complexe et épineux qui mériterait, peut-être, un temps et des actions spécifiques. Ceci étant, examiner divers sujets en même temps ne ferait-il pas courir le risque de "bacler" les recherches d’éventuelles solutions ? Et ce n’est pas fini puisque, tel que l’a indiqué Valentina Alazraki, un autre "scandale" est en vue : des religieuses abusées et violées par des prêtres et monsignore... Faire preuve de patience n’est pas inutile.

    Et, dans cette tourmente, surtout, surtout, prier, faire appel à l’Esprit-Saint et garder confiance comme le suggère fort à propos Aymeric Pourbaix. C’est dans l’intéressante vidéo-entretien avec Marie-Yvonne Buss. A voir et à revoir....

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