FC 908 – 24 avril 1964

Un évêque athée ?

par le R.P. Louis Bouyer

lundi 7 novembre 2011

La presse a déjà porté à la connaissance de la plupart de nos lecteurs le livre de l’évêque anglican de Woolwich, John A.T. Robinson : Honest to God, qui a obtenu en Angleterre un incroyable succès de scandale. Cet évêque n’y proclamait-il pas que l’Eglise doit jeter par-dessus bord l’idée d’un Dieu personnel, que les relations sexuelles hors mariage ne sont nullement condamnables en soi, et beaucoup d’autres choses dans ce goût ? D’où, dans l’Angleterre de Miss Keeler, de ses belles relations et de la presse (toute dévouée à la seule vérité !) qui les exploite si largement, un succès comparable à celui de L’Amant de Lady Chatterley.

M. Louis Salleron a cru bon de faire traduire ce livre, sous le titre Dieu sans Dieu (Nouvelles Editions latines), et de le lancer dans le public français, muni d’une préface qui nous explique qu’il faut y voir ce que certains cherchent aujourd’hui, dans l’Eglise catholique elle-même, sous le nom d’aggiornamento. Voici, paraît-il, à quoi une telle entreprise est vouée fatalement. Conclusion : tirons-en la leçon et renonçons à tout cela.

A l’égard de M. Salleron comme du Dr Robinson, je crois que la franchise entière, même si elle peut sembler brutale, est le seul genre de réponse qui convienne. Adressons-nous donc d’abord au préfacier. Nous ne croyons pas du tout à la pédagogie de l’ilote ivre. Elle ne peut avoir quelque effet que sur des gens déjà pleinement formés, pour les confirmer par un orgueil superflu dans ce qu’ils doivent avoir déjà bien acquis pour être seulement capables d’éprouver un tel sentiment. Mais jetez à la masse un évêque anglican supposé ne plus croire à rien de ce qu’il représente (nous verrons dans un instant ce qu’il faut en penser dans le cas présent), la masse en conclura simplement : « Celui-là, au moins, il avoue ! Les autres évêques, anglicans ou pas, ne sont que des tartufes qui ne croient pas non plus un mot de ce qu’ils enseignent !… »

Exégète excellent, mais pauvre théologien

Au tour maintenant du bon Dr Robinson. Il suffit de lire son livre d’un bout à l’autre, en effet, (ce qui n’est pas si facile, car il est prodigieusement inintéressant) pour s’assurer que lui, en tout cas, n’avait que de bonnes intentions. Mais quel pauvre résultat ! Cependant, sa foi paraît d’un meilleur aloi que sa théologie, et, après les mises au point pas très brillantes dont il a fait suivre cette malheureuse publication, et rien qu’à la lire avec assez d’attention, il est impossible de douter qu’il croit vraiment en Dieu, et même en son Fils fait chair, tout de même qu’il est sûr que la morale chrétienne qu’il enseigne est en fait irréprochable en son fond, sinon très satisfaisante en certaines de ses expressions.

Alors, d’où vient tout ce bruit ? De ce que le Dr Robinson exégète excellent, mais qui ne paraît pas s’être jusqu’ici beaucoup familiarisé avec la réflexion proprement théologique (ou philosophique), a cru découvrir tout d’un coup que les conceptions du monde et de la vie de l’homme moderne étaient radicalement inconciliables avec la représentation qu’il s’était faite jusque-là, comme la masse des Chrétiens, pense-t-il, des grandes vérités chrétiennes.

Les choses étant ainsi, on pouvait envisager trois espèces de solutions :

1° que « l’homme moderne » (quel qu’il soit) se trompe et doive être détrompé ;

2° ou bien que ce soit le Dr Robinson et les gens qui, jusque-là, pensaient comme lui,

3° ou enfin que « l’homme moderne », tout comme le Dr Robinson et ses pareils, n’étant pas infaillible, aient sans doute besoin de quelques mises au point réciproques, et peut-être communes, dans leurs différentes visions des choses.

C’est assez à l’honneur du Dr Robinson qu’il n’envisage pas même l’hypothèse 1, ni même l’hypothèse 3, et qu’il lui semble aller de soit que l’hypothèse 2 est la seule qui s’impose. Mais c’est peut-être un peu naïf de sa part d’imaginer, comme il le fait, que les vues qu’il avait du dogme chrétien soient vraiment pratiquement celles de tous les gens plus ou moins « orthodoxes ».


Substituer l’ « au-fond » à l’ « au-delà »

Pour aller droit à l’essentiel, il semble au Dr Robinson que les chrétiens, en disant que Dieu est un être personnel et transcendant, pensent, ou tendent à penser, et tendent certainement à faire croire qu’il est une espèce d’homme agrandi, siégeant en fait au-delà des espaces balayés par nos télescopes, et fort en peine pour nous rejoindre quand il le veut. Dans ces conditions, ce serait tout à l’honneur de « l’homme moderne » de sourire de notre foi comme d’un enfantillage. Nous devrions donc en prendre bonne note et la modifier en conséquence. Comment ? Cela paraît très simple : il suffirait de substituer à l’image du Dieu qui est « là-haut », un Dieu qui soit simplement « au fond » : au fond de tout, mais spécialement de nous-mêmes. La chose faite (avec quelques modifications parallèles dans l’exposé de la morale), « l’homme moderne » se convertirait avec la plus grande facilité, ou, pour mieux dire, il se rendrait compte qu’il avait toujours été chrétien sans le savoir… Vous croyez que je plaisante ou que j’exagère ? Pas le moins du monde : je me borne à extraire, dans ses propres mots, l’affirmation essentielle du Dr Robinson, de toutes sortes de considérations annexes sur l’histoire de son esprit, qui nous en révèle assez long sur l’état de la pensée religieuse dans de vastes sections du monde protestant ou anglican, mais dont j’ai le regret de dire que je ne vois absolument pas quelle contribution positive elles peuvent apporter à une évangélisation efficace de nos contemporains.

Selon son propre témoignage, le Dr Robinson a été conduit à écrire son livre par trois grandes révélations successives, qu’il a éprouvées à la lecture de Tillich, de Bonhoeffer et de Bultmann. C’est Tillich qui lui a révélé l’importance de la substitution de l’ « au fond » à l’ « au-delà ». C’est Bonhoeffer qui l’a convaincu que notre croyance en Dieu devait être séparée de tout ce qu’on a entendu traditionnellement par « religion » en particulier de la réponse au problème de la mort et au problème du péché. Et Bultmann enfin, lui, a découvert comment ce que « l’homme moderne » ne peut accepter dans le christianisme, c’est la vision d’un Dieu intervenant dans le monde, comme du dehors, qui serait purement « mythique ».

Je ne puis songer à discuter ici les théologies respectives de Tillich, de Bonhoeffer et de Bultmann. Mais ce qu’il faut bien dire, c’est que la première et la troisième ne sont que des formes mal réchauffées du libéralisme protestant du XIX° siècle, radicalement immanentistes, agrémentées à la mode du jour, l’une par une vigoureuse teinture de psychologie des profondeurs et d’histoire des religions comparées, l’autre par un rhabillage très superficiel dans un mélange hétéroclite de scientisme périmé et d’existentialisme de vulgarisation. Quant à la seconde, à côté de très belles intuitions (sur la révélation de Dieu dans l’humilité et la souffrance de la croix), c’est un bien étrange mélange de stoïcisme aristocratique et d’asservissement à ce que Bacon eût appelé « les idoles de la place publique », dont on voit mal ce qu’il pourrait apporter à un renouveau du message chrétien.

Tout cela n’apparaît guère que comme une série de tentatives d’un protestantisme glissant depuis longtemps à la vague libre-pensée religieuse pour se galvaniser sans se renouveler autrement qu’à la surface. Et la supposition que ces théologies ultra-intellectualisées, en même temps que tournant le dos obstinément aux sources de toute théologie authentique, pourraient aider à une conversion de l’homme moderne est trop évidemment démentie par l’artifice de leur construction, l’abstraction intraduisible de leur langage… et tout simplement le fait qu’elles n’ont jamais réussi qu’à achever de vider les églises partout où elles se sont introduites dans les chaires !

Si l’homme moderne peut être gagné, en tout cas, au christianisme, ce n’est pas parce que nous ferons, d’une part, un absolu idolâtré de ses préjugés communs, pompeusement décoré du titre de « conception scientifique du monde » : vision primaire, d’une vulgarisation dépassée, où aucun savant d’aujourd’hui un peu capable de pensée générale n’accepte de se reconnaître. Et c’est moins encore en confondant le problème de la pensée et du langage chrétiens avec le choix artificiel entre des métaphores, comme « au-delà » ou « au fond » : comme si on pouvait se passer de l’une plus que de l’autre, et surtout comme si toutes n’avaient pas toujours à la fin à être employées, comme les outils inévitables d’esprits incarnés, qui ne peuvent penser l’esprit sinon par des images de l’espace matériel, et à être critiquées, comme des esprit doivent le faire pour ne pas s’asservir à la matière en croyant s’en servir.

Le problème du Dr Robinson, en fait, est celui de toute pensée religieuse, qui a cru pouvoir faire l’économie d’une réflexion théologique et philosophique nourrie de la grande tradition catholique. Une telle pensée, en face de la Révélation se faisant nécessairement en des paroles humaines, se trouve acculée ou à les interpréter dans un littéralisme enfantin, ou à les rejeter… quitte alors à leur en substituer d’autres, aussi peu critiquement employées, et par suite aussi fatalement condamnées à paraître absurdes dès qu’elles n’auront plus le charme trompeur de la nouveauté.

Le Dr Robinson, avec sa simplicité sympathique, conclut ses réflexions en nous disant qu’il pourrait un jour paraître avoir été plutôt trop peu radical que trop radical. C’est aujourd’hui même que son livre fera cet effet à tous ceux qui acceptent la tradition de la pensée théologique catholique, et pour qui a perdu sa fatalité, l’alternative affolante où le protestantisme moderne se voit enfermé : entre un « fondamentalisme » infantile, pour qui tout est perdu dès qu’on cesse de prendre la Bible à la lettre de ses expressions les plus évidemment imagées, et un faux libéralisme, pour qui aucun énoncé, quel qu’il soit, ne saurait exprimer une vérité inaccessible au inexistante.

Mais, encore une fois, ces jeux alternés restent simplement en dehors du vrai problème de l’incroyance contemporaine et de l’évangélisation efficace. Nous espérons bientôt esquisser ici-même comment il se pose au Concile, selon la vraie perspective de l’aggiornamento.

Louis BOUYER

Messages

  • Un évêque athée ?

    Samedi 25 avril 1964

    Mon cher Directeur,

    Dans la France Catholique du 24 avril, le R.P. Bouyer explique une recension de Dieu sans Dieu (Honest to God), où je suis mis en cause dans des termes qui appellent, de ma part, une mise au point.

    Je compte trop d’amis, tant parmi les lecteurs que parmi les rédacteurs – « quorum pars parva fui » – de votre hebdomadaire, pour laisser sans réponse les propos du P. Bouyer.

    Si, en effet, le P. Bouyer s’était contenté de contester l’opportunité de la traduction d’Honest to God, ou s’il avait critiqué la forme ou le fond de tout ou partie de l’avertissement dont je l’ai fait précéder, je n’aurais rien à objecter. La critique est libre.

    Mais ce sont mes intentions auxquelles s’en prend le R.P. Bouyer. Ce que je ne puis admettre, d’autant qu’il les présente à partie ou autour de faits inexacts.

    Relisons le premier paragraphe : « M. Louis Salleron a cru bon de faire traduire ce livre, sous le titre Dieu sans Dieu (Nouvelles Editions latines), et de le lancer dans le public français, muni d’une préface qui nous explique qu’il faut y voir ce que certains cherchent aujourd’hui, dans l’Eglise catholique elle-même, sous le nom d’aggiornamento. Voici, paraît-il, à quoi une telle entreprise est vouée fatalement. Conclusion : tirons-en la leçon et renonçons à tout cela. »

    Tout d’abord, je confesse qu’après avoir lu et relu vingt fois les deux dernières phrases, je n’en ai pas pénétré le sens. Mais la confusion de ce paragraphe est fort déplaisante parce qu’elle provoque dans l’esprit du lecteur l’idée vague que je poursuis je ne sais quelle entreprise suspecte touchant l’Eglise catholique elle-même et l’aggiornamento.

    Chaque mot de la première phrase crée une équivoque.

    Pourquoi « a cru bon de faire traduire » ? Je n’ai pas fait traduire : j’ai traduit. Il est écrit sous le titre du livre, en page intérieure : « Traduit de l’anglais par L. Salleron ». Est-ce parce que je remercie mes collaborateurs, comme il est normal, pour l’important concours qu’ils m’ont apporté, que je ne suis plus le traducteur ? Le P. Bouyer veut-il accroître ma responsabilité, ou la diminuer ? Ou bien veut-il me considérer comme un « entrepreneur » qui fait travailler les autres pour sa propre gloire ou son propre intérêt ? En réalité, j’ignore l’intention du P. Bouyer. Mais je constate qu’une phrase qui commence par les mots : « M. Louis Salleron a cru bon de faire traduire ce livre… » est une phrase qui se situe dans le domaine des intentions, à partir d’un fait inexact.

    Pourquoi « muni » d’une préface ? Simple détail, je veux bien, mais qui induit tout de même en erreur le lecteur de l’article, puisque j’intitule les courtes pages que j’ai écrites en tête de livre :
    « Avertissement du traducteur au lecteur catholique. » Cette « préface » n’en est une que dans la perspective que je lui ai donnée : elle est un « avertissement », et un avertissement « au lecteur catholique ». Le P. Bouyer aurait mieux fait de dire « avertissement », puisque c’est le mot que j’emploie. Et il aurait encore mieux fait de dire « avertissement du traducteur au lecteur catholique », car il eût ainsi fait connaître exactement mon propos et mon intention.
    Pourquoi « muni d’une préface qui nous explique qu’il faut y voir, etc. » Quiconque a lu mon avertissement, et quiconque le lira, devra convenir que les deux lignes en lesquelles le résume le P. Bouyer en constituent, dans leur simplisme, une déformation totale.

    Mais continuons.

    Le P. Bouyer, s’adressant au « préfacier » – c’est-à-dire au traducteur, auteur de l’ « avertissement » – écrit : « Nous ne croyons pas du tout à la pédagogie de l’ilote ivre. » Je n’y croit guère davantage. Mais cette pédagogie n’a de signification que dans le domaine de la morale. Elle n’en a aucune dans le domaine des idées. La référence à cette pédagogie me paraît aussi offensante pour moi-même que pour l’auteur du livre.

    « Elle ne peut avoir [ cette pédagogie] quelque effet que sur des gens déjà pleinement formés, pour les confirmer par un orgueil superflu dans ce qu’ils doivent avoir déjà bien acquis pour être seulement capables d’éprouver un tel sentiment. » On ne peut pas dire que cette phrase soit lumineuse. Si j’en saisis bien le sens, je suis d’accord. Mais, encore une fois, la pédagogie condamnée n’est pas la mienne et ne s’applique pas à mon sujet.

    « Mais, poursuit le P. Bouyer, jetez à la masse un évêque anglican supposé ne plus croire à rien de ce qu’il représente (nous verrons dans un instant ce qu’il faut en penser dans le cas présent), la masse en conclura simplement : "Celui-là, au moins, il avoue ! Les autres évêques, anglicans ou pas, ne sont que des tartufes qui ne croient pas non plus un mot de ce qu’ils enseignent !…" »

    Première observation : Dieu sans Dieu n’est pas un livre « jeté à la masse ». Il est offert au public, dans une collection catholique, et précédé d’un « avertissement » qui la situe au plan le plus sérieux.

    Que le lecteur puisse en tirer les conclusions qu’envisage le P. Bouyer est impensable. Aussi bien, en Angleterre où le livre a atteint « la masse », les lecteurs ont été divisés pour ou contre le docteur Robinson, mais n’ont pas eu la moindre idée de conclure comme le P. Bouyer. On se demande bien d’ailleurs pourquoi ils auraient conclu de la sorte.

    Laissant alors le « préfacier » – lisez « le traducteur » – pour s’occuper de l’auteur, le « bon docteur Robinson », le P. Bouyer écrit : « Il suffit de lire son livre d’un bout à l’autre, en effet, (ce qui n’est pas si facile, car il est prodigieusement inintéressant) pour s’assurer que lui, en tout cas, n’avait que de bonnes intentions. » Et voilà ! L’évêque de Woolwich, le « bon docteur Robinson », n’avait, lui, que de bonnes intentions. Ce qui l’oppose, implicitement, au traducteur qui n’a peut-être pas, lui, que de mauvaises intentions, mais dont sans doute les mauvaises intentions se mêlent aux bonnes (s’il en a).
    Franchement – Honest to God ! – je trouve que le P. Bouyer exagère.

    De quel droit me prête-t-il des intentions mauvaises ?

    Son droit, c’est, je le répète, de désapprouver ce que j’ai fait, non ce que j’ai eu l’intention de faire. De même qu’il peut trouver « prodigieusement inintéressant » un livre qui a eu plusieurs centaines de milliers de lecteurs en Angleterre et dans les pays de langue anglaise, il a le droit de penser et d’écrire que j’ai eu tort de traduire ce livre, il a le droit de trouver mauvaise ma traduction, il a le droit de trouver mon avertissement inadéquat à son objet ; il n’a pas le droit de me placer dans un monde d’intentions imaginaires.

    On a le droit de juger les hommes et leurs actes (sous réserve des risques qu’on y prend, et que l’Evangile nous rappelle). On n’a pas le droit de juger les intentions ou alors il vaut mieux les juger bonnes – comme je juge bonnes, quant à moi, les intentions du P. Bouyer – (dont je suis parfaitement convaincu) sans accepter pour autant les conclusions écrites auxquelles ces bonnes intentions l’ont mené.

    Je vous remercie d’avance, mon Cher Directeur, de porter cette lettre à la connaissance de vos lecteurs, et vous prie de croire à mes sentiments confraternels.

    Louis SALLERON

    Un évêque athée ?

    L’article du R.P. Bouyer sur le livre Dieu sans Dieu (« F.C. » du 24 avril) ayant suscité une réponse du traducteur, Louis Salleron (« F.C. » du 2 mai), le R.P. Bouyer précise à nouveau sa pensée en ce qui concerne l’opportunité de cette traduction.

    M. Salleron se plaint qu’on lui prête des intentions qui ne sont pas les siennes. Il s’exprime en particulier comme si c’était sans l’ombre d’un fondement que je lui reprochais d’avoir confondu, ou plus exactement tendu à faire confondre, la pauvre théologie du docteur Robinson avec l’aggiornamento voulu par Jean XXIII et Paul VI. Recourons donc à ses propres mots, dans cet « avertissement » qui, paraît-il, n’est pas une préface (pp. 8 et 9).

    « Le débat sur l’aggiornamento est aujourd’hui sur la place publique. La théologie est dans les journaux. Il serait enfantin d’essayer de dissimuler aux catholiques français un document qui, à l’extérieur de nos frontières, a, par la presse, la radio et la télévision, remué des millions d’esprits et qui, par une voie ou une autre, serait, de toute façon, venu à leur connaissance :

    « 2° Il y a plus. La publication de Dieu sans Dieu ne nous paraît pas seulement légitime ; nous la croyons nécessaire et bénéfique.
    « Le modernisme n’a jamais été aussi virulent que de nos jours. Mais, chez nous, il demeure relativement prudent dans l’expression. Timidité personnelle, crainte de choquer le lecteur, peur du Saint-Office, le modernisme catholique s’avance toujours plus ou moins camouflé. Larvatus prodeo. Parce qu’il est anglican, le docteur Robinson avance à visage découvert. Ce n’est pas qu’il ne prenne, lui aussi, des précautions. Mais elles apparaissent dérisoires à côté de celles dont doit user un moderniste catholique.

    « Lisant ce livre, le catholique français que séduit le modernisme en trouvera ici l’image la plus intelligente et la plus « honnête » que nous connaissions. Nous lui posons alors la question : « Vous sentez-vous chrétien de cette manière ? Ce relativisme existentialiste et freudien est-il le vôtre ? Dans la négative, comprenez-vous maintenant où risque de vous entraîner les engrenages dans lesquels vous mettez si volontiers les doigts ? »

    Je constate simplement, à lire les autres critiques catholiques aussi peu modernistes que je le suis moi-même qui ont lu ces paragraphes, qu’ils les compris comme je l’ai fait. Et je constate, à lire les réponses de M. Salleron, qu’il n’a aucune explication à offrir des motifs pour lesquels il a lancé dans le public cette traduction qui puisse lever l’équivoque qu’il a lui-même créée, entre aggiornamento et modernisme.

    Louis BOUYER

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.