Un espace libre pour l’Église

par Gérard Leclerc

mardi 9 mai 2017

Dans la fièvre d’une période électorale, au demeurant inévitable, nous avons plaidé ici pour une souveraine indépendance de l’Église. Indépendance qui ne signifie nullement neutralité ou indifférence à l’égard des enjeux politiques. Si les chrétiens sont appelés à s’engager dans la compétition, ils doivent le faire à leurs risques et périls, sans jamais vouloir identifier pleinement leur cause à celle de la foi. L’autonomie des réalités temporelles affirmée à Vatican II s’est imposée à l’époque moderne non seulement sur le terrain des principes mais aussi celui de la pratique. À la fin du XIXe siècle, lorsque le régime représentatif s’est imposé dans les nations européennes, les chrétiens se sont souvent ralliés à de grandes formations qui les représentaient et devaient combattre celles qui se réclamaient d’autres références idéologiques et morales. En Allemagne, c’est le Zentrum, fondé en 1870, qui défendait les positions des catholiques, dans un contexte difficile pour eux. En France, en dépit des vœux du pape Léon XIII, la constitution d’un parti analogue ne s’est jamais vraiment imposée.

D’une façon générale, les partis qui se réclamaient de la démocratie chrétienne n’ont pas échappé à la sécularisation, et ils ne sont que lointainement les héritiers de leurs fondateurs. C’est pourquoi, il importe de considérer autrement l’engagement chrétien en politique. Certes, il ne s’agit de décourager quiconque pour trouver une formule originale d’insertion dans le système démocratique. Des expériences inédites sont d’ailleurs en cours et seule la durée permettra de déterminer leur pertinence. Mais la réalité cruelle d’une classe politique, indifférente à nos exigences éthiques, devrait nous conduire à d’autres modes d’intervention. C’est le sentiment de Jean-Luc Marion qui, dans La Croix, rappelle le mot de Tertullien : « Rien ne nous est aussi étranger que de vouloir gouverner la chose publique. » On peut trouver le propos bien pessimiste mais il renvoie à une situation de fait.

Raison de plus pour l’Église-institution de garder sa pleine liberté, en offrant un espace de recueillement et de réflexion, où chacun puisse venir se ressourcer, puiser les énergies nécessaires et trouver l’inspiration pour intervenir dans la vie sociale, grâce à des investissements nouveaux propres à faire rayonner la charité de proche en proche, au point que la société entière en soit transformée. 

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