Un dialogue indispensable

par Gérard Leclerc

mercredi 20 avril 2016

Pourquoi ne pas le dire ? L’appel lancé par le pape François dans l’île de Lesbos et son geste de ramener avec lui douze personnes à Rome, de familles musulmanes qui plus est, ne sont pas toujours bien compris, même en milieu catholique. Il ne serait pas responsable de ne pas tenir compte du vrai désarroi d’une partie de l’opinion publique, souvent déstabilisée par la situation de l’Europe, par l’assaut des migrations, par la question de l’islam… Je relève ce passage d’une réponse à mon édito de lundi matin. Réponse au demeurant courtoise mais qui m’apporte un ferme démenti à mon approbation du Pape : « En se rendant en Grèce, le Pape s’est rallié à la doctrine mondialiste qui veut faire des peuples des nomades et des personnes coupées de leurs traditions (avec la bénédiction des patronats), il apporte implicitement un soutien à ceux qui défendent l’ouverture totale des frontières et l’installation, non de réfugiés mais de populations entières sur le sol européen. Il s’agit bien d’une pensée politique. Il ne peut ignorer ce que cela implique pour les décennies qui viennent. Le continent européen complètement déboussolé, en proie à une crise identitaire sans précédent, si on suit ses préceptes, va exploser dans des troubles et des conflits terribles. »

La pensée qui s’exprime ainsi, sous le mode le plus alarmiste, n’est nullement méprisable, et on aurait tort de la repousser d’un geste. D’ailleurs, si on ne répond pas sérieusement aux arguments avancés, on s’expose à de sérieuses déconvenues. Il faudrait reprendre l’ensemble des problèmes, en rappelant d’abord que le Pape a eu l’occasion, en d’autres circonstances, d’exposer une analyse qui n’ignore rien des origines du drame actuel. Origines qui tiennent d’abord à l’impuissance de l’Europe et des États-Unis à juguler l’extrémisme qui a déstabilisé le Proche-Orient, à sécuriser la Méditerranée, à réprimer les nouveaux esclavagismes (on lira à ce propos la mise au point de Jean-François Colosimo dans FigaroVox). Ensuite, François n’encourage pas le nomadisme et l’exploitation qui en résulte. Il plaide pour l’intégration d’une population chassée de son pays. Les douze personnes qu’il a ramenées à Rome ont été immédiatement prises en charge par la communauté Sant’Egidio. Déjà, elles se sont mises à l’école de l’italien pour pouvoir être intégrées au plus vite dans la péninsule. Ce n’est qu’un micro exemple ? Oui, mais il est significatif d’une attitude réfléchie et conséquente. Il faudra, néanmoins, poursuivre cette discussion.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 20 avril 2016.

Messages

  • De par sa sagesse teintée d’une délicatesse qui incite au respect et la conclusion : "Il faudra néanmoins poursuivre cette discussion", l’article de G. Leclerc m’encourage à y réagir, si cela m’était permis. Ignorer cette invitation serait le refus d’accueillir l’éclairage indispensable pour m’aider à comprendre la situation et, au delà, un manque total de considération. Comment me le permettrais-je ?...

    Les réponses données par J.F. Colosimo à FigaroVox sont intéressants à plus d’un titre, et donnent une vue d’ensemble claire et sans à priori du contexte, de l’histoire et de la situation actuelle de cette partie du monde. Même résumé, ce parcours me parait susceptible de nous ouvrir à une meilleure compréhension des tragédies qui se déroulent de l’autre côté de la Méditerranée et au-delà.

    Ne s’improvise pas géopoliticien et encore moins enseignant qui veut et lorsque les événements nous sont le plus souvent présentés par des lectures "dirigées", pour ne pas dire suspectes, dans le but, entre autres, d’asservir le lecteur par l’angoisse et le désespoir qu’elles provoquent. Sans sous-estimer l’ampleur des tragédies, il est indispensable de savoir qu’il y a des entreprises de destruction, non seulement de pays, de sociétés, mais aussi de l’homme dans ce qu’il a de plus sacré, au delà de son existence physique, la destruction de sa capacité de penser et la connaissance des vraies réalités. Dès lors, il devient esclave de toutes les peurs et de toutes les manipulations. Se méfier des faux prophètes, mais le Seigneur met sur notre route des êtres dignes nous aider vraiment et gratuitement.

    Pour en revenir à "Un geste prophétique", le précédent article de G. Leclerc, excellent lui aussi, je l’ai relu, comme il doit l’être, avec le regard enrichi par la parole ET les actions du Maitre. C’est cet aspect, sauf erreur, que "Un geste prophétique" fait découvrir avec autant de réalisme que d’espérance. Ayant déjà exprimé mon sentiment que ce n’était pas le pape François qui avait cherché les media mais bien l’inverse, j’ajouterais que ce n’est pas non plus la forme ni le fond de cet article qui déroute le lecteur, mais bien les déclarations et les écrits irresponsables et autres manigances usurpatrices de la liberté qui paralysent les êtres pour mieux, comme déjà dit, les asservir. J’irais jusqu’à me permettre d’affirmer qu’il y a des "dhimmitudes" qui, elles, "oublient" dire leur nom...

    "Un geste prophétique" m’a fait rechercher dans mes papiers, un "Angélus" de Benoit XVI qui nous avait éclairé sur la parabole du "Bon Samaritain" (Luc 10, 25-37). En résumé "l’amour envers Dieu et envers le prochain...Mais qui est mon prochain, demande untel à Jésus. Et le Seigneur répond en renversant la question et montrant, à travers le récit du bon samaritain, que chacun de nous doit devenir le prochain de chaque personne qu’il rencontre. Une lecture trop rapide de la parabole laisse à penser que le prochain est l’homme dépouillé et laissé à demi-mort. Ce n’est pas le cas. L’Evangile dit que "le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands" est le Samaritain, par opposition au prêtre et au lévite. Ainsi, le prochain est celui qui tire le mourant dépouillé en dehors du fossé et paie pour son hébergement "Va, et toi aussi fais de même". Aimer, dit Jésus, signifie tout d’abord reconnaitre que quelqu’un nous sauve (alors que nous étions dans l’incapacité de le demander), que quelqu’un nous tend la main : Dieu, ou notre prochain, qui nous révèle la dimension spirituelle de notre présence sur terre. Le génie de la parabole est donc lié au rétablissement d’une relation équilibrée par le simple : "Va et fais de même". De même que qui ? Le pauvre hère ou le Samaritain ? En fait, les deux. Chacun est le pauvre hère de quelqu’un et le bon samaritain de l’autre. C’est la chaîne d’union, la roue de la vie. Il suffit de, il faut, le reconnaîte et l’accepter..."....

    N’ayant pas réussi à "faire court", comme on dit, j’en demande pardon. Mais avant : tant de commentaires ont souligné la "bonne blague de ces 12 syriens musulmans "pris au hasard" pour prendre l’avion avec le pape", "des musulmans, de plus, qui voyagent dans l’avion payé par le contribuable" ; même dans une émission couvrant cet épisode de Lesbos, un monsieur-pas-n’importe-qui svp, historien, spécialiste de, décoré de la Légion d’Honneur etc... a eu une sourire narquois sur "ces 12 syriens musulmans tirés au sort", et j’en passe...

    Nulle part je n’ai lu quelque chose à laquelle, à ma connaissance, "personne n’y avait pensé" (comme dans l’émission-jeu du même nom), et je vais aller encore plus loin que "la bonne blague", de ces syriens musulmans emportés dans la large ceinture de François dans son avion : ils étaient...douze ! Cela ne vous dit rien ? Moi, si : il est vraiment surprenant, ce hasard...

    MERCI.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.