Un christianisme sans la foi ?

par Gérard Leclerc

jeudi 2 septembre 2021

Collégiale Saint-Jacques, Sallanches, Haute-Savoie.
© Pascal Deloche / Godong

Le thème est dans l’air depuis quelques mois, et il se rapporte aux interrogations bien actuelles sur l’identité. Être Français renvoie nécessairement à un héritage, moral, intellectuel et spirituel, qui doit tout au christianisme. C’est l’auteur du Traité d’athéologie, Michel Onfray, qui l’affirme et ils sont désormais légion à le rejoindre. Mais de quelle nature peut être cet attachement patrimonial, s’il n’est pas relié à une solide conviction qui ne s’enracine que dans la foi, c’est-à-dire l’adhésion explicite et personnelle au mystère chrétien ? L’affaire est tellement sérieuse qu’elle donne lieu à tout un numéro de Communio, la revue théologique internationale. On peut trouver aussi sur Internet les données d’un débat parfois vif d’autant qu’il fait part d’une certaine indignation quant à l’intrusion de Michel Onfray dans cette opération.

Un vase vide ?

Comment admettre que l’intéressé revendique l’héritage, alors qu’il s’est employé dans toute son œuvre à dissoudre la figure du Christ et la pertinence de son message ? Et de bons esprits de dénoncer ce qu’ils considèrent comme une imposture, la défense d’une civilisation chrétienne dont le Christ vivant et vrai serait absent. L’objection est parfaitement recevable d’autant qu’elle se fonde sur la crainte d’un déni de l’authenticité chrétienne. Sans la foi au Christ de l’histoire, mort et ressuscité, le christianisme ne serait plus que le vase vide dont parlait Ernest Renan, que l’on peut citer à ce propos avec exactitude : « Nous vivons, monsieur, du parfum d’un vase vide ; après nous, on vivra de l’ombre d’une ombre ; je crains par moment que ce soit un peu léger. » De fait !

Mais a contrario, il est possible aussi de rappeler que le christianisme est la religion de l’Incarnation et qu’il a nécessairement contribué à former une civilisation dont la culture, l’art, les mœurs, reflètent l’inspiration évangélique. Considérer cet héritage comme un don précieux, c’est aussi rendre témoignage à la religion de l’Incarnation. Et pourquoi sa valeur apologétique ne renverrait-elle pas à la solidité et à l’authenticité de ce qui est à son origine ?

Recréer du lien

On est bien obligé, par ailleurs, en dépit des objections les plus fondées, de reconnaître que l’évidence de l’héritage conduit à des démarches qui s’imposent désormais à nous. Dans son petit livre très suggestif, intitulé Insoumission française (Éditions de l’Observatoire), Sonia Mabrouk conclut sur la nécessité pour les Français d’aborder le christianisme en dehors d’une démarche de foi : « L’homme moderne, sans faire forcément profession de foi, peut porter de manière féconde une vision de la chrétienté. À cette condition, un commun est encore possible. L’héritage chrétien ne doit pas être considéré comme un fardeau mais comme un socle pour recréer du lien. » Dans ces conditions, la philosophie du christianisme, écrit encore Sonia Mabrouk « permet de rassembler une communauté plus large que celle qui consisterait à se placer du strict point de vue de l’apologie du christianisme ».

Pour bien comprendre la portée de tels propos, il faut savoir qu’ils figurent au terme d’une analyse très pertinente de tous les maux intellectuels qui corrodent aujourd’hui la culture française, et de proche en proche atteignent la substance même de la société. Ce socle chrétien est supposé répondre à cette destruction de notre civilisation, en reconstruisant les murs porteurs de notre héritage bien mal en point. Voilà qui nous tombe dessus, nous autres chrétiens. Il faudra bien nous situer dans cette nouvelle configuration qui risque de s’affirmer en période d’incertitude et de destruction.

Sonia Mabrouk, Insoumission française. Décoloniaux, écologistes radicaux, islamo-compatibles : les véritables menaces, Éd. de l’Observatoire, 126 p., 16 €.

Messages

  • Un christianisme sans la foi interroge G Leclerc ci dessus ?

    Un christianisme sans église répond un pan élargi de commentaires contemporains ?

    Une église sans christianisme se défausse dans un dédale d’approximations qui engendrent le sentiment de déroute spirituelle et personnelle ?

    De tels enjeux ne sont plus virtuels,

    Selon les mondes qui approchent de tels défis les arguments employés sont spécifiques, particuliers car de toute évidence de tels mondes bigarrés existent aujourd’hui dans celui que nous pensons universel ou voudrons univoque.

    La Covid n’a fait qu’accentuer les clivages des uns vis à vis des autres dans un marasme de relativisme généralisé.

    Le christianisme politique de certains endosse la cuirasse des croisades dont on peine à partager les bénéfices. L’Afghanistan en illustre les effets !
    En l’Eglise la foi qui imprime la croyance, les rites, les cultes et les pratiques ecclésiales vit un rapport au sacré conflictuel par trop d’égards.
    Chacun se croit dépositaire du fonds personnel de traditions considérables apportées par l’histoire passée des croyants.

    Un oubli du passé ou la tentation de vouloir s’en priver par ignorance ou par excès de zèle, mène parfois à des approximations de sens et de connaissance.

    Le christianisme sans la foi demande avec pertinence le chroniqueur.?

    Et de la sorte on tend à s’acheminer vers des refuges illusoires face à la pression internationale de religions prosélytiques, agressives et exclusives.

    Le projet la réflexion commune, de telles propositions destinées aux croyants, aux a - croyants, aux incroyants, et à tant de ceux qui ne savent en quoi et en qui ils fondent leur propre réflexion, est d’une urgence imparable !

    Ceux qui douteraient de la foi, douteraient nécessairement de l’église, et douteraient à terme de leur capacité à croire et à chercher du sens à leur vie.
    Hors de l’église point de salut n"est pas dans l’air du temps !

    Sans elle point de salut ne serait pas davantage recevable.
    il y faut chercher ’la voie médiane’ qui la rejoint et l’enrichit encore de ses facultés à faire croire, à penser la foi et à en vivre pleinement, sans fausse honte, ni fausse pudeur !

    Difficile pour l’heure !

  • +
    Pax
    Toute sa place à la culture, aux fondements anthropologiques u.s.w. Oui.
    Mais quelle sève, quelle vie ? Allons-nous jouer à la poupée (christianistes, à la Onfray) au lieu d’être parents (chrétiens, en société) ?
    Le repli de consolation en croyant sauver les meubles (culture, civilisation), quand il s’agit de sauver son âme, n’est pas la solution. Gérer le patrimoine, musée-mausolée, ne construit rien. "Car il faut VIVRE maintenant et cesser de désespérer."
    La béance, source de tout le problème, c’est le sens (vital...et perdu) de la VÉRITÉ OBJECTIVE.
    Alors quelle apologétique, posons-nous la question. Mais pour le rendez-vous du Sauveur, Chemin, Vie et Vérité.

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