Un certain Maurice Clavel

par Gérard Leclerc

mardi 16 avril 2013

On discute beaucoup en ce moment de la notion d’un printemps français, pas seulement en référence au printemps arabe, tragiquement inabouti mais aussi au printemps de 1968 qui a tellement marqué notre imaginaire national. Je crois que la première mention d’un tel printemps est venue sous la plume de Philippe Labro. Cela m’avait, sur le moment, surpris et intéressé, parce qu’il s’agissait d’un observateur assez distancié et qui me semblait avoir saisi quelque chose d’important dans le climat des grandes Manifs pour tous. D’ailleurs au rebours de ce qu’on entend maintenant, alors que l’on voudrait faire passer le mouvement pour violent, réactionnaire, et même dangereux pour les institutions.

Eh bien, je ne perçois pas du tout les choses comme cela. Il me suffira d’évoquer un souvenir. J’ai bien connu et beaucoup aimé un intellectuel génial qui s’appelait Maurice Clavel. Disparu malheureusement trop tôt, il s’était signalé par son interprétation complètement décalée de Mai 1968. Là où la plupart discernaient un bouleversement de type subversif, style 1917, il voyait ce qu’il n’avait pas peur d’appeler le retour de l’Esprit, avec une majuscule. Et lorsqu’il affirmait que Dieu était ressuscité en 1968, beaucoup le considéraient comme un fou (un peu comme aujourd’hui une certaine Frigide Barjot). Mais il savait parfaitement ce qu’il disait. C’était l’inconscient même de l’Occident qui se trouvait remué dans ses profondeurs. Reprenant l’image biblique du combat avec l’ange, il désignait une bataille métaphysique décisive. Je précise : une bataille qui pouvait être perdue, et qui dans un certain sens, a été perdue.

Une civilisation s’effondrait, expliquait encore Clavel, victime de son non-sens, de son néant. Elle ne pouvait renaître de ses idéologies mortes. Mais le moment était providentiel pour une « révolution selon l’être », une insurrection spirituelle qui redonnerait toutes ses couleurs à la vie. Pourquoi Clavel n’aurait-il pas été le prophète du moment que nous vivons, parce que ce moment n’a rien de nihiliste, parce qu’il est complètement du côté de la vie et peut faire ressurgir l’élan des vrais renouveaux ?

Chronique lue sur radio Notre-Dame le 16 avril 2013.

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