Un catholicisme déchiré ?

par Gérard Leclerc

lundi 12 juin 2017

« Entre l’échec politique et moral du fillonisme, la tentation lepéniste d’un nombre important de catholiques et l’arrivée d’une génération macroniste avec laquelle elle n’a pas su trouver de canaux de communication effectifs… l’Église catholique semble désorientée, tiraillée et, au risque d’insister, multifracturée. C’est grave, docteur ? Oui, c’est grave. » Il n’est pas trop tard pour réagir à cet éditorial de Jean-Pierre Denis dans La Vie (31/05/2017).

Même si on n’en partage pas exactement l’analyse, il n’est pas douteux qu’il pose une question pertinente. Ce n’est pas d’abord celle de la division des catholiques, du moins à mon sentiment, mais celle de la position particulière de l’Église comme institution et comme communion par rapport à une conjoncture marquée par la confusion.

Jean-Pierre Denis semble regretter l’attitude de l’épiscopat dans l’entre-deux-tours de la présidentielle. Je persiste, pour ma part, à en défendre le bien-fondé, tout en rappelant une distinction importante. Maintenir l’autonomie du spirituel et celle du temporel, en refusant une consigne de vote, ce n’est nullement s’interdire le rappel des principes sur les sujets qui fâchent. Bien au contraire, c’est sauvegarder l’autorité du spirituel dans son ordre. C’est parce qu’elle est indépendante du jeu des partis, que l’Église peut être entendue sur les questions éthiques et celles concernant le bien commun. Et c’est aux catholiques comme citoyens à prendre leurs responsabilités. Une Église se précipitant au secours de la victoire acquise d’un des deux candidats aurait abandonné son indépendance qui suppose une distance. Distance, au demeurant soigneusement respectée par le pape François, avec ses brèves remarques sur l’élection française, dont l’ironie marquait une différence d’ordre.

Il est bien entendu, par ailleurs, que cette distance n’implique aucun désintérêt pour les fractures qui fissurent la société française et, du même coup, l’opinion catholique. Depuis la Révolution française, les catholiques n’ont cessé d’être divisés.

Au moment de la guerre d’Algérie, le degré de tension inspira à l’abbé Jean-Marie Lustiger, alors aumônier des étudiants du Quartier latin, une initiative singulière : rassembler tous les protagonistes dans une même prière à Notre-Dame de Paris. C’est ainsi que l’on vit François Mauriac et Georges Bidault, ennemis résolus sur la scène politique, affirmer leur communion, grâce à l’Église, leur mère indivisible. « Qu’il me tarde d’être perdu dans cette foule de suppliants » écrivait l’auteur du Bloc-notes (Le Figaro 12/12/1960). Nous n’en sommes pas, fort heureusement, à un tel degré d’opposition entre chrétiens. Mais nous savons que l’Église-communion est notre recours et notre sauvegarde dans tous les moments critiques. Il nous faudra poursuivre cette réflexion, ne serait-ce que pour envisager ce que Jean-Luc Marion appelle « un moment catholique » [1].


[1Jean-Luc Marion, Brève apologie pour un moment catholique, Grasset, 128 p., 15 €.

Pour aller plus loin :

Messages

  • oui. le catholicisme est déchiré. parce que enfermé dans des valeurscompletement opposees à celles de l Evangile !!!!

  • Si nos évêques annonçaient sans détour ce que l’Évangile et les commandements bien des cathos crieraient au scandale mais les jeunes accepteraient la difficulté sans forcement la mettre en pratique mais une ligne a ne pas franchir c’est ce qui leur manque aujourd’hui et qu’il recherche pour bien des jeunes des points de repères que même de nos pasteurs et des parents non plus le courage de donner l’église n’a pas du chiffre a faire , n’as pas à faire plaisir seulement a transmettre la foi et à accueillir sans complaisance
    comment faire de la politique si nous sommes sous le boisseau à renier notre foi nous ne seront pas pris aux sérieux seulement des intégristes sans convictions
    tout le reste n’est que palabre

  • Nos évêques si soucieux de défendre les étrangers accueillis en France, devraient se souvenir aussi que Dieu a établi la famille. Il nous le rappelle dès le début de la Genèse ! C’est même la seule institution crée par Dieu dès l’origine, l’homme tout juste créé en couple avec l’ordre de se multiplier. Or nos évêques ont oublié cet origine de la famille et semble la tenir pour négligeable. C’est ce qui ressort de leur comportement a de rares exceptions près

  • Nos évêques si soucieux de défendre les étrangers accueillis en France, devraient se souvenir aussi que Dieu a établi la famille. Il nous le rappelle dès le début de la Genèse ! C’est même la seule institution crée par Dieu dès l’origine, l’homme tout juste créé en couple avec l’ordre de se multiplier. Or nos évêques ont oublié cet origine de la famille et semble la tenir pour négligeable. C’est ce qui ressort de leur comportement a de rares exceptions près

  • Monsieur JP Denis, parfois bien avisé, oublie que l’Eglise ne peut être "désorientée" que dans la mesure où elle perd son unique orientation, celle
    qui la tourne vers le Christ.........

    Une "désorientation" qui naitrait de choix politiques ou de non choix est une affaire certainement importante, elle n’en est pas capitale....

  • @ marie petitbon
    Mais de quel catholicisme parlez-vous donc là ?
    Énoncez des faits précis pour étayer cette accusation (accusation parfaitement injuste).

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