Traduit par Pierre

Un bouleversement historique.

Benoît XVI

mardi 18 avril 2017

« C’est Jésus le Nazarénien que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici. » (Mc, 16,6). Par ces mots, le messager de Dieu, vêtu de lumière, s’adressait aux femmes qui cherchaient le corps de Jésus dans le tombeau. Mais l’Évangéliste nous dit de même en cette sainte nuit. Jésus n’est pas un personnage du passé. Il vit et marche devant nous, vivant, il nous invite à le suivre, lui qui est la vie, et ainsi à découvrir pour nous-mêmes le chemin de la vie.

« Il est ressuscité, il n’est pas ici. » Quand, pour la première fois, Jésus parla à ses disciples de la Croix et de la Résurrection, alors qu’ils descendaient de la montagne après la Transfiguration ils se demandaient entre eux ce que signifiait « ressusciter d’entre les morts » (Mc, 9 10). Pâques, nous nous réjouissons , le Christ n’est pas resté dans son tombeau, son corps n’a pas connu la corruption, il appartient au monde des vivants et non des morts, nous nous réjouissons car il est l’Alpha et l’Oméga, comme nous le clamons selon le rite du Cierge Pascal, il est vivant non seulement hier, mais aujourd’hui et pour l’éternité (He, 13 8).

Mais la Résurrection est en quelque sorte si loin hors de notre portée, si éloignée de notre expérience, qu’à la réflexion nous nous trouvons dans la ligne des arguments des disciples : en quoi consiste précisément cette "résurrection" ? Que signifie-t-elle pour nous, pour le monde entier, pour tous les évènements historiques ?

Un théologien Allemand ironisa un jour sur le miracle d’un corps revenant à la vie — si un tel évènement est jamais survenu, ce dont il doutait — qui serait incongru car ne nous concernant pas. En fait, s’il s’agissait simplement de quelqu’un revenant à la vie, sans plus, en quoi serions-nous concernés ?

Mais voilà : la Résurrection du Christ est un évènement bien plus important, bien différent. Osons parler le langage de la théorie de l’évolution : c’est une "mutation" fondamentale, le saut le plus crucial dans une dimension totalement nouvelle effectué au cours de la longue histoire de la vie et de son évolution, un saut d’une toute nouvelle nature qui nous touche tous et touche toute notre histoire.

La discussion entamée avec les disciples comporte donc la question suivante : Que s’est-il passé alors ? En quoi sommes-nous touchés, nous tous, le monde entier, et moi-même ?

Par-dessus tout : que s’est-il passé ? Jésus n’est plus dans son tombeau. Il est dans une existence totalement nouvelle. Mais comment est-ce arrivé ? Quelles forces sont intervenues ? Un point fondamental : cet homme Jésus n’était pas seul, il n’était pas "l’unique", l’introverti. Il était une pure réalité en union avec le Dieu vivant, si intime qu’il était une seule et même personne avec Lui. Il était, si on peut dire, tant attaché à Lui, qui est la vie, non seulement dans le domaine émotionnel mais aussi dans une union d’échange total.

Sa vie n’était pas seulement sienne, elle existait en communion avec Dieu, "élevée" en Dieu, et ne pouvait donc pas lui être retirée. C’est par amour qu’il a accepté d’être mis à mort, mais agissant ainsi il a précisément mis un terme à l’irréversibilité de la mort, car il portait en lui le caractère éternel de la vie. Il était la pure réalité de la vie indestructible pour qu’en quelque sorte elle puisse s’épanouir à nouveau après la mort.

Redisons cela d’un autre point de vue. Sa mort était un geste d’amour. Lors de la dernière Cène, il précédait la mort, la transformant en un don de soi. Sa communion d’existence avec Dieu était concrètement une communion vitale avec l’amour de Dieu, et son amour est la véritable puissance contre la mort, il est plus fort que la mort.La Résurrection fut une explosion de lumière, une explosion d’amour, dissolvant l’interpénétration alors indissoluble "de la mort et du devenir". Elle ouvrait une nouvelle dimension à l’existence, une nouvelle dimension à la vie où, par une nouvelle voie, la matière était prise en compte et un nouveau monde apparaissait.

Il est évident que cet évènement n’est pas un simple miracle de jadis, susceptible de nous laisser indifférents. C’est un véritable bond en avant dans l’histoire de l’évolution et de la vie en général, et vers une nouvelle vie future, où, débutant avec le Christ, ce monde, notre mode, se transforme et nous emporte.

Mais comment est-ce possible ? Comment cet évènement peut-il me toucher et guider ma vie pour l’élever ? La réponse, peut-être surprenante d’abord, mais absolument sûre, se trouve en moi par la foi et le Baptême. C’est pourquoi le Baptême fait partie de la Veillée Pascale. . . Le Baptême a ce sens précis, nous ne parlons pas d’un évènement de jadis, mais d’un saut venant en moi depuis un fait historique, me saisissant afin de m’intégrer.

Le Baptême est bien différent d’un évènement de socialisation religieuse, d’un rite vieillot et compliqué d’accueil des gens au sein de l’Église. C’est aussi davantage qu’une simple toilette, qu’une espèce de purification et d’embellissement de l’âme. C’est en vérité la mort, la résurrection, la renaissance, la transformation vers une nouvelle existence.

Comment le comprendre ? Je pense que ce qu’apporte le Baptême peut nous être plus aisément expliqué si nous scrutons la conclusion de la brève autobiographie spirituelle de Saint Paul dans son Épitre aux Galates. Sa conclusion résume le fond de sa vie. « et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. »(Ga 2 20). Je vis, mais je ne suis plus moi-même. Le "moi", identité fondamentale de l’homme — de cet homme, Paul — a changé. Il existe toujours, et n’existe plus. Il a franchi le "non" et se trouve désormais pris perpétuellement dans le "non", "moi, mais plus jamais".

Par ces mots, Paul ne relate pas quelque expérience mystique qu’il aurait pu éprouver, et qui pourrait nous offrir quelque intérêt historique. Non, cette phrase exprime ce qui se produit lors du Baptême. Mon "moi" m’est enlevé et remplacé par un nouvel et plus important sujet. ce qui signifie que mon "moi" est de retour, mais désormais transformé, décortiqué, ouvert à l’incorporation à l’autre, en qui il acquiert son nouveau souffle d’existence.
Paul nous explique à nouveau ce phénomène sous un autre point de vue quand,dans le Chapitre Trois de la Lette aux Galates, il parle de la "promesse" donnée à un seul — une personne, le Christ. Lui seul porte toute la "promesse" en sa personne.

Et nous ? Paul nous répond : Vous êtes devenus UN dans le Christ (Ga, 3 28). Non une simple chose unique, mais un, unique un, nouveau sujet. Notre "moi" étant libéré de son isolement, cette découverte de soi en un nouveau sujet signifie qu’on se trouve devant l’immensité de Dieu et emmené vers une vie sortie du simple contexte de "mourir et devenir".

La grande explosion de la Résurrection nous a saisis par le Baptême afin de nous entraîner. Ainsi sommes-nous associés à une nouvelle dimension de la vie où, parmi les tribulations quotidiennes, nous nous trouvons déjà entrainés. Vivre sa vie comme une ouverture permanente à un vaste espace, telle est la signification d’être baptisé, d’être Chrétien. Joie de la Veillée de Pâques. La Résurrection n’est pas un évènement de jadis, la Résurrection nous a touchés, s’est emparée de nous. Nous la saisissons nous nous accrochons au Seigneur ressuscité, sachant qu’il ne nous lachera pas même si nos mains faiblissent. Nous prenons sa main et ainsi nous nous tenons tous par la main, devenant un sujet unique, pas une simple chose. Moi, mais non plus moi seul, telle est la règle de la vie chrétienne enracinée dans le Baptême, la formule de la Résurrection dans le temps. Moi, mais non plus moi seul, si nous vivons ainsi, nous changeons le monde. C’est une règle opposée à toutes les idéologies de violence, c’est un programme opposé à la corruption et à la recherche du pouvoir et de la possession.

« Je vis et vous aussi vous vivrez. » dit Jésus à ses disciples, donc à nous, dans l’Évangile selon Saint Jean (Jn, 14.19). Nous vivrons par notre communion existentielle avec lui, par notre union avec lui qui est la vie. La vie éternelle, la bienheureuse immortalité, ce n’est pas par nous-mêmes ni en nous-mêmes, mais par une relation de communion existentielle avec lui qui est la Vérité et l’Amour, et donc notre Dieu éternel.

Que l’âme soit simplement indestructible elle-même ne saurait expliquer la vie éternelle, ne saurait en faire une authentique existence. La vie nous vient de l’amour de celui qui est la Vie ; elle nous est donnée par sa vie et son amour. Moi, mais non plus moi seul, telle est la voie de la Croix, le chemin qui "ouvre" une vie simplement fermée sur le "moi", une vie ouverte sur le chemin de la joie de toujours.

Alors, chantons pleins de joie avec toute l’Église les paroles de l’Exultet, « chante, chœur des anges... réjouis-toi, Terre entière. » La résurrection est un phénomène cosmique, incluant Ciel et Terre et les unissant. Par les paroles de l’Exultet, nous pouvons proclamer à nouveau « le Christ... revenu du séjour des morts et qui a répandu sa pacifique lumière sur toute l’humanité, ton Fils qui vit et règne pour toujours et toujours. »

Amen !

Trois Marie au tombeau du Christ. L.F.S. von Carolsfeld, 1835 - Collection de l’Université de Georgetown.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2017/04/16/the-greatest-mutation-in-history/

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