Un bilan du grand débat ?

par Gérard Leclerc

mercredi 10 avril 2019

Sans pouvoir préjuger de sa réussite ni même des procédures qu’il allait engendrer, je m’étais simplement permis d’approuver l’initiative du grand débat national. Tout bonnement, parce que dans une période de troubles qui pouvaient aller jusqu’à la violence, il était indispensable de faire évoluer la protestation et la révolte vers une prise de parole pleinement articulée. On pouvait m’objecter que dans l’esprit du président de la République il s’agissait d’un artifice pour parer à une situation impossible. Je répondais qu’on ne pouvait refuser cet exercice d’explication entre citoyens. Bien sûr, ce pouvait être un procédé psychologique, qui pour le mieux aboutissait à une catharsis, pour le pire à un défoulement, mais on ne doit jamais s’opposer à une franche explication.

Maintenant que cette explication a eu lieu, on peut tenter un bilan. 500 000 contributeurs en ligne, 500 000 participants aux 10 000 réunions locales, 500 000 contributions aux cahiers de doléances, soit au total 1,5 millions de participants, ce n’est tout de même pas si mal ! C’est vrai que cela ne représente qu’un faible pourcentage de la population. Mais du point de vue civique, il n’est pas fâcheux que cette minorité se soit exprimée. Et la majorité qui s’est abstenue n’a qu’à s’en prendre à elle même si elle est mécontente du résultat.

Il est vrai que ce résultat peut laisser perplexe. Christophe Boutin, politologue avisé, remarque sur le site Atlantico que nous nous trouvons face à un fatras de réponses trop diverses avec des taux de réponse infinitésimaux et au demeurant non significatifs des desiderata de l’opinion. Faut-il conclure que : « Bref, c’est le néant, et un néant où l’on enfonce des portes ouvertes sans jamais renverser la table » ? Je ne serais pas aussi sévère. Au moins on a discuté plutôt que de se battre. Du coup, on a mesuré les limites de l’exercice. Les leçons à en tirer dépassent d’ailleurs le cadre de la politique. On pourrait les appliquer au cadre ecclésial, si du moins on prête attention à la demande de participation du laïcat que l’on vante un peu à l’excès. Mais c’est une autre histoire.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 avril 2019.

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