Un antipape ?

par Gérard Leclerc

mercredi 14 octobre 2015

Le Pape a beaucoup de succès dans les médias du monde entier. La presse française n’est pas en reste. Le Point lui consacrait sa une, la semaine dernière, pour annoncer un dossier substantiel sur celui qui serait « l’homme le plus influent du monde ». Hier c’était Libération, avec aussi la photo de François en couverture et un titre alléchant : « Ses sept défis capitaux ». En tant que collègue, il m’est un peu pénible de faire la critique de mes semblables. Mais je dois dire quand même que, depuis très longtemps, je m’interroge sur la méthode de traitement du religieux en général par la profession. Mon maître vénéré, le cardinal Henri de Lubac, éprouvait une véritable allergie pour la presse, car il ne reconnaissait en rien la substance de l’Église et de la foi dans le traitement que lui faisaient subir les journaux. J’imagine la façon dont il aurait accueilli l’éditorial de Libé, où il aurait pu lire cette proposition intéressante : « Pour faire bouger la grande machine du catholicisme et le dogme, il faut plus que de la com. » Ha ! certes, pour changer le dogme, cher Marc Semo, il faut tout simplement la force et le génie d’un hérésiarque.

Est-ce bien ce que les confrères attendent du pape actuel ? En ce cas, il ne se sont même pas donné la peine de l’entendre ou de le lire. François ne se distingue pas de ses prédécesseurs là-dessus. Certes, il peut donner des inflexions pastorales qui lui sont propres, qui correspondent à son expérience ou à sa perception de la société actuelle. Mais le dogme c’est la foi de l’Église, et s’il n’y a plus de dogme, il n’y a plus d’Église. On se demande d’ailleurs si ce n’est pas le vœu plus ou moins secret de beaucoup, qui n’admettent pas une institution à leurs yeux insupportable, aussi bien dans ses membres que dans sa tête. Ce qu’ils aimeraient c’est que François soit une sorte d’antipape pour venir à bout de cette pauvre Église qui, après 2000 ans, continue à résister à toutes les pressions, pour témoigner de ce qui la fonde. L’instrument médiatique, écrivait Lucien Sfez en 1988 dans sa Critique de la communication n’admet qu’une religion facile d’accès pour tous. Celle qui, précisément, a sacrifié tous ses dogmes sur son propre autel. C’est toujours vrai aujourd’hui !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 14 octobre 2015.

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