Un an après

par Gérard Leclerc

lundi 14 novembre 2016

Hier, Paris s’est recueilli dans le souvenir des morts du 13 novembre 2015. La commémoration s’est déroulée dans une grande sobriété, à la demande des familles des victimes. La presse a rendu compte de l’avancée des enquêtes sur l’origine des attentats et les filières des terroristes. Le souci de sécurité du territoire s’est évidemment imposé au pouvoir comme à l’opinion. Mais une autre préoccupation se présente avec le fossé qui sépare les auteurs des crimes et les jeunes tombés sous leurs balles, dans la mesure où les uns et les autres appartiennent à la même génération. On continue à se féliciter, à juste titre, que la France ait résisté au poison du fanatisme et n’ait pas voulu traduire en ressentiment et en crispation la douleur de l’épreuve. Tous ceux qui se reconnaissent dans un certain art de vivre n’ont pas voulu en changer. Un éditorialiste écrivait hier que la France continue d’aimer tout ce que les fanatiques détestent : la fraternité, la laïcité, la musique et les terrasses au soleil. C’est sans doute assez juste.

Mais en contraste, il y a cette autre jeunesse dont on évalue mal la présence chez nous et qui se sent attirée par la violence djihadiste et tout l’univers mental qui l’environne. Dans cet univers, on exècre le matérialisme occidental, sa décadence, son individualisme, sa médiocrité, sa conception de la politique réduite à la pure gestion. C’est ce qu’écrit notamment dans un livre important (Les nouveaux enfants du siècle, Cerf) Alexandre Devecchio, qui appartient lui-même à cette génération. Il montre combien notre société est marquée par de profondes fractures. Fractures qui font comprendre comment la propagande de l’État islamique peut toucher toute une catégorie de jeunes gens et de jeunes filles qui ne se reconnaissent pas du tout dans les valeurs dites libérales : « Là où le monde occidental envisage tout à l’aune du droit des individus, l’EI propose un destin collectif et sacrificiel. » Et encore : « Pour les nouveaux enfants du siècle, le djihadisme constitue dès lors la réponse rivale maximale au vide métaphysique de l’Europe, une manière de dire non à la fin de l’histoire. » Cela peut nous terrifier, mais cela doit d’abord nous alerter et nous faire réfléchir. Il faut nous défendre non seulement par les moyens policiers et militaires. Il nous faut nous défendre aussi mentalement, et ce n’est pas du tout, du tout, évident.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 14 novembre 2016.

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