Un Pape qui dérange

par Gérard Leclerc

lundi 23 janvier 2017

L’expression «  un Pape qui dérange  » est aujourd’hui assez répandue, inspirée pour des motifs très divers. Beaucoup mettent en valeur les qualités d’un pasteur toujours proche des réalités concrètes et déconcertant ainsi par sa liberté de ton. D’autres ont en tête un cadre d’interprétation beaucoup plus discutable, qui se réclame clairement d’une idéologie. Ainsi, on explique que François, à l’encontre de ses prédécesseurs, accepterait le monde moderne dans sa trajectoire actuelle, accompagnant ses évolutions sans vouloir les contrecarrer. Aussi accepterait-il l’état des mœurs, et notamment la réalité massive du divorce. Et – pourquoi pas ? – les unions homosexuelles. C’est donc à une révolution déterminante que se serait attelé cet homme, dont certains déplorent la solitude et le possible échec… Il est vrai que ce type de discours se trouve conforté par les critiques amères de certains milieux traditionalistes qui, pour d’autres raisons, stigmatisent le Pape qui dérogerait à la doctrine traditionnelle.

L’intéressé vient de répondre, au moins implicitement, aux uns et aux autres, dans un entretien publié par le quotidien espagnol El Pais : « Je ne fais aucune révolution, j’essaie seulement de faire avancer l’Évangile.  » Et si la nouveauté de l’Évangile apparaît comme scandaleuse, il ne faut pas se tromper sur la nature du scandale, qui n’est autre que celle de la sainteté. Une sainteté qu’il retrouve – mais oui ! – chez ses collaborateurs de la Curie romaine qu’il se charge pourtant de secouer rudement. Les saints, poursuit-il, sont ceux qui brûlent leur vie pour concrétiser l’Évangile. Ils se retrouvent dans toutes les générations. Le lecteur de Joseph Malègue peut ainsi évoquer «  les classes moyennes de la sainteté  » dont les mérites sont immenses. Le même entretien à El Pais donne lieu à une confidence. Depuis plus de vingt-cinq ans, l’ancien archevêque de Buenos Aires fait une totale abstinence de la télévision. C’est une promesse qu’il a faite au Seigneur !

Mais pour se faire une idée exacte de la fidélité profonde du Saint-Père à l’égard du sacrement de mariage, on lira avec profit son intervention du samedi 21 janvier devant les membres du tribunal de la Rote. Loin de céder à «  la culture dominante de l’éphémère et du provisoire  » le Pape veut au contraire mobiliser l’Église pour développer un catéchuménat «  le plus efficace possible  », avant et après la célébration du mariage pour lutter contre des unions inconsistantes par manque de préparation sérieuse et de constance. C’est tout le contraire d’une pastorale d’alignement sur le monde qu’on veut lui imputer contre toute vérité.

Messages

  • J’entends bien ce à quoi Gérard Leclerc souhaite nous éveiller au sujet de François et je l’en remercie.
    Une chose cependant, sur les effets que produit la réception du message papal.
    Avec le temps, il s’est avéré que faire état d’une gène, voire d’une sincère incompréhension en lien avec telle ou telle parole du Pape, que l’on souhaite a priori aimer comme un père, a pour effet quasi immédiat de susciter comme un doute, voire un soupçon, quant à votre qualité de catholique. On se retrouve rapidement à devoir choisir entre bergogliophilie ou bergogliophobie. Car c’est soi l’un soit l’autre. Si l’on est simplement étonné, cela semble déjà vous ranger dans la deuxième catégorie. A quoi s’ajoute la suspicion de dérive gauchiste dans un cas, droitière dans l’autre. Cela ne me met vraiment pas au large, et nous avons besoin des commentaires saints et avisés de ceux qui gardent leur liberté d’enfants de Dieu face aux thuriféraires comme aux détracteurs. Et qui contribuent à rapprocher les deux camps qui, ne nous mentons pas, se combattent sans miséricorde au sein de l’Église, via internet le plus souvent.
    Sur le fond, sur ce qui provoque rejet viscéral ou adhésion inconditionnelle, que G.L. continue de nous permettre de comprendre et de préciser l’origine des difficultés en résistant à la tentation de l’imprécation.

    • Face à Jésus aussi ses auditeurs ont dû choisir pour ou contre lui. Ce n’est pas le pape qui dérange, c’est l’Evangile.

    • La réaction de Cyrille semble bien refléter la réalité. "...c’est l’Evangile qui dérange".

      L’"affaire" est à deux volets si l’on peut dire :

      Une consolation pour les détracteurs de François : comme nous tous, le pape n’est pas éternel.

      L’ennui pour ces mêmes détracteurs : l’Evangile, lui...

  • Zut alors !
    On vient de lire dimanche à la messe un texte qui nous dit que nous ne sommes pas d’Apollos ou de Bergoglio, ou du camp anti-Bergoglio, mais du Christ...et on a déjà oublié !

    Je propose une semaine de prière pour l’unité ...des catholiques ! Les orthodoxes et les protestants peuvent attendre...

    Qu’on se le dise : ce pape est providentiel, spécialement pour la France.

    Nous avons la chance d’avoir des papes qui agissent comme de véritables anti-dotes aux déconnitudes catholiques françaises et l’on n’en remercie même pas l’Eglise...

    Dans les années 70, ça déjantait ferme à gauche dans l’Eglise et voici Jean-Paul II le Polonais qui prend tout ce petit monde à contre-poil, et qui le brosse, l’étrille...retour aux fondamentaux et vlan : exit l’URSS...

    Les liturgies tournaient au foireux mystique : et voici Benoît XVI qui remet les paroisses à l’heure. Et pourtant ces idiots de tradis n’ont pas su saisir le kairos d’une réconciliation...

    Aujourd’hui, ça vire à droite voire à l’extrême-droite chez le catho français tenté par l’identitaire affirmé, et voilà notre pape argentin (l’extrême-droite au pouvoir, il connait...) qui vient prendre toute ce petit monde à contre-temps et dérigidifier ce qui était peu à peu en train de se fossiliser dans nos petites chapelles bien proprettes avec dentelles et messes en latin. Un véritable dé-Civitaseur, ce pape...

    François veut ouvrir la miséricorde de l’Eglise aux accidentés du mariage qui sont légion...et ça se rebelle : le dogme s’écroule...Non mais c’est quoi ce délire ? Votre mariage est-il pour autant menacé de dissolution, ami(e) ?

    Et en plus un pape qui ne regarde pas la télévision ! Superbe pied de nez au pouvoir médiatique...

    On devrait tous remercier le Seigneur de prendre ainsi soin de nous, mes enfants ! Voilà ce qu’on devrait faire pendant cette semaine de prières "Ut unum sint"...au lieu de grincer des dents...

    Un bon père sait corriger ses enfants quand il le faut. Un bon pape aussi...Qui prétend que l’Eglise spécialement en France n’a pas besoin de temps en temps de petits recadrages...?

    • cf. : 23 janvier 20:38

      Quelle sainte indignation ! Sauf que c’est une récidive, le topo existe déjà dans cet espace. Un jour on est pour le pape François, le lendemain on l’éclabousse de toutes sortes d’épithètes. D’autre part :

      "Et pourtant ces idiots de tradis n’ont pas su saisir le kairos d’une réconciliation...". On voudrait bien prendre ces termes "ces idiots de tradis" comme une envolée affectueuse de "correction fraternelle"... Mais tout de même...

      "Un véritable dé-Civitaseur ce pape...". C’est avec un tel vocabulaire qu’on va peut-être réussir à réaliser l’unité des catholiques avant toutes choses.

      Saint François de Sales est honoré aujourd’hui et il a été déclaré "patron des journalistes". Prions-le donc pour aider les journalistes à respecter cette belle profession, dans le fond et dans la forme. Et pas seulement les journalistes, mais toutes celles et ceux qui s’expriment aussi par l’écriture.

      "Le forum est un lieu de discussion où chaque sujet est en principe déterminé par l’article à commenter. On y attend donc des commentaires de l’article publié et non des commentaires de commentaires et encore moins... des polémiques tournant en rond". (Extrait de "Forum FC... 24 décembre 2015).

      Et, dans la foulée, celles et ceux qui écrivent, ici et là, dans des messages, des contributions, etc... auraient intérêt à revoir leur copie avant que de la lancer comme une imprécation, un jugement ou une insulte.

      "La mégalocéphalite se soigne par doses quotidiennes de modestie et de séjours prolongés dans l’anonymat".

  • Moi, je ne comprends pas ce que signifie "faire avancer l’Evangile" : si c’est le faire mieux connaître aux chrétiens et aux non chrétiens, ok, si c’est l’actualiser au goût du jour, c’est clairement se fondre dans l’esprit du monde...
    Je suis catholique, donc par principe fidèle au Pape, quel qu’il soit. Mais, le fait que les médias, le grand public et les 68ards qui veulent accommoder les paroles de Jésus l’aime bien ne me rassure pas.
    Ce que j’attends d’un pape, c’est qu’il défende la pureté de la foi catholique, pas qu’il fasse l’Eglise à son goût personnel. Dentelles ou étole en macramé, peu m’importe si la foi progresse dans les cœurs et si les gens perçoivent la présence réelle dans la messe, ...mais force est de constater l’inverse depuis quelques décennies qu’on cherche à se débarrasser du cadre matériel (comme si nous n’avions pas un corps et une sensibilité corporelle, autant que de l’esprit)

    Jésus a dit : quand je reviendrai, trouverai-je la Foi sur la Terre ?
    Il n’a pas dit, "...trouverai-je la justice sociale sur la Terre ?"

    Ne nous trompons pas de débat : un chef d’entreprise n’attends pas de son comptable les qualités et les actions d’un commercial. Qu’attendons-nous de notre pape ? et surtout, qu’en attend notre Seigneur ? C’est au Seigneur de juger, mais on peut se permettre parfois la "correction fraternelle" avec charité et humilité, ce que semblent tenter certains cardinaux.

    Les détails journalistiques du genre "il ne regarde pas la télé depuis X années, il ne porte pas les chaussures rouges, il achète ses lunettes seul, il porte un pantalon noir jésuite en dessous,..." nous font peut-être oublier qu’il serait bien gênant qu’un pape perde son temps à cela ... Exigeons de nos journalistes un peu plus de fond
     ;-)

    • "Je suis catholique, donc par principe fidèle au Pape, quel qu’il soit. Mais, le fait que les médias, le grand public et les 68ards qui veulent accommoder les paroles de Jésus l’aime bien ne me rassure pas."

      Il faut simplement affiner un peu votre approche, Cécile :

      - tout ce que dit le pape n’est pas de l’ordre de l’infaillibilité ; les catholiques sont censés suivre le Christ, et non pas le pape, leur évêque ou leur curé de paroisse ;

      - les médias peuvent ne pas dire que des bêtises et sont d’ailleurs loin d’approuver tout ce que dit et fait le pape...En revanche, en politique, les catholiques peuvent dire des bêtises. Les protestants aussi, on en a un bon exemple avec deux articles commenté sur le forum à propos de la politique de défense...Ce n’est pas parce qu’on enseigne dans une faculté de théologie qu’on a des compétences en matière de dissuasion nucléaire...

      On voit d’ailleurs que le pape a aussi fait les frais de l’expérience avec des déclarations un peu rapides et imprudentes sur la politique migratoire de l’Europe, ce qui n’est pas vraiment son sujet...

      Catholicime = Foi et raison (ne pas oublier le second terme).

      En d’autres termes, il faut se convaincre que les catholiques doivent être...des "libres penseurs"... à la lumière de l’Esprit saint tout de même et pas des publications de la "libre pensée" !

    • cf. : 30 janvier 15:26

      @ Cécile

      Venant juste de prendre connaissance de ce message c’est sur la première phrase que je m’arrêterais :"Moi, je ne comprend pas ce que signifie "faire avancer l’Evangile". N’ayant aucun conseil à donner puis-je seulement partager une confidence : ce "faire avancer" m’a posé question, à moi aussi, dans ce contexte ! G. Leclerc livre la traduction en français d’une réponse du pape au quotidien espagnol "El Pais" : "Je ne fais aucune révolution, j’essaie seulement de faire avancer l’Evangile". "Je ne fais aucune révolution" laisserait supposer qu’on lui a demandé s’il voulait changer des choses ; et : "j’essaie seulement de faire avancer l’Evangile" peut signifier : essayer de faire bouger les mots de Jésus, essayer de les faire "vivre", "animer", redonner une âme à l’Evangile, le faire "respirer" au lieu de le lire platement sans tenter de le concrétiser dans la vie de tous les jours. Interprétation personnelle. Tout le reste : les media qui déforment les mots et les intentions, ceux-ci et ceux-là qui entendent mener les gens selon leurs vues, souvent fantaisistes ou erronées, les inquisiteurs de tous poils... On laisse tomber.

      Mais Cécile rappelle un passage intéressant de l’Evangile : la parabole de Jésus sur un juge qui ne respectait ni Dieu ni ses semblables et qui a voulu, par contre, donner justice à une bonne femme pour qu’elle cesse de l’embêter. Et Jésus ajoute : écoutez bien ce que dit ce juge sans justice !.... Dieu fera justice à ses élus, sans tarder. Mais le Fils de l’Homme, quand Il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? De mémoire, est-ce dans Lc 18,...Ce qui signifie peut-être : si ce juge indigne fait justice mais pour en finir avec cette femme, que ne ferait Le Seigneur pour ceux qui le prient ! La prière, la foi ! "la justice sociale" se trouvant dans la Doctrine Sociale de l’Eglise ne nous faut-il pas prier aussi pour qu’elle soit appliquée ? Comme quoi tout se tient : des prières sans la justice, par exemple, et une justice hors du regard de Dieu, ce serait quoi cela ?

      G. Leclerc entame ainsi son billet : "L’expression "un Pape qui dérange" est aujourd’hui assez répandue, inspirée pour des motifs très divers". Et à la fin il suggère de lire l’intervention de du 21 janvier 2017 devant les membres du tribunal de la Rote. Cette suggestion suivie m’a fait réaliser des sens qui m’échappaient. "...ne pas céder à la culture de l’éphémère et du provisoire...". Et G. Leclerc de conclure : "C’est tout le contraire d’une pastorale d’alignement sur le monde qu’on veut lui imputer contre toute vérité".

      Voilà que Cécile m’aura donné à réfléchir. Et à partager. Positif !

    • cf. : 30 janvier 20:57

      "... les catholiques peuvent dire des bêtises.". Oh que oui, alors ! Et de bien grosses !

      Cependant, à propos d’"un bon exemple avec deux articles commentés sur le forum à propos de la politique défense... Ce n’est pas parce que qu’on enseigne dans une faculté de théologie qu’on a des compétences en matière de dissuasion nucléaire...", on aurait souhaité être mieux informés sur les titres exacts et dates des "deux articles commentés sur le forum à propos de la politique de défense", par souci de clarté et pour repérer ces billets pour consultation. "Dissuasion nucléaire" pas plus que "Politique de défense" ne semblent exister "sur le forum".

      Par contre, "De la guerre" est un excellent billet du 25 janvier 2017, aussitôt commenté. Cet article est signé James V. Schall sj qui, pour plus ample information, est détenteur, entre autres :

      - d’un doctorat en philosophie politique et

      - d’une maîtrise de théologie.

      - Il a enseigné la PHILOSOPHIE POLITIQUE à l’Université de Georgetown.

      Ajouter que c’est un spécialiste de la pensée de Chesterton ne serait en rien superflu.

      Voilà qui contribuerait à combler un vide en évitant tout malentendu.

    • Et bien ça prouve qu’on peut être surdiplômé et dire aussi des bêtises...

      Je précise que j’appartiens à une génération formée aux Sciences politiques dans les années 80, par d’excellents experts surdiplômés dont aucun n’avait prévu la chute du mur de Berlin et l’écroulement de l’URSS.

      D’ailleurs, même le KGB qui avait des gens très diplômés n’avait pas prévu le coup...Poutine ne s’en est toujours pas remis...

      Ca aide à relativiser l’autorité des diplômes, des diplômés et des experts en tout genre...

      Ne pas confondre complexe d’infériorité et humilité...

    • cf. : 31 janvier 13:37

      Sous le titre "De la guerre", et dans le papier du 26 janvier 19:41 § 4, il m’a été intimé l’ordre, à moi, Gemayel : "Avant de parler, SVP faites état de vos diplômes"...". En demandant d’excuser le retard, et sans aucunement "confondre complexe d’infériorité et humilité" voici : j’ai l’honneur d’être détenteur du CEP (Certificat d’Etudes du Premier Cycle du second degré". Voilà qui est fait.

      Pour en terminer, et n’ayant, pour ma part, jamais exigé de quiconque d’étaler ses diplômes, dont je ne saurais par ailleurs que faire, je revendique, par contre, le droit de demander de faire, enfin, preuve de bon sens et de réalisme et demander d’arrêter les attaques contre le père James V. Schall sj, et aussi contre TCT !

      En demandant surtout de ne pas confondre débat et pugilat, il devient urgent d’arrêter de prendre cet espace de FC pour des règlements de comptes. Cela suffit !

    • Rappel : ceci doit rester un forum, et pas devenir un rouleau de papier collant...

    • cf. : 31 janvier 22:00

      CORRIGENDUM :

      cet espace doit enfin cesser d’être le support aux rouleaux de papiers triple épaisseur...

    • PS

      Ce n’est pas le pape qui dérange...

      C’est l’auteur d’insultes et d’injures qui ne cesse d’humilier et de provoquer autrui. Point n’est besoin de décliner les prénom et nom de cet auteur prolifique en tous genres d’amabilités dont les forums sont fleuris.

      Mais maltraiter une personne absente de cette accueillante plate-forme est comme attaquer quelqu’un dans le dos. Et cela a un nom... Une fois de plus : il est inacceptable de traiter ici James V. Schall sj de "Stupid" et d’autres amabilités. Quant à The Catholic Thing, personne n’est astreint à la lecture des billets de cette Revue, et personne n’est autorisé à en priver les autres.

      Tout comme nul ici n’est obligé de subir les humiliations, les sautes d’humeur et autres caprices sans se défendre en demandant impérativement que cessent enfin ces "incivilités". Pour rester poli.

      Gemayel

      N.B.

      "Un homme à qui il manque le talent se dédommagera en le méprisant".

      A méditer...

  • Depuis le début le style très perso de ce pape ne m’a pas convaincu. Celui aussi très personnel de ses prédécesseurs m’avait en revanche réconforté dans ma foi.... Certaines condamnations ad hominem posent problème parce ce qu’il semble régler des comptes personnels avec une opposition par des procès d’intention. La liturgie semble n’avoir aucun intérêt pour lui, et si elle n’est pas tout, elle a aussi sa force de rayonnement, de conversion et d’assentiment. Et puis savoir qui est le plus évangélique me parait délicat, cela ne s’assène pas .
    Maintenant je me refuse de polémiquer, c’est le pape , notre pape, , mais je constate la violence des attaques de certains qui se réclament de lui contre ceux qui peinent, comme on l’a observé encore récemment. . Pacifie-t- il l’Eglise ou la fait- avancer ? Ma foi, je me sens incapable de répondre, mais j’avoue franchement avoir été désorienté.
    Je garde confiance dans notre Église, celle qui m’ a fait naître , enfin où je suis né et .. .

  • Merci à Gérard Leclerc de nous rappeler que le pape François, de son propre aveu, n’est pas un révolutionnaire. Pour ma part ce pape ne me dérange absolument pas et je vous propose à ce sujet deux réflexions.

    La première c’est qu’on oublie souvent qu’il y a plusieurs registres dans les propos d’un pape. Certains prennent parfois pour des énoncés ex cathedra des paroles qui ne sont que simples formules diplomatiques. Ainsi, on se souvient que saint Jean-Paul II n’hésitait pas à désigner les musulmans comme nos frères dans la foi d’Abraham, ce qui est fort contestable théologiquement, mais très convenable comme formule de politesse. Politesse qui est aussi une vertu chrétienne apparentée à la charité. Dans d’autres cas, alors que le pape s’adresse aux consciences, on croit qu’il donne à César des leçons d’économie politique. C’est le mot "accueil" qui résume le mieux l’attitude du pape à l’égard des migrants, comme à l’égard des divorcés remariés. Si le pape veut que la porte reste toujours ouverte, c’est pour que les exclus de toutes sortes aient accès à un chemin de conversion et de salut. Mais où voit-on qu’il méconnaisse les conditions de cet accueil ou les exigences de cette conversion ?

    La deuxième réflexion, c’est que les propos du pape sont sujets à interprétation et que chacun a tendance à faire dire au pape ce qu’il veut entendre. Certains, dans l’entourage du pape ou ailleurs, reçoivent les propos du pape comme d’autres reçurent en son temps le concile Vatican II : selon une herméneutique de la rupture et non de la continuité. Dans les deux cas, on a ouvert la porte : lors du concile, tout le monde est sorti ; aujourd’hui tout le monde peut entrer. Mais citera-t-on un seul texte ou propos du pape qui remette expressément en cause les magistères antérieurs ? Bien au contraire, le pape ne cesse de s’y référer. Si donc on accepte d’admettre que tout ce qu’il dit ou fait s’inscrit dans la continuité des actes de ses prédécesseurs, tout devient clair et ce qui pouvait sembler ambigu dans ses propos disparaît.

    Non, ce pape ne nous dérange pas. Bien au contraire, sa vivacité de ton nous aide à approfondir et à consolider notre foi.

    Nota : je sais que Laurent Dandrieu conteste dans son livre la position que je suis en train de défendre au motif que le pape aurait dans ce cas une sorte de double langage ce qui est impossible. Mais je ne suis pas d’accord avec lui à ce sujet. De mon point de vue Dandrieu serait plutôt à cet égard un tenant de l’herméneutique de la rupture.

    • Il s’agira ici de quelques réflexions :

      a) il y a en effet, dans certaines expressions des papes, des "paroles qui ne sont que de simples formules diplomatiques". Exemple donné : "JPII n’hésitait pas à désigner les musulmans comme nos frères dans la foi d’Abraham" ajoutant : "ce qui est fort contestable théologiquement, mais très convenable comme formule de politesse...qui est aussi une vertu chrétienne apparentée à la charité".

      - il est un langage qualifié de "diplomatique" auquel les papes sont, parfois, tenus de se conformer. J’en suis entièrement d’accord ayant moi-même souligné dans des messages antérieurs, la différence entre le langage, disons, pastoral d’un pape et les déclinaisons diplomatiques à utiliser selon les circonstances. "...désigner les musulmans comme nos frères dans la foi d’Abraham...est fort contestable théologiquement" c’est admettre que JPII aurait commis une maladresse dans ce contexte. Ajouter que cette formule est, par contre, très convenable comme formule de politesse ne semble rien ôter à un "impair" du point de vue théologique. On pourrait donc conclure que JPII aurait tenu un propos "fort contestable au niveau de la théologie, ce qui n’est pas rien pour un personnage aussi en vue, mais considéré comme acceptable au nom de la politesse. Qualifier à cette occasion son vis-à-vis comme "représentant d’un peuple de croyants", par exemple, ou parler des musulmans comme étant "nos frères en humanité" aurait, peut-être, empêché comme un faux-pas théologique...

      Quant à la politesse comme "vertu chrétienne apparentée à la charité" j’avoue ne pas y avoir pensé. Mais, alors, comment expliquer que, par expérience personnelle, je sais qu’il existe des gens d’autres religions et aussi des non-croyants capables d’une extrême politesse - ou très grande délicatesse - alors que d’autres, tout en se proclamant très chrétiens, sont capables des pires grossièretés. La politesse ne serait-elle pas plutôt le fruit d’une éducation et de savoir-vivre ?
      Me revient tout à coup à l’esprit une ancienne formule : "la charité est la politesse du coeur", et alors ce serait probablement applicable au propos de JPII. Mais je n’entends pas "philosopher".

      - concernant des propos des papes qui sont diversement compris et interprétés selon les circonstances et autres paramètres, ce n’est pas un fait nouveau, sauf qu’avec François est arrivé un langage plus direct
      et, pour certains, parfois brusque. Question de "style" personnel. Sur le plan des textes, je ne m’aventurerais pas à me prononcer, préférant en laisser la responsabilité aux exégètes et spécialistes en droit canon quand il s’agit bien de propos relevant de cette discipline.

      Enfin, tant mieux si l’on fait partie des personnes que le pape "ne dérange pas", mais on peut aussi comprendre que François pourrait parfois heurter certains, probablement plus sensibles à une forme différente d’expression. C’est pourquoi, sur cette question, il me semble un peu, disons, "hâtif" de dire "ce pape ne nous dérange pas...
      Bien au contraire, sa vivacité de ton nous aide à approfondir et à consolider notre foi". S’exprimer en son nom propre est légitime. Mais s’exprimer, dans ce cas, au pluriel pourrait être hasardeux, n’ayant pas tous la même sensibilité à recevoir un message ou un mot (Chose curieuse : ce n’est pas la première fois sur ces forums que je relève cette confusion singulier-pluriel...). En tous état de cause, on ne parle pas à ses enfants de la même manière, on tient compte du caractère et de l’aptitude de chacun à comprendre les choses. Avis personnel.

      Pour en terminer : à l’occasion du tout récent nouvel an chinois j’ai empoigné le combiné pour le souhaiter heureux a des amis, et j’ai demandé ce que signifiait l’année du coq. La réponse a aussitôt fusé : "Il va nous réveiller !". Comme répartie l’ai trouvée fort savoureuse.

      Il y en a qui préfèrent être réveillés par le "cocorico" du coq du voisin plutôt que par la sonnerie brutale de son réveil-matin à deux sous. Question de goût. Ou d’habitude.

    • PS

      Dans mon tout précédent message j’ai bien spécifié qu’il s’agissait de quelques réflexions. En aucune manière n’y voir une "analyse" du texte
      signé @ sylaene... Pour confirmation.

  • Patrice de Plunkett parle beaucoup des "bergoliophobes" visiblement lui se range dans la catégorie des "bergogliophiles". Moi, je ne me veux ni l’un ni l’autre, je suis tout simplement attachée à Rome.

    Nous assistons depuis le début du pontificat à une débauche d’articles et de commentaires enthousiastes des médias : "Le pape François a dit", "le pape François a fait", ’le pape François en visite chez son ophtalmo", "le pape François chez son chausseur". Cela surprend mais enfin ! la pipolisation est partout, le pape François remplaçant les bandes dessinées des "martine", vous avez dit bizarre ?

    Je ne me voulais pas trop ironique car il y a des choses plus surprenantes : le retour avec quatre musulmans dans l’avion, je vis dans mon entourage "agnostique" un éclat de rire, cela me fit mal et j’eus du mal à expliquer. S’il ne voulait pas prendre de chrétiens pourquoi ne pas s’occuper des Yzidis ? il y eu aussi la muflerie "vous procréez comme des lapins" et puis tant d’autres formules "bizarres". Notamment plus terrible, la comparaison entre les assassins "idéologiques" et les vulgaires beaufs cathos avinés qui tueraient ou battraient leur femme..A force de vouloir être prosaïque, on commet une faute impardonnable : dans ce cas là pourquoi ne pas dire Hitler est un génocidaire oui mais il y a aussi Landru ?

    Ne parlons pas de la liturgie, de la culture, de la musique qui semblent ne pas intéresser du tout notre pape.

    Avec le pape François, j’ai l’impression que la France et l’Europe déjà complètement "larguées" sortent de l’histoire du christianisme et qu’il s’en "fout" complètement. Sans doute pense-t-il que le christianisme peut renaître en Asie, en Afrique, etc.. c’est ce que je me disais pour me réconforter à un moment, mais je n’y crois plus. Je pense que le christianisme joue son âme et son existence sur notre continent. Un christianisme hors sol n’est plus le christianisme mais une nouvelle religion.
    Quand je suis un peu attristée, je pense à notre pape émérite que beaucoup doivent regretter à Rome !! on n’est pas près d’entendre la musique de Mozart des appartements de notre pape François mais plutôt la grosse Bertha qui contrairement à ce que l’on dit ne nous réveille pas mais nous donne plutôt des coups de poing.
    Je reste attachée à Rome contre vents et marées.

    • Je crois que vous attachez trop d’importance à des choses secondaires et pas assez à des choses essentielles.

      On ne le voit que trop en ce moment : nous finissons par nous laisser ballotter par des non-événements au gré des agitations entretenues par les médias qui sont l’équivalent contemporain des tempêtes sur la mer de Galilée.

      Je vous rappelle que le christianisme tient parce que le Christ est ressuscité. Rien que ça. Et il est bon de se rappeler qu’il y a un siècle a eu lieu une révolution qui s’employée pendant 70 ans à éradiquer le christianisme de Russie, sans y parvenir.

      Que certains propos du pape, que certaines de ses initiatives soient discutés ou discutables, qu’on l’attende sans qu’il vienne, tout ça peut être motif à frustration ou interrogation.

      Mais, puisque vous vous dites attachée à Rome, pouvons-nous de temps en temps concevoir l’Eglise telle qu’elle est depuis Rome (urbi et orbi), ce qui est tout de même autre chose qu’une "affiliation papale", et par là même mieux comprendre quelles sont les priorités de l’actuel pape ?

      Ou sommes-nous personnes de si peu de foi que les vagues de l’actualité suffisent à nous ébranler et à nous faire sombrer ?

      Ce qui me pèse le plus sur ce forum, c’est le manque d’espérance qui transpire des messages. Des messages qu’on dirait lestés de plomb.
      Une France catholique déprimée et déprimante...

      Evidemment, ce n’est pas comme ça qu’on va marcher sur les eaux médiatiques avec Saint Pierre...

      Je m’empresse d’ajouter que ce n’est pas le catholicisme qu’incarnent les jeunes que je rencontre, quitte parfois à être un peu trop "identitaires" pour certains d’entre eux...Mais ce sont des excès de jeunesse qu’on peut corriger.

    • cf. : 1er février 14:42

      Le message ci-dessus de Laurelo mérite une attention particulière. Surtout concernant des exemples concrets qui y sont donnés, je cite
      spécifiquement : "Il y a eu aussi la muflerie "vous vous procréez comme des lapins", qui servira de base à ma contribution. Et d’emblée, je prends sur moi de confirmer que je comprends la réaction de Laurelo, sans me situer pour ou contre le pape François sur lequel ma position n’a jamais varié. Oui, il a eu des propos qui ont heurté, qui peuvent heurter, qui heurtent, et qui continueront, fort probablement, de heurter. Pourquoi ? Comment ? Il ne s’agit pas d’apporter, ici, un jugement, mais de se positionner strictement sur le sujet en partant du contexte dans lequel il est impératif de le situer. Cette référence papale à procréer comme des lapins a été diversement traduite dans nos media d’où citations : "Le pape a invité les chrétiens à ne pas se multiplier comme des lapins", "Pour le pape les catholiques ne doivent pas se multiplier comme des lapins", "Le pape François critique les chrétiens qui se multiplient comme des lapins", "Le pape demande aux catholiques de ne pas procréer comme des lapins", et la liste ne s’arrête pas là...

      Il me revient en mémoire, à cette occasion, le livre de Morris West "Children of the sun" traduit en français par "Les enfants du soleil" (1956 ou 1957 ?) où il est question des enfants napolitains que la misère envoie sur les quais s’offrir aux voyageurs qui font escale à Naples ou qui tout simplement débarquent des navires de luxe et autres... L’auteur de "Les souliers de Saint Pierre" y décrit une très douloureuse réalité (il n’était pas encore publiquement question du très moderne "tourisme sexuel"). Et ce n’est pas le hasard qui m’amène à me référer à ces "enfants du soleil"... C’est pour concentrer l’attention sur le contexte et le lieu où cette comparaison de François "à la procréation des lapins" a heurté bien des oreilles et des esprits chez nous...

      En mars 2015 le pape François s’était rendu dans une banlieue de Naples, Scampia, décrite comme étant une des plus défavorisées d’Europe. Personne n’ignore non plus ce qu’est la "Camorra" de Naples et le pape avait alors stigmatisé la fameuse maffia. François s’y était adressé à la population en disant, par exemple : "La corruption du travail nous vole notre dignité, mais n’oubliez pas que la corruption n’est pas chrétienne, elle pue ! Vous avez compris ?". Il a appelé les maffieux à se convertir. "Comme un animal mort pue, la corruption pue, la société corrompue, elle aussi pue, et le chrétien qui fait entrer en lui la corruption, pue !" C’est là aussi que, s’adressant à ces banlieusards de Scampia il les a exhorté à ne pas se multiplier comme des lapins... J’ai entendu le pape à Scampia et pris des notes sur lesquelles je m’appuie. Presque partout, ces mots - ici et là rapportés avec des variantes plus ou moins diffuses - ont fait scandale... Sauf dans cette banlieue de Naples où les habitants ont ovationné François, où certains ont dit que c’est ce qu’ils voulaient entendre. Voilà le contexte, voilà ce que le pape à dit, et voilà à qui il s’est adressé...

      Imaginer que François se hasarde à parler de cette façon à des Parisiens ou des Milanais ou des Normands relève de l’illusion. François aura donc utilisé, dans ce cas précis, le langage qui pouvait être compris par les Napolitains de Scampia. Et il l’a été. Il me vient à l’esprit le vocabulaire de Guy Gilbert, ce prêtre éducateur de délinquants : lui aussi a souvent été critiqué par bien des personnes, qu’on peut comprendre, mais à qui avait échappé le fait que le père Gilbert ne pouvait pas s’adresser à cette catégorie de jeunes en utilisant la fine fleur de la langue de Molière ni en partageant une pause café en levant l’auriculaire sur sa tasse de "petit noir". Pas plus qu’il ne s’est agi pour moi de faire de la catéchèse, discourir théologie ou prétendre "évangéliser" qui que ce soit.

      Ce billet a pour seul objet d’essayer de situer un fait dans son contexte, dans un lieu et la compréhension d’un langage. Vouloir convaincre est inutile. Partager seulement une réalité n’est pas interdit.

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