Un 1er mai à risque

par Gérard Leclerc

mercredi 1er mai 2019

cc Jeanne Menjoulet

En ce matin du 1er mai, le gouvernement peut craindre des heures difficiles, à l’image de ce qui s’est produit l’an dernier et qui avait vivement alerté l’opinion. Les plus extrémistes des contestataires, dont beaucoup se réclament des fameux black blocs n’ont-ils pas annoncé « une journée en enfer » ? Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, qui vit sur des charbons ardents depuis plusieurs mois, a fait part de son inquiétude. Toute une coalition de casseurs est prête à sévir dans la capitale. Le dispositif de sécurité mis en place sera-t-il débordé, comme il l’a été l’an dernier, sur le boulevard de l’hôpital, entre la gare d’Austerlitz et la place d’Italie ?

Il s’agit bien sûr de groupes ultra-minoritaires, mais la question est de savoir à quel point ils sont tolérés, sinon excusés parmi une partie de la population, non seulement chez les Gilets jaunes mais aussi chez ceux qui continuent à se sentir solidaires de leur révolte, en dépit de leurs excès. Cela ne veut pas dire que l’on soit face à une menace insurrectionnelle, même si l’on a assisté à des affrontements parfois difficilement maîtrisés par les forces de l’ordre. Cette violence est caractéristique d’un certain état du pays et de la société, que le gouvernement est dans l’incapacité de corriger avec des mesures ponctuelles, même celles qui risquent de déséquilibrer le budget de la nation.

Le défi de ce premier mai à risques dépasse de très loin les menaces de désordre. Il impose de comprendre, par exemple, comment les forces syndicales classiques, qu’elles se veuillent plus ou moins radicales ou modérées, ne parviennent pas à canaliser les protestations de la France profonde dont les Gilets jaunes, dans leur inorganisation, demeurent les porte-parole. C’est que la réalité sociale s’est invitée désormais et qu’elle n’est saisissable qu’à travers une analyse sérieuse de l’évolution qui s’est produite ces dernières décennies et qui a abouti à un déclassement de ce qu’on appelle désormais la France périphérique. L’ouvrage que publie cette semaine l’historien Pierre Vermeulen, La France qui déclasse. Les Gilets jaunes une jacquerie au XXIe siècle (Tallandier) devrait fournir les véritables coordonnées d’une crise durable qui, au-delà des éclats de violence, réclame une révision radicale de la pensée politique au sens le plus général.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 1er mai 2019.

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