Ubi Petrus

Michael Pakaluk, traduit par Vincent

jeudi 23 juillet 2020

Retransmission de la bénédiction du pape François urbi et orbi pendant la pandémie de Coronavirus.
© Pascal Deloche / Godong

Vendredi dernier, alors que le Saint-Père soulevait le Saint-Sacrement dans l’ostensoir pour transmettre sa bénédiction, Urbi et Orbi, à la ville de Rome et au monde, l’un des personnes de ma maison s’est agenouillée dans le salon devant la grande télé. Elle baissa la tête pour recevoir la bénédiction. Et puis tout le monde le fit aussi, suivant son exemple. Au moment où la bénédiction était terminée, nous étions tous en larmes, frappés par la profondeur de ce que nous venions de voir. Peut-être que vous aussi étiez profondément émus. Pourquoi ? La réponse, je pense, réside dans certaines vérités fondamentales du catholicisme.

Une vérité, si manifestement exposée vendredi dernier, est l’enracinement de notre piété dans des réalités objectives, qui ont un pouvoir avant que nous ne croyions qu’elles l’ont. Comment mieux montrer que la grâce de Dieu vient finalement de « l’œuvre accomplie pour nous par le Christ » (ex opere operato), qu’en vidant le Vatican et la place Saint-Pierre de tous les fidèles ? Et pourtant, même si « nous » n’étions pas là, Dieu était là, dans le Saint-Sacrement, et Dieu nous a bénis. Cette vérité durable s’est manifestée de façon vivante pour nous, ici et maintenant, à la télévision et sur d’autres écrans.

Une autre vérité était que toute l’Église était là, même si « nous » n’y étions pas, parce que Pierre était là. Lorsque nous regardons une messe retransmise en direct à la télévision - il y en a beaucoup d’excellentes maintenant, et je leur en suis reconnaissant - nous n’assistons pas à cette messe. Nous prions en même temps que la messe. C’est un bon point, mais je doute même que la bénédiction finale du prêtre vienne directement aux téléspectateurs éloignés. Et pourtant, nous avons assisté à l’adoration eucharistique du Saint-Père vendredi dernier ; et sa bénédiction a rayonné à travers la ville et, pour nous, dans le monde.

La vérité à l’œuvre ici est ubi Petrus, ibi ecclesia, « là où est Pierre, là est l’Église ». Si Pierre vénère, l’Église vénère. Si Pierre adore, l’Église adore. Si Pierre implore, l’Église implore.

Cette maxime découle de saint Ambroise, dans son commentaire sur le Psaume 40 (que nous connaissons sous le nom de Ps. 41). Pour expliquer le verset : « Même l’ami, qui avait ma confiance et partageait mon pain, m’a frappé du talon. », St. Ambroise cite la Genèse (Gn 49, 17-18) : « Que Dane soit un serpent sur la route, une vipère sur le sentier, qui mord le cheval au talon, et son cavalier tombe à la renverse ! En ton salut, j’espère, Seigneur ! »

Saint Ambroise dit que, de même, bien que les pécheurs puissent essayer de leurrer le Seigneur par des tromperies, il triomphe d’eux en « retombant » sur nous et en nous sauvant. Il va en arrière pour le faire, pas en avant, explique St. Ambroise, parce que « tout le monde est après lui ; personne n’est devant lui... en tombant sur nous, il attendrit la dureté de nos cœurs. »

Puis le saint continue : « Écoutez comment il va tomber sur l’Église ! Pierre était derrière lui. Il le suivait, lorsqu’Il fut conduit par les Juifs à la maison de Caïphe, le chef de la synagogue. C’est le même Pierre à qui il a dit : “Tu es Pierre, et sur cette pierre, Je bâtirai mon Église (Mt 16, 18).” Par conséquent, où est Pierre, se trouve l’Église : où est l’Église, la mort n’est plus, mais la vie éternelle » (Migne, Patrologia Latina, 14, 1133a-34b).

Oui, saint Ambroise sait que Pierre va renier Jésus ici et maintenant, mais peu importe : son rôle, sa fonction, est d’être le rocher sur lequel l’église est construite, et à travers cette fonction, l’Église est en lui, indépendamment de son clair échec personnel.

Une autre vérité profonde qui nous est révélée est la réalité de la présence du Christ dans le Saint-Sacrement. Là, Il reste avec nous, concrètement. Après tout, nous avons vu François, le Saint-Père, aimé et admiré par des milliards de personnes dans le monde, tout mettre de côté, et simplement s’asseoir devant le Saint-Sacrement, pour prier et pour adorer. Il nous a ainsi invités à faire de même, et pas seulement :

La tempête expose notre vulnérabilité et découvre ces certitudes fausses et superflues autour desquelles nous avons construit nos emplois du temps quotidiens, nos projets, nos habitudes et nos priorités. Elle nous montre comment nous avons permis de faire devenir ternes et faibles les choses mêmes qui nourrissent, soutiennent et renforcent nos vies et nos communautés.

Le pape saint Jean-Paul II a écrit une magnifique lettre apostolique comparant la présence continue du Seigneur à son amitié avec les hommes marchant vers Emmaüs, Mane nobiscum Domine : « La présence de Jésus dans le tabernacle doit constituer comme un pôle d’attraction pour un nombre toujours plus grand d’âmes pleines d’amour pour lui. » (§18) Nous ferions bien de méditer sur cette lettre maintenant et de prendre des résolutions pour le moment où les églises rouvriront.

Vendredi dernier, le pape François a très clairement illustré cette vérité. En même temps, il a présenté une analogie frappante et (je crois) originale : le Seigneur dans le tabernacle, c’est comme si le Seigneur dormait à l’arrière du bateau. Il peut sembler ne rien percevoir et être insouciant, mais il se lèvera et nous aidera, si seulement nous allons vers lui et lui demandons son aide dans la foi.

Jésus, en confiant sa mère à Saint Jean (Jn 19, 27), a montré qu’elle serait la voie facile vers les « cœurs attendris » qu’il désire. Enfin, nous avons également vu cette vérité dans l’invocation par le Saint-Père de Marie, salus populi Romani :

« Chers frères et sœurs, de ce lieu qui raconte la foi de Pierre solide comme le roc, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de Marie, Santé du Peuple et Étoile de la Mer agitée. De cette colonnade qui embrasse Rome et le monde entier, que la bénédiction de Dieu descende sur vous comme une étreinte consolante. »

Quis est homo qui non fleret ? Qui parmi nous pourrait ne pas être profondément ému ?

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À propos de l’auteur

Michael Pakaluk, spécialiste d’Aristote et Ordinaire de l’Académie pontificale de Saint-Thomas d’Aquin, est professeur à la Busch School of Business de l’Université catholique d’Amérique. Il vit à Hyattsville, MD, avec sa femme Catherine, également professeur à la Busch School, et leurs huit enfants. Son dernier livre, sur l’Évangile de Marc, The Memoirs of St Peter (« Les Mémoires de Saint-Pierre »), est maintenant disponible chez Regnery Gateway. Il travaille actuellement à un nouveau livre sur la voix de Marie dans l’évangile de Jean.


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