Tu ne tueras pas

par Gérard Leclerc

jeudi 1er mars 2018

Le Monde d’hier soir titrait sur toute la largeur de sa première page : « Fin de vie : 156 députés réclament une loi. » En d’autres termes, 156 députés réclament une loi autorisant purement et simplement l’euthanasie. En donnant un tel écho à la tribune qu’il publie par ailleurs, le quotidien du soir énonce clairement sa propre position. On ne saurait, en effet, mieux appuyer une manœuvre parlementaire, qui consiste à faire passer en force et dans les plus brefs délais, un projet de loi que le Président de la République n’a pas l’intention de soutenir dans l’immédiat. Emmanuel Macron veut, avant toute décision, engager un débat avec toutes les instances intéressées à ce sujet particulièrement grave. Il désire qu’on ne se précipite pas, espérant sans doute obtenir pour toute révision législative un consensus minimum. Rien ne serait pire justement qu’un passage en force, qui blesserait gravement une partie de l’opinion.

Mais un nombre important de députés de sa majorité est d’avis contraire. Le député Jean-Louis Touraine, leur porte-parole, craint que l’on n’attende trop et peut-être même la fin du quinquennat, au risque d’un ajournement sine die. Les signataires se targuent d’avoir l’appui massif d’une opinion qu’ils décrivent « comme plus en phase avec le progrès que certains responsables qui apparaissent plus conservateurs ou frileux ». On comprend que la légitimité qu’ils se confèrent se rapporte à leurs prétentions à incarner le progrès. Mais quelle que soit l’aura qui se dégage du brevet de progressisme, il ne suffit pas à justifier des transgressions morales extrêmement graves. Ce n’est pas pour rien que jusqu’ici le législateur en France s’est refusé par deux fois, à la suite d’une réflexion menée par Jean Leonetti, à franchir le pas de la légitimation de l’euthanasie.

C’est aussi au nom des convictions personnelles, que les pétitionnaires se justifient. Toutes seraient également respectables, et la liberté des uns ne devrait pas entraver celles des autres. C’est donc, si l’on comprend bien, l’individualisme qui accompagne le progressisme. Cependant, dans toutes les traditions de l’humanité, les individus se référaient à une loi supérieure, celle d’une conscience qui surpasse les inclinations individuelles. Cette conscience avait une dimension universelle, elle énonçait un principe cardinal : tu ne tueras pas ! Qu’on le veuille ou pas, l’acte de donner la mort, se voulût-il secourable, demeure d’une extrême violence morale.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 1er mars 2018.

Messages

  • Tout à fait raisonnable

  • Article fort pertinent, dont la conclusion n’est ni plus ni moins que parfaitement évidente, oui, parfaitement évidente.

    Pourrait-on ajouter qu’ il existe un autre aspect beaucoup moins apparent, mais peut-être non moins dangereux parce que présenté "en douce" comme injecté au goutte à goutte dans le subconscient des téléspectateurs. Ce terme n’est pas dû au hasard mais pour en venir à la publicité, une des toutes récentes sur le petit écran, celle couvrant des enseignes funéraires. Il n’y aurait là rien à redire considérant ce métier comme un autre : "La maison unetelle...", c’est tout. Sauf, qu’avec le temps la "pub" funéraire" sortant du "muet" a, si l’on peut dire, pris la parole, mais pas seulement : elle est devenue volubile. Ex : la dame qui explique ce qui adviendra, côté services, lors de sa disparition, des mots que personne ne veut entendre. Sauf lorsque la si prévoyante mère et épouse énumère la liste des multiples aides agrémentées de tous les bénéfices qui seront dispensés aux chers siens le jour où elle devra partir ; c’est alors que l’époux aimant agrippe la notice tendue, et que les enfants chéris se jettent à son cou la couvrant de baisers... Tout juste si ça ne donnerait pas envie de...Pour un peu on se verrait offrir un pactole en signe d’encouragement à l’achat du ticket aller sans retour. Quand les croque-morts étaient alors enviés comme étant les seuls travailleurs à l’abri du chômage...

    En ce temps de carême voilà peut-être une occasion de voir "le verre à moitié plein" en le boire jusqu’à la lie. Mais tout de même, vivement la Résurrection !

  • TOTALEMENT EN DÉSACCORD !

    QUE MACRON, PHILIPPE ET AGNÈS BUZIN choisissent pour eux mêmes mais seulement pour EUX !

  • On ne peut s’empêcher d’établir le parallèle entre les 156 godillots (essentiellement de La République En Marche) et les 569 parlementaires félons qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain et ainsi signé la capitulation morale honteuse devant les forces de mort des puissances nazies.

    L’euthanasie légale, cette immonde saloperie, indigne de toute anthropologie humaniste, progresse au gré des pulsions de mort qui gangrènent notre société moderne hédoniste et de consommation.

    Les souffrances de fin de vie et les dégradations qui l’accompagnent sont devenues totalement inacceptables à nos contemporains, obnubilés qu’ils sont par la performance, le plaisir et le mirage de l’éternelle jeunesse.

    Le monde marchand - dopé par l’ultra-libéralisme - qui s’y entend à faire miroiter les promesses fallacieuses de jeunesse et d’incorruptibilité de la chair, n’est pas le dernier à plaider en faveur de solutions radicales aux fins de vie difficiles.

    Tout s’achète et tout se vend dans un monde qui s’affranchit des morales anciennes (surtout lorsque cela génère du profit). La mort est un marché comme un autre et les gestionnaires financiers étriqués se frottent déjà les mains à la perspective des substantielles économies (sûrement qualifiées de "compassionnelles" dans le nouveau plan comptable !) réalisées au travers de l’élimination des plus faibles, improductifs et coûteux.

    Tout le monde s’est habitué à ne plus voir d’enfants mongoliens (éliminés désormais in-utéro).
    D’ici peu, tout le monde trouvera tout aussi naturel de ne plus voir de vieillards, ni d’impotents (tout ceci, bien sûr, avec le "consentement" des intéressés et au nom de leur bonheur...) !

    Abrutis par les médias mainstream, la télé-réalité pour les nuls et les chaînes de (dés)information en continu, nos contemporains n’arrivent même plus à relever l’évident paradoxe d’un refus de voir la mort (jusque dans l’interdiction de la peine mort) et l’administration légale de cette même mort sous les formes de l’IVG, du suicide assisté et de l’euthanasie...

    Ne nous abusons pas sur la temporisation apparente du technocrate Macron sur l’adoption d’une loi euthanasiaque. Si une quelconque directive de la Commission européenne y est favorable, alors le président de l’oligarchie accèdera sans coup férir à l’injonction...

  • Parfaitement d’accord avec Réginald de Coucy.
    Je rajouterais le point de vue d’un médecin : qui sera chargé de pousser "l’ultime seringue" ? Car légaliser l’euthanasie c’est "bien beau" mais qui fera le geste ? Faudra-t-il pour cela forcer un médecin - étranger car dépendant de cela pour faire vivre sa famille....un peu comme les médecins étrangers qui sont parqués aux avortements dans les hôpitaux publics - ou interne donc dépendant de cette "tâche" pour sa future carrière.... Ou encore pire, une infirmière ou une aide-soignante qui n’oseront pas résister et dire non ?
    Que ceux qui veulent l’euthanasie se chargent de pousser la seringue
    Je concluerai comme Georges Brassens : "La camarde n’a pas besoin qu’on lui tienne la faux..."

  • Article très pertinent, à diffuser très vite !

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