Traduit par Albérique

Trois libéralisme : le bon, le mauvais, le désastreux

par Michel Pakaluk

jeudi 25 juillet 2019

Un libéralisme est un style et une manière de vivre qui est personnelle. Cela signifie donner la préférence à la force de l’esprit et à l’indépendance de la pensée. Ceci nécessite une bonne éducation et, spécialement, une bonne culture. Il signifie tendre à être bienveillant, franc et magnanime - traits que je vois aujourd’hui spécialement chez de bons hommes d’affaires (mais pas parmi des universitaires malheureusement !). J’embrasse le libéralisme ainsi défini, et je suspecte que vous aussi. Avant la Révolution française, le mot « libéral » était employé exclusivement avec cette signification. Ainsi, certains l’appellent quelque fois le sens « classique » du libéralisme.

Un autre libéralisme est une approche aux institutions. Vous pouvez l’appeler une « philosophie » si vous voulez, mais seulement dans le sens où une règle intuitive est une philosophie. Etre libéral selon ce second sens, signifie être implicitement opposé à la centralisation et l’absolutisme, et être en faveur du pluralisme des pouvoirs, de la gouvernance partagée, et de la persuasion et de la coopération comme modes d’ordre social. Ainsi la concurrence est favorisée, ainsi que « l’ordre spontané ». Les monopoles , incluant les monopoles de préférence, tels que les systèmes de classement, ou l’uniformité des produits, sont défavorisés.

Suivant une seconde conception, vous êtes instinctivement du côté du faible. Quelque chose est gravement mauvais quand le « pays du survol » compte pour rien. La vie domestique et la culture de son jardin parait bon, par contraste, en protestation contre la grande échelle. Petit est beau. « L’ordinaire » est, après tout, l’intention standard de Dieu.

Le fondement de la nation américaine était profondément libéral selon cette seconde signification. Le fédéralisme et la séparation des pouvoirs agissent pour disperser l’autorité. Le républicanisme rend la persuasion et le compromis nécessaires. La reconnaissance de la liberté de religion ouvre des sphères entières de la vie humaine dans lesquelles les gouvernements humains n’ont aucune compétence. Une société agraire, si dépendante des variations de terrains et de climats, a forcément des économies diverses.

Manifestement, ces deux premiers libéralismes vont de pair. L’indépendance de pensée et la bonne éducation demandées par le premier sont nécessaires pour la réalisation pratique du second. Mais les institutions « libérales » du second tendent à produire des citoyens de caractère « libéral »- pensez à la peinture de Norman Rockwell « Liberté de Parole », un travailleur debout lors d’un meeting public d’une petite ville (indépendance de pensée), qui a une sorte de document plié dans sa poche, qu’il a étudié (éducation), et qui s’adresse à ses pairs face-à-face (bienveillance et franchise).

En tant que Catholique qui est Américain, j’embrasse pleinement le libéralisme dans ce second sens aussi, et je suppose que vous faîtes de même.

Ces deux sortes de libéralisme n’ont jamais « échoué ». Ils ont plutôt « réussi » de manière étonnante pendant trois siècles de notre histoire nationale. Ils réussissent magnifiquement aujourd’hui,, par exemple, dans l’enseignement à domicile et les établissements associés.

Mais elles dépendent du libéralisme d’une troisième sens. Si ce troisième sens échoue ou plus précisément est abandonné ,ou n’est pas cultivé, alors les trois vont régresser - mais non de la manière inévitable d’une usure implicite, mais plutôt de la manière d’un écroulement communautaire.

Les papes nous avaient prévenu à ce sujet. Ils avaient donné un simple et clair diagnostic. Et je suis étonné que ces enseignements importants soient ignorés. dans les discussions sur « libéralisme » parmi les Catholiques

Le libéralisme dans le troisième sens est une ferme conviction de la liberté humaine comme étant enracinée dans l’autorité de Dieu, et par nature comme une expression du dessein de Dieu sur la création. Il affirme que la raison humaine pratique est déjà imprégnée de légalité, ayant le caractère de quelque chose venant d’en haut (soit-disant « loi naturelle »). Nous ne déterminons pas cette loi, mais la trouvons. Elle proclame que toute autorité capable de lier la conscience vient en final de Dieu.

Ce troisième libéralisme considère Dieu, les bons anges, et les saints comme des exemples de liberté.

En conséquence la liberté n’inclut pas, mais exclut formellement, de faire le mal. En conséquence l’attaque la plus importante de la liberté vient du péché. « La libération est en premier, et pardessus, tout la libération de l’esclavage radical du péché. » écrivait le Cardinal Ratzinger sur la théologie de la libération, une sorte de faux libéralisme. Et le Pape Léon XIII, dans Libertas, son encyclique sur le liberalisme, notait, « Qui commet le péché devient esclave du péché » (Jn 8 ;34).

En tant que Catholique, j’adhère à ce troisième libéralisme. Et en tant qu’Américain j’y adhère aussi. Pour se référer à Dieu, comme « nature de Dieu », c’est supposer que les desseins de Dieu peuvent être discernés dans la création, et que par nos manières et nos institutions devraient honorer et exprimer ces notions plutôt que de les nier.

De même, la doctrine que nous avons reçu de Dieu avec des droits naturels, logiquement déployés, affirme que l’intelligence pratique est déjà liée par des limites qui ne sont pas les siennes, et que l’autorité humaine est à la fois secondaire et comme dérivante.

De façon générale, un libéralisme qui inclut toutes les trois variétés que j’ai mentionné, spécialement la troisième, est bon, et ne peut « échouer ». Mais tout libéralisme putatif qui rejette le troisième est mauvais et échouera inévitablement. En fait, un tel « libéralisme » contient une fausse promesse, et se transformera inévitablement en totalitarisme.

Quand le virage fatal a-t-il pris place dans notre société ? Etait-ce la sécularisation des universités qui originellement avaient une fondation religieuse ? Etait-ce l’influence de la jurisprudence d’Oliver Wendell Homes (ainsi que le Père John C. Ford le pensait) ? Ou bien était-ce lorsque Hiroshima et Nagasaki ont convaincu les Américains des pouvoirs divins de la « science » ?

« Ce à quoi les naturalistes ou les rationalistes tendent dans la philosophie, et que les supporters du libéralisme, portant les principes établis par le naturalisme, essaient dans le domaine de la moralité et de la politique » écrivit Léon XIII dans Libertas : « La doctrine fondamentale du rationalisme est la suprématie de la raison humaine, qui, refusant la soumission due à la raison divine et éternelle, proclame sa propre indépendance et se constitue le principe suprême et la source et le juge de la vérité. Donc ces adeptes du libéralisme nient l’existence de toute autorité divine à laquelle on doit obéissance, et proclament que tout homme est sa propre loi ; de cela émerge ce système éthique qu’ils appellent la morale indépendante, et qui, sous le déguisement de la liberté, exonère l’homme de toute obéissance aux commandements de Dieu, et lui substitue une licence sans limite. La fin de tout ceci n’est pas difficile à prévoir ».

Source : https://www.thecatholicthing.org/2019/06/27/three-liberalisms-the-good-the-bad-the-disastrous/

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Michael Pakaluk, un Aristotle scholar and Ordinarius de l’Académie Pontificale de Saint Thomas d’Aquin, est enseignant à la Bush School of Business and Economy à la Catholic University of America. Il réside à Hyattsville, MD, avec son épouse Catherine, qui enseigne aussi à la Bush School, et avec leurs huit enfants. Son récent livre, sur l’Evangile de Saint Marc, « The Memoirs of St Peter, » sortira chez Regnery Gateway en mars 2019.

Tableau : « Le comite des Cinq. La proclamation d’indépendance des États-Unis », par John Turnbull, 1818 (Rotonde du Capitole, Washington). John Adams est à gauche, Thomas Jefferson au centre, et Benjamin Franklin à droite, avec Roger Sherman et Robert Livingston derrière. John Hancock, n’apparaît pas ici.
 

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