Traduit par Yves Avril

Trahir le secret de la confession

Par le père Gérald E.Murray

vendredi 19 septembre 2014

C’est une menace particulièrement sérieuse pour la liberté de l’Eglise Catholique aux Etats-Unis que la récente décision de la Cour suprême de Louisiane dans une affaire qui met en cause le secret de la confession. La Cour a décidé que le père Jeff Bayhi, prêtre du diocèse de Bâton Rouge, pouvait être contraint de témoigner dans un procès concernant des faits que le père Bayhi pouvait avoir appris en entendant la confession d’un enfant mineur. Les parents de l’enfant ont poursuivi le diocèse de Bâton Rouge et le père Bayhi, en plus de George J. Charlet, aujourd’hui décédé, accusé d’avoir commis des abus sexuels.

Le Diocèse s’est opposé à cette tentative de contrainte. Dans une déclaration officielle, il dit :

Une doctrine fondamentale de l’Eglise catholique romaine depuis plus de deux millénaires maintient que le secret de la confession est absolu et inviolable. Conformément au serment qu’il a prêté à l’Eglise, un prêtre est contraint de ne jamais briser ce sceau. Et un prêtre n’est pas non plus autorisé à reconnaître que quelqu’un est venu se confesser à lui. Si nécessaire, le prêtre pourrait être exposé à une accusation d’outrage à un tribunal civil et à subir l’emprisonnement plutôt que de violer son obligation sacrée en violant le secret de la confession et ses devoirs à l’égard de son pénitent.

Cette obligation est absolue ::il doit garder le silence sur ce qu’il apprend en confession. Le Canon 983 § 1 dit : « Le sceau sacramentel est inviolable ; il est donc absolument interdit à un confesseur de trahir sur quelque point que ce soit un pénitent par des mots ou autre manière et pour quelque raison que ce soit. »

Le Canon 1388 §1 définit la pénalité pour la violation du secret : « Un confesseur qui viole directement le sceau sacramentel encourt une excommunication latae sententiae [automatique] réservée au Siège apostolique ; celui qui ne le fait qu’indirectement doit être puni selon la gravité du délit » Il y a « violation directe » quand le confesseur dévoile délibérément l’identité du pénitent et le contenu de sa confession, explicitement ou implicitement : ; il y a violation indirecte quand le confesseur par négligence dit, fait ou ne fait pas quelque chose qui conduit d’autres personnes à conclure ou à suspecter l’identité du pénitent et le contenu de sa confession » (Commentaire sur le canon 1388 dans The Canon Law, Letter & Spirit, London, 1995).

Il existe peu d’obligations aussi sérieuses imposées par l’Eglise aux prêtres et n’admettant aucune exception. Le clergé ne devrait pas même reconnaître avoir reçu la confession de quelqu’un à moins de commettre une violation indirecte du secret. Je me rappelle un vieux et vénérable monseigneur qui racontant avoir reçu un appel téléphonique au rectorat un samedi. Quelqu’un demandait quand le prêtre pourrait entendre la confession de sa fille. Il donna ses heures. Plus tard le même jour la mère rappela et demanda : « Est-ce que ma fille vous a dit... »

Le prêtre fit la seule chose qu’il pouvait faire : il raccrocha sans dire un mot - une exemple de grossièreté sans péché.

La vie du prêtre implique beaucoup de petits sacrifices pour l’amour de Dieu et de son Royaume. Mais c’est un héroïsme spécial qui est demandé dans des moments cruciaux qui place quelqu’un à la fois sous l’oeil du public et au centre du combat qui n’est jamais fini pour sauvegarder la liberté et l’autonomie de l’Eglise. C’est à un de ces moments qu’a été affrronté le Fr. Bayhi.

[...]

Les juges n’ont pas à traîner en justice un prêtre pour dire quoi que ce soit à propos d’une confession qu’il peut avoir entendue. Dans le cas présent le plaignant a déjà reconnu que la communication avec le prêtre s’était faite pendant une confession sacramentelle. Que faut-on établir de plus ?

La décision de la cour est un pas supplémentaire dans les tentatives actuelles pour soumettre la religion à l’Etat. Les efforts de l’Administration Obama pour contraindre l’Eglise catholique à transgresser son enseignement sur l’avortement et la contraception est le principal exemple de l’attitude de l’élite envers les revendications de la liberté religieuse prévue la Constitution. Cela me rappelle l’histoire : « Si nous désirons votre opinion, nous vous la donnerons ». Pensez et faites comme nous le disons, ou bien nous vous le ferons payer cher.

La liberté religieuse est un droit fondamental, reconnu comme tel dans notre constitution et nos lois. Quand la Cour Suprême de Louisiane dit que l’Etat a le droit de forcer un prêtre catholique à révéler de quelque façon que ce soit ce qui s’est passé quand quelqu’un est entré dans un confessionnal pour recevoir le sacrement de pénitence, nous sommes parvenus à un nouvel impérialisme judiciaire.

Pourquoi en est-il ainsi ? Les Américains, dans leur grande majorité, sont favorables à la religion et respectent ses exigences, même quand ils n’acceptent pas les enseignements de telle ou telle religion. Ils estiment la sagesse de la protection constitutionnelle de la liberté religieuse comme une partie inviolable d’une société libre et juste. Hélas, beaucoup de gens influents dans le gouvernement, l’Université, les media et d’autres centres de pouvoir et d’influence ne partagent pas cette appréciation. Le mépris de la liberté religieuse se manifeste en constantes tentatives d’empêcher les gens de placer leur foi au-dessus de l’autorité civile ou de « l’opinion éclairée ».

Frère Bayhi est un témoin silencieux de la primauté de la foi sur tous les pouvoirs de la terre, et son refus de témoigner est un nécessaire rejet des empiétements d’un tribunal qui sape sa propre légitimité en violant le droit constitutionnel de Fr.Bayhi d’assumer librement ses obligations envers Dieu, et envers les fidèles qui viennent auprès de lui chercher le pardon divin, assurés qu’ils sont que ce qu’ils disent ne sera - jamais - révélé.

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http://www.thecatholicthing.org/columns/2014/unsealing-the-seal-of-confession.html

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Le Révérend Gérald e. Murray, J.C.D. est curé de l’Eglise de la Sainte-Famille, New York, NY, et un spécialiste du droit canon.

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