Encyclique

«  Tous frères »

par Gérard Leclerc

mercredi 7 octobre 2020

Saint François d’Assise
© Julian Kumar / Godong

Une encyclique papale constitue toujours dans l’Église un événement, qui se répercute d’ailleurs souvent au-delà de ses frontières visibles. C’est à un moment de réflexion intense qu’invite l’évêque de Rome, hors du forum de la vie publique habituelle. Et lorsqu’il s’agit de questions qui concernent l’organisation de la cité et la justice sociale, il faut s’attendre à une attention toute particulière, non seulement des responsables politiques, mais aussi d’une large part de l’opinion. Avec Tous frères, le pape François était assuré, sinon de recevoir l’adhésion générale, du moins le plus large écho, car tous les problèmes qu’il aborde, sous l’angle d’une analyse souvent acérée, sont d’une actualité brûlante. Ils sont vécus par tous les habitants de la terre, comme autant de soucis quotidiens et suscitent sans cesse des réactions contraires, souvent virulentes. C’est pourquoi on ne s’étonnera pas de voir ressurgir ce type de réactions sur les réseaux sociaux à propos de cette encyclique, alors même que l’on n’a pas encore pris la peine de lire le texte.

L’amitié politique et la Révélation

Or, il importe de le lire, quels que soient ses choix et ses orientations personnelles, ne serait-ce que pour approfondir sa propre pensée en la confrontant à celle d’un homme qui assume la plus haute des responsabilités spirituelles. Lorsqu’on appartient à la communion de l’Église catholique, c’est même une obligation de conscience que de mettre en relation directe ses opinions avec ce que le magistère propose à la méditation des fidèles. Certes, on peut opérer des distinctions entre ce qui relève d’une inspiration évangélique fondamentale et ce qui touche à des propositions concrètes dans l’aménagement des structures sociales, à tous les échelons, depuis le local jusqu’à l’universel. Si le pape a choisi d’ordonner sa pensée autour de la fraternité et de l’amitié sociale, c’est qu’il considère qu’il s’agit de notions centrales aussi bien en matière d’éthique humaine que de doctrine théologique. L’amitié qu’un Aristote mettait déjà au cœur de sa réflexion morale s’est trouvée refondée avec la Révélation de l’amour trinitaire et ce qui en est résulté pour l’humanité entière. Selon les paroles de saint Paul aux Romains, Dieu nous a destinés «  à être à l’image de son Fils, pour faire de son Fils l’aîné d’une multitude de frères  ».

Ainsi donc, chrétiens, nous ne pouvons demeurer indifférents à l’invitation du successeur de Pierre à envisager concrètement les conséquences actuelles de notre vocation à la fraternité, notamment lorsqu’il aborde la parabole dite du Bon Samaritain, aussi centrale dans l’enseignement du Christ. Cela n’empêche pas la complexité des difficultés actuelles, en commençant par la pandémie qui s’est répandue partout dans le monde et qui nous impose, affirme le pape, «  une appartenance à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères  ». Une telle certitude, nous sommes payés pour le savoir, n’enlève rien aux aléas de la gestion du Covid-19 dans chaque pays et pour la coopération internationale. Sans doute, les propositions concrètes de Tous frères seront discutées, et elles doivent l’être car le pape ne s’adresse pas à des chiens muets, mais jamais en dehors de l’inspiration centrale née de l’exemple singulier du poverello d’Assise. 

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