Terreur à Bruxelles

par Gérard Leclerc

mercredi 23 mars 2016

Horreur à Bruxelles, hier, qui, après un moment d’émotion, oblige à revenir à l’immense défi jeté par l’adversaire. La réponse policière et militaire ne suffit pas. Il faut, a-t-on dit ces jours-ci qu’elle soit accompagnée du retour aux services de renseignement traditionnels. Mais le défi est plus largement civilisationnel. Sommes-nous vraiment préparés à le relever ?

Comme à Paris, le 13 novembre dernier, à Bruxelles hier, c’était la sidération qui prévalait. Les psychologues définissent la sidération comme un état de stupeur émotive dans lequel le sujet, figé, inerte, donne l’impression d’une perte de connaissance et abolit sa réactivité. Tel est bien l’effet recherché par les terroristes qui entendent plonger une ville entière, une capitale, dans une sorte de coma. Hier à Bruxelles, la vie était comme arrêtée, et les habitants pouvaient se pénétrer du sentiment de la puissance d’un adversaire, capable de défier un État moderne dans une de ses plus grandes infrastructures, son aéroport, en même temps que dans une station de métro, choisie à dessein dans le quartier des institutions européennes, tout près du lieu où ont coutume de se réunir les chefs d’État de l’Union. Choix hautement symbolique, signe affirmé de viser au cœur même de l’ennemi proclamé.

La sidération n’a qu’un temps. On l’a vu en France. Après le drame, l’opinion réagit fortement et les autorités font tout ce qu’elles peuvent pour déployer l’appareil de riposte qui convient. La difficulté présente est de réagir dans la durée, avec une détermination supérieure à l’adversaire. Les manifestations émotionnelles ne suffisent pas, pas plus que les cérémonies officielles que l’on ne peut recommencer trop souvent. Un spécialiste comme Gilles Kepel, dans l’ouvrage qu’il a publié à la fin de l’année dernière, Terreur dans l’Hexagone (Gallimard), se montre catégorique : le défi qui nous est lancé exige une prise de conscience, qui se rapporte d’abord à l’enjeu culturel au sens le plus fort, celui qui structure entièrement l’offensive djihadiste. Kepel est d’accord avec Pierre Manent qu’il s’agit d’une question centrale de société, qui réclame une réponse pleinement adaptée. Lui, la voit dans la réforme drastique de l’Éducation nationale. Oui, mais au nom de quoi, de quels principes, se mobiliser pour un ressaisissement de l’esprit public ? Quand Jean-Pierre Le Goff fait le constat d’un Malaise dans la démocratie (Stock), c’est à un changement rigoureux qu’il appelle. L’individualisme éclaté qui est le nôtre est, sans doute, notre plus grave faiblesse mentale et morale, face à un adversaire redoutable, prompt à fustiger notre propre décadence.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 23 mars 2016.

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