Toussaint

Sursum corda !*

par Gérard Leclerc

vendredi 29 octobre 2021

Dante et la Divine Comédie, 1465, par Domenico di Michelino. Derrière l’auteur, la représentation du purgatoire.

Ce numéro de notre journal développe tout ce que les chrétiens célèbrent avec la fête de la Toussaint et celle des fidèles défunts. Comment ne pas méditer ce grand texte de l’Apocalypse de saint Jean ? «  Moi, Jean, j’ai vu une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau en vêtements blancs avec des palmes à la main  » (Ap 7, 9). Cette prodigieuse scène eschatologique est tout simplement l’aboutissement de la geste du Salut accomplie par le Christ. En intervenant dans l’histoire, Dieu est venu révéler aux hommes leur destinée éternelle. Extraordinaire révélation qui donne son sens à la Création et au genre humain tout entier.

Espérance de la Résurrection

L’association de la fête de tous les saints, le 1er novembre, au jour de la commémoration des défunts, le 2, confère à celle-ci son véritable sens, qui ne tient pas seulement dans une démarche de souvenir et de piété à leur égard, mais dans l’espérance de la Résurrection. Il y a donc là une magnifique occasion de mettre en perspective tout le contenu de la foi chrétienne. Est-il vrai que cet enseignement s’est trouvé minoré, voire presque oublié dans les années soixante, dites aussi post-conciliaires ?

La mentalité de l’époque voulait qu’on privilégie plutôt les combats pour la justice et la transformation du monde. Le genre homélitique moderne exigeait cette modification, parce qu’il fallait montrer à tout prix que les chrétiens n’étaient pas absents de leur époque et qu’ils voulaient s’ouvrir aux aspirations de plus en plus communes d’un monde en pleine évolution vers son unité, selon l’idéologie de l’époque.

Prolétarisation métaphysique

Il a fallu déchanter là-dessus, parce que l’évolution des mœurs et des mentalités a plutôt tourné le dos aux aspirations du climat progressiste, où l’eschatologie révolutionnaire remplaçait l’eschatologie chrétienne. L’individualisme et le consumérisme ont plutôt mis en avant les méthodes de développement personnel, avec un repli sur soi qui ne favorisait même pas l’optimisme mondain.

On mesure peut-être mieux aujourd’hui les erreurs d’une pastorale qui n’a pas su retrouver l’élan de Pentecôte donné à la mission. Et il n’est pas sûr que les surenchères actuelles sur la réforme des structures de l’Église et la lutte contre le cléricalisme nous fassent beaucoup avancer.

Guillaume Cuchet, historien très pertinent de l’évolution religieuse contemporaine, a bien mis en évidence cette perte eschatologique, et dans son dernier essai il montre comment nous avons abouti à un état de prolétarisation métaphysique effarant [1]. N’est-ce pas le moment pour que ressurgisse la foi, avec l’annonce complète de la Bonne Nouvelle et de ce qu’on appelle le kérygme, c’est-à-dire la proclamation que Dieu s’est fait homme pour le Salut universel ?

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* « Élevons notre cœur »


[1Guillaume Cuchet, Le Catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?, Le Seuil, 256 p., 21 €.

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