Traduit par Yves Avril

Sur Dante et la crise actuelle de l’Eglise

Par Anthony Esolen

mercredi 10 octobre 2018

Dans ces temps bien tristes je me suis rappelé l’Inferno de Dante. Je pense à l’organisation de la Cité de Dis, l’Enfer à l’intérieur de l’Enfer. A l’extérieur de ses misérables murs subissent leur châtiment les pécheurs qui n’ont pas mis de frein à leurs désirs pour des choses qui sont naturellement bonnes, comme l’union entre homme et femme, la nourriture et la boisson, la fortune, et ceux qui ont mal usé de facultés qui sont naturelles à la personne humaine comme la colère et l’envie de se reposer.
Mais pour accéder à la Cité de Dis il faut une malice active, le goût d’aimer des choses qui sont tout simplement le Mal.

Les premiers de ces pécheurs sont les hérétiques dont les principaux représentants sont des hommes de très grande intelligence qui ont nié l’immortalité de l’âme, et donc se sont coupé intellectuellement des racines de la vie elle-même. C’est une offense contre l’image de Dieu en l’homme. Ils habitent dans des tombes placées juste à l’intérieur des murs de Dis, et sont comme en quelque sorte la face extérieure d’une paire de parenthèses, qui enferme tous les citoyens dépravés de la Cité de Dis.

A l’autre bout, au beau milieu et tout au fond de l’Enfer, nous trouverons les traîtres, le pire de tous, Judas, qui est broyé et mutilé pour toujours par le pire des anges déchus, Satan.

Entre l’hérésie et la traîtrise se trouvent la violence et la fraude, le lion et le renard. Fraude est plus mauvaise que violence , dit Dante, parce qu’elle pervertit la plus haute capacité de l’homme, celle de l’esprit ; donc elle est punie dans un cercle plus bas, celui de la Malebolge, les dix Bolges du Mal.
Dans une de ces Bolges nous trouvons les simoniaques, ceux qui ont fait commerce des fonctions ecclésiastiques ; ils sont plantés tête en bas dans des trous dans le sol qui parodient les fonts baptismaux, avec leurs pieds badigeonnés d’huile, sur lesquels circulent des flammes.

Les violents sont divisés en trois groupes, selon leurs victimes : les pires sont les violents contre la Personne de Dieu. Ils endurent le châtiment sous la forme d’une pluie de flocons de feu qui jaillissent des sables brûlants au-dessous d’eux. Ils doivent recevoir ce feu, allongés (blasphémateurs), assis au bord du golfe des fraudeurs (usuriers) ou courant sans arrêt (sodomites)
Si la nature est fille de Dieu, raisonne Dante, alors ceux qui violent la Nature dans leurs actes sexuels, destinés normalement à apporter une nouvelle vie dans le monde, montrent leur mépris du Créateur Lui-même. Si l’industrie humaine est la fille de la Nature, alors ceux qui ne font rien pour leur fortunr mais frottent des pièces l’une contre l’autre pour les faire se reproduire sont aussi des blasphémateurs comme les sodomites.

Il n’est pas agréable de demander à quel cercle appartiennent dans ce schéma les mauvais prélats de notre temps. Peut-être que la question est trop étroite. A notre époque de voyages faciles, après tout, les gens peuvent aller çà et là. L’évêque Black peut atterrir à Sodome, en mépris de Dieu, mais seulement après avoir passivement accepté les hérésies qui rendent Sodome concevable pour lui ; et ensuite il prend l’Eucharistie dans ses mains qui a dans cette cité immonde une odeur d’acte de blasphème.

Mais il ne peut demeurer là. Le péché « créatif » fondamental doit toujours demeurer en acte ; il n’y a en fait point de fin pour lui ni ne peut y en avoir. Aussi tisse-t-il autour de lui-même un réseau de pécheurs semblable à lui, et c’est de façon prééminente le péché de simonie qui est, dans cet exemple, de remplacer l’épouse du Christ par un homme en travesti.

Il serait plus propre de vendre seulement la mitre et la crosse pour une somme de bon vieil argent mal-acquis. Mais tout cela est commettre une trahison contre le Christ, qui a donné Sa vie pour l’Eglise, pour la prendre comme sa fiancée, pure et immaculée.

Il apparaît que si nous tirons une ficelle du nid de rats, nous allons attraper le reste. Je ne suis pas en train de dire que les mauvais évêques ont tous été des hérétiques formels, ou qu’ils ont tous été sodomites ou des hommes qui condamnaient ce péché chez les autres ou qu’ils ont tous pris l’habitude de mettre prêtres et évêques dans leur poche, ou qu’ils ont tous bâti leur vie sur la trahison du Christ et de Son Eglise à chaque occasion.

Il n’est pas besoin de faire cette déclaration. Je ne dis pas non plus que nous devrions toujours attendre de trouver, parmi les prélats de Sodome, quantité des deux autres voies que Dante identifie comme les moyens d’être violents contre Dieu – de notre temps, le blasphème de grossiers abus liturgiques, ou le blanchissement de millions de dollars extorqués à la charité des fidèles.

Pas toujours, pas toujours. Je n’universalise pas. Un pécheur n’est pas le même qu’un autre.

Je ne dis pas non plus que les hommes sur les bancs de leurs églises ont été des parangons d’orthodoxie, de charité, de vérité et de fidélité. Non, nous ne l’avons pas été. Mais maintenant nous savons pourquoi certains de nos supérieurs ont traité le plus fidèle des laïcs au mieux avec une indifférence agacée, au pire avec une haine à peine voilée.

Il est difficile de s’intéresser sérieusement au divorce, je le suppose, ou à la cohabitation, ou aux saletés qu’on colporte aux enfants dans beaucoup d’écoles catholiques, quand vous avez vos mains dans les pantalons des séminaristes, ou quand vous placez votre amant homosexuel à la première place dans l’église, ou quand vous ne pouvez pas vous contraindre à appeler Dieu « Il », parce que le pronom est trop personnel et que cela vous gêne.
Peut-être le scandale aura-t-il cet effet immédiat : la prochaine fois que vous trouverez un prélat qui traite la messe avec des innovations insouciantes, ou qui dans les écoles fait miroiter les pratiques sexuelles vicieuses, ou qui semble allergique au caractère masculin du Christ Lui-même, ou qui s’entoure de prêtres et de sœurs béni-opui-oui qui promeuvent ce genre de choses, vous vous demanderez peut-être où il est ou ce qu’il fait un vendredi soir.

Cela peut manquer d’élégance. Mais où était l’élégance dans ce scandale ?

Jeudi 4 octobre 2018

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Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/10/04/of-dante-and-our-current-crisis/

Anthony Esolen est conférencier, professeur et écrivain Ses derniers livres sont Ten Ways to Destroy the Imagination of Your Child [Dix moyens de détruire l’imagination de votre enfant] et Out of the Ashes : Rebuilding American Culture. [Comment la culture américaine peut renaître de ses cendres]. Il dirige le Centre pour la Restauratiion de la culture catholique au Thomas More College of the Liberal Arts.

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