Suède : Une étape de fraternité

par Natalia Bottineau

lundi 7 novembre 2016

Pour le «  Jubilé des prisonniers  », le pape François, lors de l’angélus du 6 novembre 2016, place Saint-Pierre, a dit aux prisonniers : «  Que personne ne s’enferme dans le passé ! (...) L’histoire qui commence aujourd’hui et qui regarde l’avenir, est encore toute à écrire. » Cet appel à la liberté chrétienne ne pourrait-il pas tout aussi bien s’entendre comme un écho à son voyage au pays des luthériens, à propos des divisions entre chrétiens ?

Tout le voyage, en Suède du pape François est parti de la prière, a été fondé sur la prière, car l’unité, c’est Dieu qui la donne : «  Je vous demande de prier pour mon voyage en Suède afin qu’il contribue à l’unité de tous les chrétiens.  » Dimanche 30 octobre, à la veille de son voyage de deux jours (31 octobre-1er novembre 2016), le pape François disait clairement, dans ce tweet l’objectif de son voyage à l’occasion des 500 ans de la Réforme : favoriser l’unité des baptisés.

Le Pape a balisé les étapes du voyage par ces brefs messages de 140 caractères, de la Parole de Dieu. Dans un second tweet, posté le 31 octobre, il invite encore à la prière : «  Demandons au Seigneur que sa parole, source de lumière et de vie, rende les chrétiens toujours plus unis.  »

«  L’unité des chrétiens est une priorité, parce que nous reconnaissons que ce qui nous unit est plus que ce qui nous divise  », écrit-il ensuite après avoir signé, à Lund, une Déclaration commune avec le président de la Fédération luthérienne mondiale, l’évêque Munib Younan, de Jérusalem.
Le lendemain, c’est la Toussaint, que le Pape a choisi de vivre en Suède avec la communauté catholique, à Malmö. Le Pape souligne le bonheur des saints : «  Les saints ont découvert le secret du vrai bonheur, qui habite au fond de l’âme et prend sa source dans l’amour de Dieu.  »

Et, toujours à partir du «  regard  » de Dieu lui-même, de son amour, le Pape souhaite des progrès sur le chemin de l’unité : «  Le Père nous regarde et son regard d’amour nous encourage à purifier notre passé et à marcher dans l’unité.  »

La préparation du voyage a été soigneuse de la part du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et son président le cardinal suisse Kurt Koch. Mais on pourrait dire que la préparation à long terme remonte à saint Jean-Paul II et à la signature décisive d’un Accord sur la théologie de la justification le 31 octobre 1999 : la coïncidence de date rappelle cet événement. C’est le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui a signé cette déclaration au nom du Saint-Siège, à Augsbourg (Allemagne).

Préparation aussi par le pontificat de Benoît XVI : on se souvient peut-être de l’homélie des vêpres œcuméniques en la cathédrale Sainte-Anne de Ratisbonne, le 12 septembre 2006 : la doctrine de la justification est un thème «  essentiel à la théologie  ». Et du discours audacieux, sur les pas de Luther, à Erfurt, le 23 septembre 2011, dans l’église de l’ancien couvent des Augustins, où il mettait notamment en garde contre la tentation de faire des pas en arrière sur le chemin de l’unité. à son retour, il constatait : «  La prière commune nous a introduits plus profondément dans le Christ, bien conscients que malgré notre effort commun, la véritable unité est d’abord un don à recevoir du Christ qui prie toujours pour elle.  »

Benoît XVI et le pape François entretiennent des amitiés avec des luthériens, ils se sont tous les deux rendus en visite – Benoît XVI en mars 2010 et François en novembre 2015 – à l’église évangélique de Rome. Le pape François l’a souligné dans une interview en quelque sorte préparatoire dans La Civiltà Cattolica, la revue des jésuites italiens : il évoque le soutien qu’il a reçu de tel ou tel ami luthérien. Il dit aussi que les catholiques ont quelque chose à apprendre des luthériens. D’une part que l’Église doit savoir se réformer sans cesse – elle est «  semper reformanda  » – et d’autre part la proximité avec la Parole de Dieu. Il souligne aussi l’importance de s’engager ensemble au service de la planète.

Voilà donc d’où part le pape François qui a confié son voyage à la prière de la Vierge Marie à Sainte-Marie-Majeure. Il a ensuite demandé la prière des baptisés à l’angélus dominical du 30 octobre, afin que ce voyage soit une «  étape  » de «  fraternité  » sur le chemin de la «  pleine communion  ».
Le voyage lui-même s’est présenté comme un diptyque : les deux rendez-vous avec les luthériens le 31 octobre, et la visite à la famille royale, et la messe de la Toussaint le lendemain, 1er novembre, avec la communauté catholique, mais en présence des responsables luthériens.

Le roi Charles XVI Gustave et la reine Silvia ont reçu le pape François, et les souverains l’ont ensuite accompagné à la rencontre de prière en la cathédrale de Lund. Premier message : l’unité se construit en priant, et en priant ensemble. Second message dans son homélie de Lund, le Pape rapproche la doctrine de la justification de ce qu’il entend par miséricorde : «  La doctrine de la justification (…) exprime l’essence de l’existence humaine face à Dieu  », déclare le pape François en évoquant «  l’expérience spirituelle de Martin Luther  ». Il invite à un «  témoignage crédible de la miséricorde  » des catholiques et des luthériens ensemble : une occasion de «  réparer  » et de «  surmonter  » «  controverses  » et «  malentendus  ». Luther lui-même parlait du Dieu «  miséricordieux  » a rappelé le Pape.

L’homélie, en espagnol, a été précédée par celle du secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale (FLM), Martin Junge, également en espagnol. Le président de la FLM, Munib Younan qui a signé avec le pape François, au terme d’une prière de repentance pour les fautes passées, une Déclaration commune, redisant notamment leur engagement à avancer sur la voie qui conduit «  du conflit à la communion  ». Un engagement donc à ne pas succomber à la tentation dont parlait Benoît XVI, et à entraîner les communautés et les paroisses dans ce mouvement, au nom du baptême commun : «  Tandis que nous renouvelons notre engagement à marcher du conflit vers la communion, nous le faisons en tant que membres du même Corps du Christ, auquel nous sommes incorporés par le baptême.  » Un engagement à «  témoigner ensemble  » et à «  agir ensemble  » au service de l’humanité, a encore dit le Pape.

Le mot est lâché : l’action. Dans la seconde partie de l’après-midi, à Malmö cette fois, au parc des expositions, une grande fête a été organisée, célébrant spécialement les œuvres à réaliser ensemble. Des témoignages de luthériens et de catholiques ont manifesté la foi active. Puis un engagement sans précédent a été signé entre Caritas Internationalis, en la personne de son secrétaire général, Michel Roy, et le Service mondial, la branche caritative de la Fédération luthérienne mondiale, en la personne de sa directrice, Maria Immonen. «  L’objectif global de cette déclaration d’intention est de consolider et de développer une relation mutuellement bénéfique pour inspirer les gens que nous servons, accompagnons et défendons, fondée sur des valeurs et une vision partagée sur la façon dont nos organisations peuvent travailler ensemble dans le monde aujourd’hui  », indique la Déclaration. Michel Roy résume : «  L’initiative vise à concrétiser le rapprochement entre les catholiques et les luthériens : l’unité, la communion, se réalisent dans l’action.  »

Un «  Appel à l’action  » a ensuite été lu par les quatre témoins du début de l’après-midi : une luthérienne engagée pour la «  justice climatique  » en Inde, un prêtre catholique engagé, avec les luthériens, pour la promotion de la paix en Colombie, une Burundaise engagée au service des orphelins, la porte-drapeau sud-soudanaise et luthérienne de l’équipe des réfugiés de Rio. Un engagement à «  servir notre voisin et le monde avec plus de compassion  », notamment, les réfugiés, les victimes des guerres, les urgences environnementales. Quatre mots d’ordre : prier, accueillir, s’engager, prendre soin.

Ce bon propos a été immédiatement mis en œuvre avec l’écoute du témoignage de Mgr Antoine Audo, évêque catholique chaldéen d’Alep et directeur de Caritas Syrie : toute l’assemblée a prié pour la paix et la paix à Alep et en Syrie en particulier. Et le prix du billet (10 euros demandés aux participants) sera dévolu à l’assistance des réfugiés syriens dans la tourmente. «  Je suis fier de répondre à l’appel de Dieu avec vous afin que le monde puisse voir comment les luthériens et les catholiques s’aiment les uns les autres et servent leur prochain, afin que le monde puisse croire  », a déclaré l’évêque Munib Younan, après ces signatures. Il voyait dans ce rassemblement «  historique  » un «  miracle moderne de l’Esprit Saint  ».

Le voyage du Pape a ainsi été un catalyseur de la créativité, parce qu’il a effectué en quelque sorte un pèlerinage de confiance, pour fortifier la confiance. Et une confiance ancrée dans le baptême : «  Je voudrais vous inviter à faire confiance à la force centripète du baptême. La grâce libératrice du baptême est un don divin qui nous appelle et nous unit !  », a déclaré Martin Junge.

«  On a vu que le Saint-Père était heureux  », a commenté le cardinal Koch. Était-ce en écho à l’homélie du pape François lors de la messe de la Toussaint à Malmö : «  S’il y a quelque chose qui caractérise les saints, c’est qu’ils sont réellement heureux  » ?

Les béatitudes, a dit le Pape, sont en quelque sorte le portrait de Jésus lui-même, et il a insisté sur la béatitude des «  doux  » : «  Les béatitudes sont le profil du Christ et, par conséquent, du chrétien. Parmi toutes les béatitudes, je voudrais en souligner une : "Bienheureux les doux". Jésus dit de lui-même : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur" (Mt 11, 29). C’est son portrait spirituel et cela nous révèle la richesse de son amour.  »

Le pape François a recommandé de cultiver cette vertu aussi pour surmonter les divisions entre chrétiens : «  La douceur est une manière d’être et de vivre qui nous rapproche de Jésus et nous unit entre nous ; elle nous permet de laisser de côté tout ce qui nous divise et nous oppose, et on cherche les façons toujours nouvelles pour avancer sur le chemin de l’unité.  »
à l’angélus, il a rappelé aux catholiques les points fermes de leur action au cœur du monde les invitant à cultiver communion, foi, prière, sacrements, service, respect, solidarité.

Cette volonté de laisser derrière soi une mémoire blessée du passé pour avancer vers la communion a caractérisé tout le voyage : la commémoration des 500 ans de la Réforme a été pour le pape François une occasion de rendre grâce pour les progrès accomplis dans la «  fraternité  » en 50 ans de dialogue œcuménique et de lui faire faire un pas supplémentaire, par la prière d’intercession ensemble pour le monde, par un témoignage rendu ensemble au Christ ressuscité, et par le service ensemble de l’humanité souffrante.

https://fr.zenit.org/articles/suede-le-pape-rencontre-la-famille-royale/

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