Sous le signe de Jonas

par le père Francis VOLLE, cpcr

samedi 8 avril 2017

A ses opposants du moment, scribes et pharisiens, qui lui demandent un signe pour accréditer sa prétendue mission messianique, du genre sans doute de Samuel faisant tomber la pluie (S.12,16) ou Élie le feu (1R.18,38) Jésus répond qu’il ne leur en sera pas donné d’autre que «  le signe de Jonas  ». «  De même en effet que le prophète Jonas fut dans le monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits.  » (Mt.12,39-4a)

En termes voilés, à travers l’histoire du prophète, Jésus annonce ici sa résurrection, ainsi de toujours l’Église l’a-t-elle compris. En témoignent par exemple ces chrétiens de la primitive Église dont les tombes furent ornées du poisson vomissant Jonas sur le rivage, lui sauvant ainsi la vie. Outre l’espérance pour le défunt de participer à l’universelle et bienheureuse Résurrection, sur une tombe voisine nous aurons, en signification similaire, l’ICTUS, le grand poisson qui est cette fois le Christ en personne : Iesous-Christos-Theou-Uios : Jésus Christ fils de Dieu Sauveur.

D’autres textes évangéliques en rajouteront qui motiveront la démarche du sanhédrin auprès de Pilate pour préserver, soi-disant, l’inviolabilité du tombeau car «  Cet imposteur a dit de son vivant : "Après trois jours je ressusciterai"  ». (Mt.27,62)

Le signe probatif de l’identité de Jésus et de la légitimité de sa mission, s’il voit bien l’intéressé comme Sauveur, voire comme Dieu après son affirmation de Jn.19,8 : «  J’ai le pouvoir de donner ma vie et j’ai le pouvoir de la reprendre  », ce signe n’a eu pourtant à le connaître qu’une poignée d’hommes, ce qui semble réduire sa portée. C’est à partir de son développement organique, ecclésial, qu’il nous faudra le comprendre.
Pierre en sera d’accord dans ses discours de Pentecôte, notamment lors de sa visite au centurion Corneille : «  Dieu a ressuscité Jésus le troisième jour et il lui a donné de se manifester non à tout le peuple mais aux témoins qu’il avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts ; et il nous a enjoint de proclamer au peuple et d’attester qu’il est, lui, le juge établi par Dieu pour les vivants et les morts  ». (Act. 10,41-42)

C’est la foi de ces témoins privilégiés, accompagnée de miracles, qui deviendra du coup le signe du ressuscité au niveau collectif. Une génération de croyants face à la génération d’incrédules voulant mettre Jésus dans l’embarras. Et d’autres qui suivront. «  J’appelle chrétiens, écrivait le cardinal Suhard, alors archevêque de Paris, tous les baptisés qui n’ont pas renié leur baptême  ».

Après les discours de Pierre, 3 000 convertis (Act.2, 42), et «  de plus en plus nombreux  »(2,48) 5 000 en (Act.4,4), dont «  une multitude de prêtres juifs  » (Act.6,4) Et ça continuera, sans césure jusqu’à la fin des temps. Une vague, des vagues, une déferlante. La victoire qui vainc le monde c’est la foi des croyants, signe de Jonas perpétué (1Jn.5,4). Le signe de Jonas c’est une religion de peuple.

Jésus dans sa propre chair sortant du tombeau, c’est le jour de Pâques. En croissance de vainqueur c’est lui encore, dans la réalité d’un Corps mystique qu’on appelle son Église. Lors de la cérémonie liturgique de la nuit pascale, les fidèles présents sont invités à déclarer leur identité religieuse. À la question qui regarde le rejet du péché et la lutte contre le démon chacun répond en conscience, donc à la première personne, sur un «  je  », mais lorsqu’on leur demande s’ils croient ce qu’enseigne l’Église catholique, ils répondent au pluriel «  Nous croyons  ». Un Jonas bien prolongé donc officiellement ! Et de son signe nous serions non seulement bénéficiaires mais témoins et acteurs !

D’où l’exultation de saint Augustin avec ses fidèles : «  Félicitons-nous donc et rendons grâce de ce que nous sommes devenus, non seulement des chrétiens mais le Christ lui-même. Comprenez-vous, frères, la grâce que Dieu nous a faite en nous donnant le Christ comme Tête ? Soyez dans l’admiration et réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ. En effet, puisqu’il est la Tête et que nous sommes les membres, l’homme tout entier, c’est lui et nous… La plénitude du Christ, c’est donc la Tête et les membres ; qu’est-ce à dire : la Tête et les membres ? Le Christ et l’Église.  »

En tant que membres de cette Église nous sommes responsables, chacun pour notre compte, de sa crédibilité, afin que le signe de Jonas s’accompagne de la conversion des Ninivites nos contemporains. Et c’est une tâche singulièrement difficile tant les notes affirmées qui la caractérisent («  sainteté, unité catholique, constance invaincue  » C.E.C. n° 812) sont mises à mal aujourd’hui. Le «  Jésus étendu et communiqué  » de Bossuet est aussi le «  Jésus persécuté, disloqué, diffamé  », comme nous le constatons tous, inclusivement chez nous, dans notre chère France, bien que massivement encore chrétienne, sinon catholique.


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