Souffrances et espérances
des chrétiens de Chine

propos recueillis par Guillaume Bonnet

vendredi 10 juin 2022

© daniil-zameshaev / unsplash

Claude Meyer, conseiller au centre Asie de l’Ifri (Institut français des relations internationales), ancien professeur à Sciences Po, vient de publier un ouvrage captivant : Le renouveau éclatant du spirituel en Chine. À la lumière de son enquête, il éclaire l’arrestation récente du cardinal Zen et les défis cruciaux qui attendent les chrétiens de Chine.

Comment interpréter l’arrestation du cardinal Zen survenue le 11 mai dernier ?

Claude Meyer : Il y a chez cet homme deux facettes intimement liées. Il défend les libertés publiques depuis toujours, et il représente aussi une autorité importante de l’Église catholique de par sa position épiscopale. C’est à mon sens plus en tant que militant des droits de l’homme qu’il a été arrêté, dans le contexte répressif instauré par la loi relative à la sécurité nationale de 2020. Au côté de plusieurs figures non confessionnelles, dont Denise Ho, une pop star LGBT, le cardinal Zen soutenait publiquement le 612 Humanitarian Relief Fund, une ONG favorable au mouvement pro-démocratie. Les autorités ont donc voulu faire un exemple. Mais on ne saurait oublier par ailleurs, qu’il s’était ouvertement opposé à l’accord de normalisation entre Pékin et le Vatican signé en 2018, ce qui n’a certainement pas joué en sa faveur.

Quelles sont les racines du renouveau spirituel que vous diagnostiquez dans votre livre ?

Mao considérait la religion et les valeurs traditionnelles – confucéennes en particulier – comme des vieilleries. Il entendait les éradiquer au profit d’un collectivisme pur et dur, alors que la société était à l’époque majoritairement agraire et très pauvre. Tout a changé avec Deng Xiaoping qui arrive au pouvoir en 1978. Constatant le retard économique de la Chine par rapport à ses voisins, il mène d’importantes réformes intérieures pour stimuler la croissance et amorce l’ouverture internationale du pays. L’augmentation du niveau de vie a eu pour conséquence de favoriser le consumérisme et le matérialisme et d’affaiblir l’idéal communiste qui pouvait faire office de nouvelle religion, avec Mao pour Dieu, le Petit Livre rouge pour bible et le Parti comme Église. Cette situation a créé un vide dont ont profité les religions.

Pour quelles raisons ?

La Chine est un continent spirituel depuis des millénaires. L’insatisfaction actuelle ne pouvait que raviver le religieux. On estime ainsi qu’environ 360 millions d’individus ont embrassé une religion au cours de la période récente, en particulier le bouddhisme et le christianisme. Face à ces nouveaux croyants se dresse désormais le président Xi Jinping, qui incarne le durcissement idéologique, le retour à Mao et aux racines rouges du communisme. Il mobilise pour cela deux leviers majeurs, la répression et la sinisation, qui s’appliquent en large partie aux religions.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien et du Grand Angle dans le magazine.

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Le renouveau éclatant du spirituel en Chine. Renaissance des religions, répression du Parti, Claude Meyer, éd. Bayard, 2021, 230 pages, 21,90 €.

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