Sortir du marasme spirituel

par Gérard Leclerc

mardi 19 février 2019

Inutile de biaiser. Alors que le Pape réunit à Rome l’ensemble des présidents des Conférences épiscopales du monde entier du 21 au 24 février pour traiter de la question des abus sexuels contre les mineurs, la situation de l’Église apparaît d’une singulière gravité. Non tellement en référence à sa survie temporelle qu’à l’égard de sa mission divine. Les scandales se sont multipliés ces jours derniers, le principal concernant la parution d’un ouvrage exposant la présence d’un lobby homosexuel au centre de l’administration vaticane. L’auteur lui-même, militant homosexuel, tire des conclusions hasardeuses de l’enquête qu’il a menée durant quatre ans. La doctrine de l’Église n’est pas liée à des conjonctions d’intérêts, et l’institution elle-même obéit à des normes supérieures aux opinions et aux tendances individuelles des membres de la hiérarchie. De ce point de vue, la prochaine canonisation du cardinal Newman devrait remettre à l’honneur ce qui est au cœur de la tradition, qui est transmission de la foi depuis les origines. Le christianisme est tout autre chose qu’un programme publicitaire, malléable au gré des idéologies successives.

Quant au contenu de l’ouvrage de Frédéric Martel, il ne surprendra pas, hélas, ceux qui connaissent depuis plusieurs années le contenu du rapport sur l’état de la Curie demandé par Benoît XVI, et qui compta certainement beaucoup dans sa décision de se démettre de sa charge. Depuis longtemps, une part essentielle de la machine administrative du Saint-Siège échappait à l’autorité du Pape. Elle était, au surplus, gangrenée par une corruption morale qui concernait jusqu’à certains hauts responsables. L’existence d’un réseau homosexuel était ainsi avérée, avec des pratiques défiant l’imagination. Frédéric Martel n’a donc eu aucune difficulté à découvrir la réalité qu’il étale largement auprès d’un public dont la surprise conduira à l’écœurement. À ceci près qu’il associe à son enquête une large part de fantasmagorie, chaque personne étant jaugée à partir de sa caractérologie sexuelle très particulière.

Si le cardinal Bergoglio a été élu, c’est parce que son prédécesseur se jugeait dans l’incapacité physique de juguler le mal. Il est possible que le Pape venu de Buenos Aires n’ait pas immédiatement pris la mesure du fléau qu’il lui fallait combattre. Ses premières tentatives réformatrices n’ont pas entraîné encore le vaste mouvement de conversion qui s’impose. L’avertissement très informé que lui avait donné Mgr Vigano, notamment sur l’ampleur du désastre aux États-Unis, se trouve paradoxalement étayé par le livre à charge de Frédéric Martel. La réunion au sommet qui se tient à Rome devrait être l’occasion d’une prise de conscience décisive. Mais c’est la supplication des fidèles du monde entier qui devrait aider à la sortie du marasme, comme cela est arrivé plusieurs fois dans l’histoire.

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Photo : Nacho Arteaga on Unsplash

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Messages

  • C’est avec humilité et grâce au Seigneur que je puis m’exprimer ce soir.J’ai maintes et maintes fois dit que en 50 ans d’Assistante en Pastorale oeuvrant en 3 diocèses di fferents je n’ai aucun propos négatifs avec tous les prêtres que j’ai accompagné, à Evreux, Le Bec Hellouin, après Périgueux ,Bergerac,après le départ de mon mari je suis revenue à Evreux où j’ai été nommée par mgr Gaillot à Louviers ,après à Vernon .Tombée en maladie ,repos. j’ai repris à Fleury-sur Andelle.. et j’ai fini au diocèse de Rouen à Darnétal, j’ai terminé ma mission à 75 ans comme les prêtres,vie passionnante.. Je suis navrée de ce qui se passe pour les uns et les autres, mon seul souci ,est,"ne pas juger" car nous avons tous une conscience et face à la prière chacun doit se rendre compte de ce qu’il fait ou dit.. Union de prières avec tous..

  • "Le contenu du rapport sur l’état de la Curie demandé par Benoît XVI et qui compta certainement beaucoup dans sa décision de se démettre de sa charge...".

    "Si le cardinal Bergoglio a été élu c’est parce que son prédécesseur se jugeait dans l’incapacité physique de juguler le mal" ;

    "Inutile de biaiser... la situation de l’Eglise catholique apparaît d’une singulière gravité... à l’égard de sa mission divine".

    Pour rappel : en amont de la récente réunion à Rome sont arrivés en trombe se succédant au rythme d’une précision comme méthodiquement orchestrée avec fracas : aux Etats-Unis d’Amérique le film Spotlight, la déclaration dans la presse de Josh Shapiro, Pensylvanie, sur les d’abus sexuels commis par des prêtres catholiques depuis 1950, la lettre incendiaire jetée dans le grand public par le tout juste retraité Mgr Vigano, en France les accusations contre B. Preynat pour abus sexuels sur des scouts, et Mgr Barbarin pour silencieuse complicité et autres, un livre, la lettre d’un prêtre intimant l’ordre au prélat des Gaules de donner sa démission dans les plus brefs délais et, plus près de nous, "Sodoma", le livre sur ces affaires et, le 20/02/2019 la projection programmée de "Grâce à Dieu", le film, dernier en date pour l’instant, sur ce grave et douloureux sujet.

    C’est, on le voit, munie d’un imposant "background" au milieu d’une fange visqueuse et défigurée par d’infectes éclaboussures qu’a été inaugurée, à Rome, la réunion du pape François et des évêques du monde entier sur les abus sexuels. Mais c’est sans compter avec, aussi, la confiance et les prières du peuple de Dieu pour accompagner et soutenir l’Eglise dans la recherche de la Justice.

    Serait-il possible de conclure par la phrase attribuée à Paul Claudel : "Dieu écrit droit avec des lignes courbes" et, pourquoi pas et sans parodier quiconque, remercier le Seigneur, le Seul grâce à Qui du Pire peut surgir le Meilleur.

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