Simone Veil

par Gérard Leclerc

lundi 3 juillet 2017

La seule fois que j’ai vu Simone Veil, c’était à la réception donnée par le cardinal Lustiger le jour de son entrée à l’Académie française. Je n’ai pas été étonné, sachant la proximité de ces deux personnes, marquées à jamais par la tragédie de l’extermination du peuple juif. Toute explication malveillante, serait, en effet, hors de propos. Sur l’avortement, je savais les convictions absolues du cardinal et avais pu les vérifier dans telle circonstance sur laquelle je ne veux pas revenir. Il y avait donc ce fait que Simone Veil était une personnalité exceptionnelle, que l’on ait apprécié ou non ses positions politiques. Ayant vécu ce qu’elle avait vécu dans sa chair et dans son âme à Auschwitz, là où la maman de Jean-Marie Lustiger avait été assassinée, il n’était pas étonnant qu’avec le cardinal il y ait eu une communion qui tenait aux fibres les plus profondes de la survivante et de l’orphelin.

Cela explique d’ailleurs mon trouble, qui n’a pas cessé depuis la dépénalisation de l’avortement en 1975. Giscard d’Estaing avait compris qu’en envoyant Simone Veil sur ce front ô combien délicat, il réalisait un coup de génie. Dans cet exercice, une militante féministe idéologisée aurait été désastreuse. Simone Veil avec son passé de déportée, sa modération, était inattaquable. Quiconque s’opposerait à elle apparaîtrait odieux, voire inhumain. L’opinion, passablement ébranlée par une campagne de sensibilisation très efficace, ne pourrait que plébisciter cette femme courageuse, bientôt convertie par les médias en icône intouchable.

Il y avait le contenu de la loi qui, sur le moment, ne fut pas très bien perçu autant par les adversaires que par les partisans. Contrairement à ce qu’on affirme encore aujourd’hui, l’avortement n’était pas reconnu comme un droit de la femme. Il constituait une sorte de concession compassionnelle, en raison d’une situation critique, douloureuse. Dans le préambule de la loi, le principe de la primauté du respect de la vie était rappelé. Était-ce dû à la pugnacité de Jean Foyer, qui menait alors le combat de l’opposition ? Jean Foyer, ancien garde des Sceaux du général de Gaulle et autre grand ami du cardinal Lustiger. Peut-être ! On connaît la suite. La loi de Simone Veil a été progressivement transformée, voire trahie. L’avortement est devenu un droit inaliénable et toute objection de conscience stigmatisée, au point d’encourir les rigueurs de la répression pénale. Il y avait dans cette évolution une logique initiée, qu’on le veuille ou non, par une transgression majeure. Et c’est Simone Veil qui l’avait permise. Était-ce inévitable ? Il faudra y revenir.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 3 juillet 2017.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Dans le Figaro du 4 juillet 2017 Chantal Delsol publie une tribune sur Simone Veil. Elle fait remarquer que Simone Veil a ouvert une boîte de Pandore ce qui est toujours dangereux. Et il en est sorti des événements que Simone Veil n’avait probablement pas prévus. Elle termine son article par la phrase suivante : « Qu’on ne prête pas au moins l’évolution actuelle de la loi à sa fondatrice. Simone Veil valait mieux que cela ».
    Simone Veil a eu amplement le temps de voir tous les avatars qu’avait subis sa loi. Je ne sais pas si elle s’est exprimée sur toutes ces dérives successives, notamment la suppression de la notion "état de détresse".
    Roger le Masne

  • Dans le Figaro du 4 juillet 2017 Chantal Delsol publie une tribune sur Simone Veil. Elle fait remarquer que Simone Veil a ouvert une boîte de Pandore ce qui est toujours dangereux. Et il en est sorti des événements que Simone Veil n’avait probablement pas prévus. Elle termine son article par la phrase suivante : « Qu’on ne prête pas au moins l’évolution actuelle de la loi à sa fondatrice. Simone Veil valait mieux que cela ».
    Simone Veil a eu amplement le temps de voir tous les avatars qu’avait subis sa loi. Je ne sais pas si elle s’est exprimée sur toutes ces dérives successives, notamment la suppression de la notion "état de détresse".
    Roger le Masne

  • SIMONE VEIL MÉRITE LE RESPECT. La loi sur l’avortement, c’est sûr, a évolué et cette évolution dangereuse et liberticide, indique d’avance comment va évoluer la future loi sur la PMA : tout cela
    fait partie de la destruction programmée de la famille...

  • Belle manipulation, en effet, que d’envoyer S Veil promouvoir cette loi.
    Elle s’y est prêtée visiblement de bonne grâce…
    Plus tard, elle a dit que si les évêques s’étaient mobilisés, la loi ne serait pas passée… Ils portent aussi une responsabilité.
    S Veil a servi une cause horrible, et porte la responsabilité de millions de meurtres des plus innocents. Il ne semble pas qu’elle l’ait vraiment regretté par la suite.

    Le Pape actuel rappelait il y a peu de temps encore que l’avortement est un "mal absolu". Aucun catholique ne peut donc honorer décemment la mémoire du travail de S Veil.

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