Traduit par Aurélie D.

Sexe, mots, réalité

P. Gerald E. Murray

vendredi 18 novembre 2016

Que doit faire un homme lambda, catholique ou pas, des paroles du pape François lors de son vol retour d’Azerbaïdjan vers Rome le 2 octobre ?

L’an dernier, j’ai reçu la lettre d’un Espagnol qui me racontait son histoire depuis qu’il était enfant. Il était né femme mais il souffrait beaucoup car il se sentait homme dans un corps de femme. A 22 ans, il a dit à sa mère qu’il voulait subir une opération. Sa mère lui a demandé de ne pas le faire tant qu’elle serait encore en vie. Elle était âgée et est décédée peu de temps après. Il a subi l’opération. Il est employé municipal en Espagne. Il est allé voir un évêque. Celui-ci l’a beaucoup aidé, c’est un bon évêque et il a « gaspillé » de son temps pour accompagner cet homme. Ensuite, il s’est marié. Il a changé d’identité civile, il s’est marié et m’a écrit une lettre disant que ça le rassurerait que je puisse le recevoir [sic] avec son épouse : il, qui fut elle, mais qui est il. Je les ai reçus. Ils étaient ravis. (accent mis sur cette phrase)

Il y a plusieurs problèmes avec ces déclarations. Le premier est celui de l’impossibilité de changer de sexe. Vous ne pouvez pas être un homme qui a été une femme par le passé. Dire « il est né femme » n’est pas logique. Elle, qui est né femme, sera toujours femme. Elle peut subir des mutilations corporelles et prendre des hormones en espérant ressembler à un homme, mais ça ne va pas faire d’elle un homme. C’est impossible.

Rechercher un tel changement revient à rejeter ce que Dieu a fait d’elle ; c’est une offense à la providence de Dieu, qui a donné vie à une femme en tant que femme, pas en tant qu’homme. Nous sommes appelés à embrasser la réalité et vivre selon cette réalité. Bien sûr le fait qu’elle ressente une inadaptation avec sa propre vie est une préoccupation sérieuse pour elle et pour ceux qui l’aiment. La solution, cependant, n’est pas d’être en accord avec son idée que « Dieu a fait une erreur en me donnant un corps de femme alors que je suis en réalité un homme. »

Elle n’est pas un homme et le fait qu’elle soit persuadée d’en être un est une erreur réelle. Apprendre à aimer et chérir sa féminité est son seul chemin vers la paix et le bonheur. Paul R. McHugh et Lawrence S. Mayer ont montré dans une étude récente que les personnes qui ont subi « des opérations de changement de sexe » et qui ont été suivies après l’opération ne sont pas plus heureuses après ce changement.

Problème suivant : « elle » ne peut pas épouser une autre femme. Donc la femme qui l’a accompagnée pour rencontrer le pape François n’est en aucun cas « son » épouse. Parler de cette relation comme d’un mariage, parce qu’une des femmes de cette union pense qu’elle est un homme enfermé dans un corps de femme, revient à encourager la confusion de cet état.

Alors que nous parlons poliment d’un homme et d’une femme catholiques qui se sont mariés uniquement lors d’une cérémonie civile, et donc pas aux yeux de l’église, cette exception ne devrait en aucun cas s’étendre aux couples de même-sexe. Comme le pape l’a dit lui-même, « il n’y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille » (Amoris Laetitia, 251).

Mais donc, pourquoi s’est-il tout de même adressé à ce « couple » espagnol ? En août, il a dit aux évêques polonais : « Aujourd’hui, à l’école, aux enfants – aux enfants - on enseigne ceci : que chacun peut choisir son sexe. Et pourquoi enseigne-t-on cela ? Parce que les livres sont ceux des personnes et des institutions qui te donnent l’argent. Ce sont les colonisations idéologiques, soutenues aussi par des pays très influents. Et ça, c’est terrible ! »

Pourtant il appelle une femme, un homme. Que se passe-t-il ?

A mon avis, François essaye d’être compréhensif envers une personne qui est dans une tourmente psychologique évidente. Il veut aider et c’est une bonne chose. Mais son approche est sentimentale et ses mots semblent plus faciliter les choses que d’essayer de trouver une solution. La compassion a remplacé la primatie de la vérité et de la raison, exercices périlleux pour différentes raisons.

Une personne qui a un problème psychologique grave a besoin de se heurter et de faire face à la vérité. Cela peut paraître gentil d’accepter cette fausse idée fondamentale que quelqu’un se fait de lui-même, mais cela le laisse dans ce mensonge de ce qu’il est et de ce qu’est sa vie.

C’est une mauvaise chose pour quiconque proche de l’église de paraître à l’aise avec l’idée que vous puissiez réellement être une femme née dans le corps d’un homme, que vous n’êtes « réellement vous-même » qu’en acceptant ce « fait » et en agissant selon cet état. Nous ne disons pas par exemple aux anorexiques que le régime est bon pour eux puisque, contrairement à la plupart des gens, ils ne sont naturellement pas enclins à manger.

Malheureusement, cette impression claire donnée à l’homme lambda lorsque le pape François parle d’une femme en tant qu’« IL », qui se marie avec son épouse, est celle du pape qui permet d’une certaine façon à cette femme d’être maintenant un homme. C’est toujours le problème d’adopter une position de valeurs neutre, non critiques en s’occupant de personnes dont les difficultés émotionnelles les amènent à des problèmes moraux sérieux et même existentiels.

En masquant la vérité à propos du dessein de Dieu en créant l’homme qui ne peut se changer en homme ou femme, dans l’espoir de ne pas affronter la réalité qui va en quelque sorte aider ces deux femmes, a amené confusion et déception parmi les fidèles. Les partisans du mythe du transgénérisme sont agréablement surpris par tout cela.

Je soupçonne ces deux femmes d’être parties de la rencontre (« elle étaient ») avec l’impression que le pape François pense que c’est bon pour elle de prétendre qu’une des deux soit un homme et qu’ils sont en quelque sorte mariés.

Je suis certain que le pape François ne croit pas réellement cela. Il est regrettable que son pauvre choix de mots ait laissé cette impression.

Photo : Le Saint-Père (avec le porte-parole Greg Burke) dans le voyage retour vers Rome d’Azerbaïdjan.

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