Se détacher d’une sentimentalité séduisante

Rev. Jerry J. Pokorsky, traduit par Isabelle

mercredi 30 septembre 2020

© Queven / Pixabay

Tous, nous aimons parfois nous exprimer en termes plaisamment sentimentaux. Par sympathie pour quelqu’un qui a fait une perte, il peut nous arriver d’adoucir la vérité : « Ton frère est parti hier soir ». Mais la tendance culturelle actuelle est d’inventer et de redéfinir les mots de manière proche de sentimentalités détachées aussi bien de la foi que de la raison.

Les idéologues inventent et redéfinissent de nombreux mots dans un but de subversion culturelle. Le sens populaire du mot « racisme » par exemple, est tellement contesté de nos jours qu’il est devenu pratiquement inutilisable, excepté dans le but de diffamer quelqu’un.

D’autres termes et phrases déforment et même dénient, exprès, la réalité. Par exemple, au lieu d’ expliquer franchement que les églises sont fermées parce que le déclin de la pratique religieuse est un fait trop difficile à supporter, quand un diocèse fermera les portes des églises, on se sentira probablement mieux en parlant de « reconfiguration » et de « renouvellement de la foi » de nos communautés.

Le fait de présenter honnêtement la situation est choquant pour le politiquement correct, hyper-émotionnel. L’autre jour, j’ai reçu un message de quelqu’un qui objectait à mes remarques sur le site internet de la paroisse à propos du jour de la « transgenre Pride du County de Fairfax ».

J’ai appelé cela « de l’abus sexuel sur enfants » et la personne objectait en appelant ma description « inappropriée et inutilement incendiaire ».

« Inapproprié » est un autre de ces termes sentimentaux qui empêchent les gens d’avoir à dire que quelque chose est « mal ». Mais inutile ? « Transgenre » est quelque chose qui n’existe pas. C’est un mot fabriqué destiné à déguiser la réalité d’une mutation psychologique et parfois physique. Quand les autorités publiques promeuvent de telles perversions sexuelles dans les collèges, c’est vraiment un abus sexuel sur mineurs. L’acceptation sans esprit critique de la nomenclature LGBT aide à faire avancer le programme sexuel radical.

Une grande partie de notre mécanique verbale contemporaine défigure l’amour humain authentique, et réduit la foi catholique et sa morale à une sentimentalité pieuse. Mais sans référence au fait central de notre foi – La Croix et la Résurrection – il est facile de manipuler les émotions humaines et d’en redéfinir les termes. Une « foi » émotionnelle est à la dérive par rapport aux commandements de Dieu, dépourvue de sens, et, finalement, dangereuse.

La Croix et la Résurrection sont les deux faces d’une même médaille. L’amour sacrificiel est le fondement de la joie chrétienne. Nous équilibrons notre vie intellectuelle et de dévotion en retournant continuellement cette médaille spirituelle avec l’image de Jésus crucifié d’un côté, et son visage glorieux de ressuscité de l’autre.

Cela peut faire du mal de fixer le visage crucifié de Jésus sans faire référence à la Résurrection. Ce danger réapparaît au cours de l’histoire. Les hérésies rigoristes telles que le Jansénisme et le Calvinisme sapent la joie chrétienne. (La dévotion de sainte Marguerite marie Alacoque envers le Cœur sacré de Jésus – doux et humble de cœur – a résisté à l’esprit du jansénisme de son temps, parfois à sa manière excessivement sentimentale.)

Mais, d’habitude, nous mettons l’emphase sur la Résurrection sans la Croix, et négligeons les commandements comme fondement de l’amour. L’amour et la joie détachés de la loi de Dieu, perdent de leur nature sacrificielle et deviennent une sentimentalité molle, hôte des humeurs perpétuellement changeantes de l’homme. Guidés par nos affections volatiles, nous définissons l’amour en des termes émotionnels, et ne nous accordons pas à la volonté de Dieu.

Ce dysfonctionnement affecte notre développement moral et religieux. Parfois, les parents aiment l’affection de leurs enfants, plus que leurs enfants eux-mêmes en tant que dons de Dieu. Le résultat est un enfant émotionnellement hors contrôle – « un enfant gâté » - Le clergé, lui aussi, peut aimer les affections de ses fidèles plus qu’il ne les aime en tant que créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Aussi, plutôt que de leur offrir des outils spirituels de salut, les prêtres peuvent devenir des entraîneurs pieux, se pliant aux émotions de leurs paroissiens.

La même sentimentalité anarchique qui fait dériver la foi, fait aussi dériver la raison. Qui a besoin d’une pensée critique si nous vivons pour les consolations capricieuses de l’affection humaine ? C’est l’émotion humaine, pas la raison, qui commence à diriger la définition de certains mots, et à bannir l’usage d’autres mots.

Excepté le revêtement de piété chrétienne, il n’y a pas beaucoup de différence entre la religiosité superficielle, et l’impiété, parce que les deux sont, en grande partie, à la dérive sur les seules émotions. Sans un profond enracinement dans la Croix et la Résurrection, les Commandements, et la tradition entière, c’est une simple question de temps avant que nous – ou nos enfants – abandonnions le christianisme de façade. Détachée de la foi et de la raison, la culture devient de plus en plus mal élevée, arrogante et vicieuse.

Un retour au bon sens commence par la redécouverte de l’impossibilité de séparer la Croix de la Résurrection, équilibrant notre foi, et aiguisant notre pensée.

Au cours de l’Évangile, il y a des allusions qui préfigurent la Croix. Jésus nous enseigne à L’aimer, plus que nos familles, et si nous ne prenons pas nos croix pour le suivre, nous ne sommes pas dignes d’être Ses disciples. (Cf. Mt. 10, 37-42) Se détacher de sa volonté propre et de son inclination à pécher est un dur travail. L’amour chrétien qui défie les attachements impies d’affection humaine, même dans les familles, est douloureux.

Il y a aussi dans tout l’Évangile, des allusions qui préfigurent la Résurrection, qui est le fruit joyeux de l’amour sacrificiel. Ainsi, Jésus nous enseigne la joie qui vient de notre union à Lui : « Venez à moi, vous tous qui peinez et portez un lourd fardeau, et je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et venez à ma suite car je sui doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos » (Mt. 11, 28-30).

Dans l’Évangile de Jean (cf. JN. 15, 10-11) nous voyons le même enseignement, la Croix et la Résurrection, en termes lapidaires : La Croix « si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ». La Résurrection : « Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. »

Nous ne pouvons briser le relativisme vicieux de la mécanique verbale que par un examen de conscience honnête, mesurant nos vies à l’aune de la loi de Dieu, et assumant nos actions. Quand nous aurons décidé de L’aimer plus que tout, même au prix de la perte de l’affection de ceux que nous aimons, avec la grâce de Dieu, nous briserons les liens de la sentimentalité séduisante. Et nous nous réjouirons du pouvoir salvateur de Jésus doux et humble de cœur.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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