Un nouvel antichristianisme ?

Se comporter en chrétien dans un monde qui ne l’est plus

propos recueillis par Guillaume Bonnet

mercredi 5 février 2020

Pour Charlotte d’Ornellas, il faut apprendre «  à prier pour ses adversaires  », et «  défendre un bien universel  » pour ne pas sombrer dans la victimisation.

Journaliste à Valeurs Actuelles, chroniqueuse sur CNews, Charlotte d’Ornellas ne dissimule pas sa foi. Elle se confie sur la façon de se comporter en chrétien dans un monde qui ne l’est plus beaucoup. Profond et très stimulant.

Sur France Inter, vous avez fait les frais d’attaques concentrées sur votre foi. Êtes-vous parvenue à jeter un regard chrétien sur ceux qui vous roulaient dans la boue ?

Je ne vais pas faire croire que se faire insulter, en des termes franchement sales, sur le service public, est agréable ou réjouissant. C’est humiliant. Mais je crois très honnêtement que l’auteur de cette chronique, comme de beaucoup d’autres qui ne me concernent pas, s’est plus sali lui-même qu’il ne m’a atteinte. Passée la stupéfaction, j’avais très sincèrement de la peine pour lui.

Dans ce genre de situation, il faut en revenir à ses principes, et à l’enseignement choisi et reçu. Il faut apprendre à pardonner, et à prier pour ses adversaires. Ce n’est pas facile, mais il faut essayer. Il est nécessaire, je crois, de faire la différence entre la faiblesse et la charité. On peut dénoncer l’absence de réactions, l’insulte que cet homme ne se serait permise avec personne d’autre, sans pour autant vouloir de mal à cet homme. En l’occurrence, l’attaque était trop pitoyable et bien trop personnelle pour mériter la révolte.

Quel est le juste regard que les chrétiens doivent adopter face à ceux qui, en public, les détestent ou les raillent ?

C’est une question difficile. Je crois qu’il faut vraiment distinguer les attaques. La moquerie, l’insulte, la dégradation ou la profanation sont des choses différentes, et leur gravité n’est pas égale. Il faut se tenir droit, exiger que la justice soit rendue, formuler le scandale et se garder de la faiblesse. Ensuite, il faut aussi avoir conscience que la foi est un choix exigeant, difficile et que nous croyons en un Dieu qui a donné son fils pour racheter nos péchés. Tous nos péchés, ceux de nos adversaires, mais les nôtres aussi.
Il ne faut pas perdre de vue que le péché – la moquerie gratuite en est un – ne nous fait horreur que par amour pour le pécheur. Quand nous nous défendons, il faut défendre un bien universel et non sombrer dans la victimisation. Il faut relire saint Thomas d’Aquin sur le blasphème, il est lumineux !

En revanche, il faut avoir à l’esprit aussi que la défense d’un patrimoine, d’une culture et d’une partie de notre identité française ne relève pas de la foi, mais du droit à la continuité historique. Pour les catholiques évidemment, mais aussi pour tous les Français. Et je crois que l’évangélisation passe aussi par les paysages, les œuvres, ce que l’on entend et voit. Le combat se situe alors sur un terrain différent : là, je crois qu’il nous faut relever la tête et défendre ce qui est attaqué dans l’indifférence générale. Par charité.

Plusieurs journalistes chrétiens évoluent désormais sur les plateaux de radio ou de télévision. Y a-t-il une évolution favorable ? Ou servent-ils de caution de pluralité à un système plus intolérant que jamais ?

Il est difficile de répondre pour une raison simple : le système médiatique est une réalité, mais il est composé de personnes qui réagissent différemment. Le témoignage de foi génère des moqueries ou des insultes, comme depuis 2 000 ans, mais il peut aussi engendrer des conversations incroyables. Il y a surtout une grande méconnaissance de ces sujets religieux, et tout particulièrement au sujet du catholicisme. On ne «  connaît  » l’Église que par d’atroces scandales, on imagine que la foi se résume à une doctrine morale dépassée…

Le système n’est pas plus intolérant que jamais, il suffit de se pencher sur l’histoire de France, du christianisme, ou même de regarder ce que subissent les chrétiens persécutés à travers le monde. Il se peut en revanche que nous nous soyions nous-mêmes affadis par confort, par crainte, par volonté de respectabilité… Alors il faut se souvenir de sainte Bernadette : «  Nous ne sommes pas chargés de le faire croire mais de le dire.  »

On peut craindre d’être une «  caution  » sur le terrain politique ou idéologique. Mais sur celui du témoignage de foi, qui est un trésor que l’on rêve de partager, c’est impossible. Notre foi nous enseigne que seul Dieu sauve, et il faudrait avoir assez peu confiance en Lui pour imaginer qu’un système médiatique ait le dessus. Ni ce système-là ni un autre n’ont jamais réussi à empêcher la grâce de passer. Il faut simplement avoir à l’esprit que les voies de Dieu sont décidément impénétrables… Et essayer d’être témoins, qui se dit martyr en grec… 

Messages

  • Merci Charlotte de ce message d’espérance pour tous ceux qui sont attaqués dans leur vie personnelle et/ou professionnelle.
    Bonne suite dans vos activités au sein des médias.

  • À l’attention de Charlotte d’Ornellas

    Madame,
    Je viens de lire vote chronique. Etes-vous de la famille de Monseigneur d’Ornellas, archevêque de Rennes ? Ce serait une coïncidence.
    Soeur Marie Pascale

  • Enfin ! Enfin la possibilité de pouvoir se concentrer sur les mots de Charlotte d’Ornellas et enfin surtout le plaisir ou plutôt la joie d’y avoir trouvé équilibre et apaisement dans le flot actuel d’injures et d’invectives. Merci, Charlotte d’Ornellas pour le courage de témoigner, mais oui, de témoigner de certaines situations avec une pondération qui respire l’Espérance. Oui, mille fois oui "il faut apprendre à pardonner et à prier pour ses adversaires... et faire la différence entre la faiblesse et la charité". Il est vrai que ce n’est pas toujours facile mais Il est toujours prêt à donner un coup de main... A "oeil pour oeil dent pour dent" Jésus n’a-t-il pas conseillé d’aimer ses ennemis ? Et aimer ses ennemis ce n’est pas leur sauter au cou en leur assénant des bisous-bisous insipides.. A lire vos réponses m’est revenu le souvenir d’une amie intime qui, vers l’âge de 12 ans, avait surpris sa mère en conversation avec des amis au cours de laquelle elle a appris que ses arrières-grands-parents maternels avaient été égorgés vifs pour avoir refusé de renier Christ et leur foi. Ils ont reçu le coup de couteau les mains jointes et en priant. C’est pourquoi la grand-mère de cette amie était devenue orpheline à 18 mois.

    Bienvenue sur France catholique !Et quel plaisir aussi de vous retrouver presque tous les jours par satellite interposé. Merci, Charlotte, et bonne continuation !

  • P.S. Un grand merci également à Guillaume Bonnet pour l’excellent moment partagé en compagnie de Charlotte d’Ornellas !

  • Témoignons de notre foi sans cesse par des actes et des attitudes tangibles.Renouons avec le careme
    prochain et faisons le savoir.Je ne veux pas stigmatiser nos frères musulmans mais leur ramadan a plus de retentissement que notre période d abstinence et de prières

  • La foi chrétienne n’est jamais une évidence religieuse, culturelle et personnelle.
    Dans cet environnement qui est nôtre, l’hostilité n’est pas une opposition systématique mais une forme de défense devant le questionnement qui dérange.
    Les croyances pullulent elles existent mais parallèles et de peu de dialogue factuel.
    On croit selon ses propres critères, sans chercher à confronter sa foi à celle des autres.
    Il n’y a pas d’athéisme professé, mais une indifférence générale.
    On n’enseigne pas le fait de ne pas croire, mais de croire librement et sans contrainte.
    On relativise le fait de croire considéré comme une option parmi toutes les autres.
    On pense sans trop y penser.

    On croit vivre sans se poser clairement les sujets de la vie, de la mort, de l’au delà de toute vie qui sont relégués à plus tard dans le désir de ne pas trop y penser pour l’instant.

    Mais la vie est autre.
    Les circonstances et les rencontres personnelles interrogent chaque jour sur la difficulté de croire sans douter, de professer la foi sans discernement.

    Les grands saints furent des questionneurs.
    Ils n’avaient pas tous le désir de prosélytisme et de partager leurs convictions qui demeurent somme toute un choix personnel, libre et permanent.

    On ne peut se risquer au spleen généralisé, au désenchantement partagé de ceux qui pour l’heure évitent les sujets qui dérangent l’esprit.

    Mais les choses ne sont jamais simples pour personne.

    L’Esprit souffle où il veut, on entend peu sa voix, mais on quérit son action dans des témoignages qui traversent le cours de l’histoire de ceux qui un jour, ont acquis la conviction que la force divine a des ressources qui nous échappent !

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