Sainte colère ?

par Gérard Leclerc

mercredi 30 mai 2018

Il est des jours où l’on est en droit de manifester sa colère. Et il est sans doute de saintes colères. Une rapide recherche sur Wikipedia me renvoie à un livre de Lytta Basset que je n’ai pas lu, mais qui me paraît très suggestif, nourri qu’il est de culture biblique. La colère de Dieu, telle qu’elle s’exprime dans l’Ancien Testament, est liée à sa justice. Sans doute la colère humaine peut-elle déraper en haine de l’autre. Dans ce cas, comme l’exprime la sagesse populaire, elle est mauvaise conseillère. Il y a donc nécessité de maîtriser ses sentiments intérieurs, a fortiori ses pulsions. Cela relève de la vie spirituelle et de l’ascèse intérieure qu’elle requiert.

Si j’évoque ce thème de la colère, c’est qu’il est omniprésent dans notre actualité, et singulièrement dans les échanges que suscitent les réseaux sociaux. Mais alors, nous sommes loin de l’inspiration biblique. Car c’est d’agressivité qu’il faut parler. Le chroniqueur québécois Mathieu Bock-Côté dénonce l’hystérisation de la vie politique. Une hystérisation qui joue d’ailleurs, me semble-t-il, dans deux sens, du côté des citoyens qui s’expriment aujourd’hui beaucoup plus qu’hier, mais aussi du côté de l’autorité régulatrice, qui sous prétexte de contrer certains excès, en vient à exercer une véritable police de la pensée. Il y a, en effet, un risque sérieux à vouloir maîtriser le débat public, d’imposer une sorte d’orthodoxie officielle et arbitraire.

Mais il faut bien reconnaître en même temps que les dérapages de la parole libérée suscitent des réflexes qui ne sont pas très heureux et sont même parfois pervers. J’avoue avoir été ainsi stupéfait de la polémique qui a suivi le geste magnifique du jeune Mamoudou Gassama, ce Malien qui a sauvé un petit enfant d’une chute mortelle en escaladant les étages d’un immeuble. Je sais bien que la question de l’immigration est explosive. Mais ce n’est pas une raison, dans ce cas précis, pour imaginer je ne sais quel complot. N’est-il pas possible tout simplement d’admirer l’admirable ? Quant à la reconnaissance qu’a value au jeune Mamoudou son acte de bravoure, n’est-elle pas dans l’ordre de la justice ? Il y a des événements comme celui-là qui ne devraient provoquer que de la gratitude, loin de toutes les colères et de toutes les hystéries.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 30 mai 2018.

Messages

  • Colère, agressivité, sainte colère et appel à plus de justice... En peu de mots G. Leclerc aura décrit les différences entre ces sentiments et/ou attitudes. Crier au complot dans ce cas précis ne mérite pas qu’on s’y attarde, d’autant que si tel était le cas il aurait-il fallu joindre aux hurlements des preuves tangibles.

    La vidéo est impressionnante à double titre : la vue de l’enfant suspendu dans le vide et l’action rapide, risquée et réussie du sauveteur. Quelques mots de M. Gassama méritent d’être relevés : "Je n’ai pas réfléchi, j’ai pensé il faut sauver l’enfant" ; "Dieu merci, l’enfant est sauvé" ; "C’est Dieu qui l’a sauvé"...

    L’attribution d’une récompense était grandement justifiée sous forme, par exemple, de facilités pour l’obtention d’un permis de séjour en vue d’une probable naturalisation, l’attribution d’un certificat d’honneur pour haut fait, le tout accompagné d’une offre d’emploi. Le choix d’un stage chez les sapeurs-pompiers est cohérent et a aussi l’avantage de protéger M. Gassama des hordes de chasseurs de "sensationnel".

    A la phrase "à M. Gassama la patrie reconnaissante" on est en droit de préférer et de loin les conseils de son compatriote, Lassana Bathily, de "garder la tête froide" etc...paroles sages et mesurées pour rester à sa place. Et éviter, on ne sait jamais, d’éventuels sentiments de frustration ou jalousies de migrants croupissant jusque-là dans les conditions que l’on sait.

    Il ne reste qu’à souhaiter le meilleur à M. Gassama dans ce que sera sa nouvelle vie en restant un exemple de courage et de dévouement. Un acte gratuit ne saurait être monnayé.

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