Saint Paul VI et Vatican II

par Gérard Leclerc

lundi 8 octobre 2018

La canonisation de Paul VI, ce dimanche, nous permet de méditer sur la stature spirituelle du Pape qui permit le plein épanouissement du grand œuvre conciliaire de Vatican II. Certes, c’est son prédécesseur, saint Jean XXIII, qui avait eu l’audace d’imaginer pour le XXe siècle une entreprise qui renouait avec la longue tradition qui, depuis Nicée, avait permis à l’Église de définir les grandes lignes de sa doctrine (trinitaire, christologique) et de répondre aux crises qui l’avaient mise en péril (singulièrement avec le concile de Trente). Il s’agissait pour le pape Roncalli de mettre en valeur les extraordinaires richesses de la Révélation pour les faire briller à la face du monde contemporain. C’était un retour à la Tradition la plus profonde au service de la plus actuelle des évangélisations. Le pape Montini était tout à fait accordé à ce projet qu’il mena à bien, en définissant ses contours exacts, pour le traduire en réformes concrètes dans la vie ecclésiale.

Malheureusement, l’enseignement de Vatican II ne fut pas toujours reçu dans sa profondeur, laissant place à des traductions idéologiques qui en trahissaient le contenu. Le cardinal de Lubac, un des théologiens qui avaient le plus réfléchi au mystère de l’Église, central pour le Concile, eut l’occasion de le déplorer par la suite. Et si l’on dut parler de crise post-conciliaire, ce ne fut pas à cause du contenu des grandes constitutions de Vatican II, mais en raison de leur méconnaissance. La canonisation du Pape du Concile devrait être l’occasion d’un retour à des textes fondateurs qui, à distance, continuent à répandre une vive clarté pour mieux comprendre la Révélation et vivre selon l’esprit du Christ dans le monde de ce temps.

Le souvenir de Paul VI oblige aussi à revenir sur les souffrances éprouvées, avec le sentiment d’une démolition de l’Église, suscitée par les déviations doctrinales et pastorales, et aggravée par les dérives de la société des années soixante. De plus, on ne peut mener une réforme nécessaire, si l’on ne dispose pas des agents de terrain pour la mener à bien. À son ami Jean Guitton qui lui suggérait de fonder un séminaire d’une facture nouvelle, apte à répondre aux défis du temps, le Pape répondait qu’il ne disposait pas de l’encadrement qui conviendrait. Et puis il y a la division qui sévit entre chrétiens, définis déjà comme conservateurs ou progressistes, et bientôt conciliaires ou anti-conciliaires. Elle se prolonge encore aujourd’hui, et elle est toujours aussi ruineuse. Elle est contraire à l’unanimité morale qui doit prévaloir dans une assemblée conciliaire comme dans la vie de l’Église, au-delà des diversités légitimes. La leçon est permanente : l’Église est un grand corps qui réunit la plus grande variété de peuples ainsi que des familles spirituelles qui se sont constituées au long de l’histoire. Le ministère pétrinien, celui de saint Paul VI et de François, rassemble cette diversité, puisqu’il est le foyer ecclésial de l’unité de l’épouse du Christ. 

Pour aller plus loin :

Messages

  • Avec l’habitude de canoniser à tout vent, on va finir par voir sur nos calendriers des saint Johnny, des saint Aznavour, etc.
    Il faut quand même reconnaître que les déviations doctrinales, la banalisation de la messe tournée vers le peuple qui permet au curé de voir si tous ses paroissiens sont là et qu’ils mettent des billets dans la corbeille de quêtes, ..., ne sont pas faites pour le bien de l’Eglise, et tout cela sous le pontificat de Paul VI !

    Quand un chef d’entreprise met son entreprise en perdition, le conseil d’administration le congédie. Pour un pape, ce n’est malheureusement pas possible.

    A bientôt la canonisation du pape François pour avoir facilité l’arrivée des immigrants un peu partout.

  • Grand, grand merci, Saint Paul VI, pour la prodigieuse Encyclique ’’Humanae Vitae’’
    et pour Marie ’’Mater Ecclesiae’’.

  • Effectivement, l’Encyclique "Humanae Vitae" et ce titre donné à la Sainte Vierge "Mater Ecclesiae" est bien ce qu’il a fait de mieux. Pardon de ne pas l’avoir mentionné

  • Mouvements d’humeur face à des canonisation successives, Serait-ce dû au fait que G. Leclerc a canonisé le Bienheureux Paul VI avant le pape le 14 octobre 2018 ?

    Cet article sobre et précis rappelle un moment important des événements qui auront marqué l’Eglise au XXe s. Roncalli se proposait "de mettre en valeur les extraordinaires richesses de la Révélation..." et c’est à Montini qu’est revenue la tâche de mener Vatican II à son terme. Il arrive dans l’Histoire que le moindre changement est susceptible de provoquer des réactions exagérément positives et d’autres fort malencontreusement négatives. Le Concile aurait-il pu échapper à cette réalité ? Le recul est le vecteur par excellence permettant d’ajuster le regard sur les événements. Que de problèmes l’Eglise avait eu à affronter alors : la question des prêtres ouvriers, celle de la "pilule" etc.. Ce sont aussi des faits de société, les deux aspects devant être pris en compte. L’"humain" ne saurait être exclu de causes de désaccords pouvant aller jusqu’à des ruptures. Que n’a-t-on entendu, et à ce jour encore... Mais, au lieu de répéter les accusations faisant du Concile et de Paul VI la source de tous les maux dont souffrent l’Eglise et nos sociétés libertaires et de consommation, qu’y-a-il autour de nous : on crie mariage pour tous, là pour le droit de la femme à l’avortement alors qu’à l’autre bout de la rue on exige la PMA, bientôt la GPA ? etc... Tout et son contraire sont jetés pêle-mêle, au même moment, dans le même panier et avec la même violence. Pendant que seuls des prêtres de l’Eglise catholique sont stigmatisés pour crimes sexuels et autres graves délits.

    Que le prêtre soit dos au public ou face à lui, qu’il livre son homélie derrière un pupitre ou haut perché dans une chaire ; que l’on continue à cogner sur de Lubac, Paul VI, Yves Congar etc. Est-ce cela qui va faire avancer le Peuple de Dieu, alors que le Malin est là et se frotte les mains...

    Le temps serait-il enfin venu de plutôt réfléchir et essayer de lire les signes ?

  • Merci de faire la difference entree le contenu des testes conciliaires et le contexte de leur application. Je ne vois pas l utilité des remarques critiques sur le pape ou la direction du prêtre face a l autel . Jésus ne tournait pas non plus le dos à ses disciples lord de la dernière Cène et n a pas enseigné la peur de l autre maïs là n est pas la question.

  • Quelle hypocrisie ! Gérard Leclerc n’en est pas a une trahison pres ! Il sait parfaitement qui etait Paul VI. Très loin de l’image hagiographique que l’ Eglise a travers ses clercs et autres veulent imposer aux catholiques pour justifier toutes les dérivés de Vatican Ii. Ce pape a proclame a l’l’ONU le culte de l’homme et fait des droits de l’homme le nouvel evangile ! De plus sa vie personnelle fut entachée de dérives homosexuelles. Et on s’s’étonne des scandales qui éclatent aujourd’hui ?
    La seule solution : Vatican III et en appeler au pape du pape ainsi que l’a défendu l’l’abbé de Nantes.

  • Le message du 9 octobre, 09:04 par lavenue mérite que l’on s’y arrête, juste pour exiger les preuves avérées à propos de Paul VI, citation : "sa vie personnelle... entachée de dérives homosexuelles". Merci d’avance sur l’éclairage de ce sujet précis.

  • Nul doute que notre cher argentin et son entourage luthéro-progressiste sauront tirer tout le profit idéologique souhaitable de la canonisation très naturelle, humaine et politique de ce pauvre Paul VI.
    Personnellement il pourra m’arriver de prier pour le repos de l’âme de ce pape mais je ne le prierai pas lui. Je n’ai jamais oublié les reproches publics qu’il a adressé au Bon Dieu à la messe de requiem de son ami le politicien italien Aldo Moro parce que lui, il avait personnellement de la peine après son assassinat. Bizarre pour un pape.

  • Extrait des paroles de Paul VI à Dieu sur l’assassinat d’Aldo Moro : "Toi, Tu n’as pas exaucé notre supplication pour garder de la mort Aldo Moro, cet homme bon, doux, sage, innocent et ami. Mais Toi, ô Seigneur, Tu n’a pas abandonné son esprit immortel empreint de la Foi au Christ qui est la Résurrection et la Vie...". En effet, Aldo Moro était un ami de Paul VI qui avait " personnellement de la peine après son assassinat. Bizarre pour un pape" ! L’allusion est très claire.

    Sauf qu’elle remet en mémoire le passage de l’Evangile qui relate qu’ en apprenant la mort de son ami Lazare Jésus a pleuré. "Bizarre" pour le Christ ?... "Bizarre" pour Dieu ?... "Vous avez dit "bizarre"
    (Louis Jouvet).

  • Et ne pas oublier puissant Credo de Paul VI, sorti courageusement en 1968, face au déchaînement de toutes les remises en cause de la foi.

    Vous en trouverez le commentaire ici :

    Commentaire du Credo, du Pater et de l’Ave
    https://www.youtube.com/playlist?list=PLuko328jWH_2-iKgw009FS8vpj0lTuE8d
    Commentaire du Credo de l’Eglise catholique, par Arnaud Dumouch, 2014. Il s’agit du Credo le plus récent de l’Eglise, celui du saint Concile Vatican II, publié en 1968 par le pape Paul VI. A la gloire du Dieu très saint et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, confiant en l’aide de la Très Sainte Vierge Marie et des bienheureux apôtres Pierre et Paul, pour l’utilité et l’édification de l’Église, au nom de tous les pasteurs et de tous les fidèles, Nous prononçons maintenant cette profession de foi, dans la pleine communion spirituelle avec vous tous, chers frères et fils.

  • Sur Gianbattista Montini, le dernier N° de France catholique offre l’article tout en fraternité de Daniel-Ange et l’intéressant entretien avec Michel Cool ; rester en dehors de la vérité à propos de ce grand pape et bouder les livres et le film qui lui sont dédiés serait comme vouloir rester en dehors d’une partie appréciable de la vérité. Le parcours et les actions de cet homme d’Eglise inconnu et méconnu et plus que souvent bafoué insulté et sali amènent à mettre les virulentes attaques contre Paul VI sur le compte d’une ignorance crasse de son pontificat et, pire encore, à des niveaux supérieurs, sur une volonté politique de le démolir. Et on ne démolit jamais un objet, une structure ou un être humain sans raisons (au pluriel).

    Hors de tout débat philosophique, quelques oxymores connus : "étrange clarté qui tombe des étoiles", "nains géants", "silence assourdissant", on pourrait ajouter : liberté ligotée ou liberté captive. Certains faits relatés par Daniel Ange et M. Cool donnent une idée réelle de ce que furent le parcours et la plupart des actions de ce pape sur bien des plans. Qu’on étale les allusions les plus fantaisistes - j’allais dire perfides - sur, par exemple, la qualité de son amitié avec Aldo Moro est, par contraste, la meilleure façon de découvrir une facette des événements de l’époque restée sous le boisseau. A. Moro a été assassiné, c’est un fait ; par qui ? on suppose par les Brigades rouges ; mais le plus important c’est POURQUOI ? Brigades rouges, Action directe et autant de EIL, EI et Daech arrivent comme par hasard à certaines époques avec leurs flots de violence, d’horreurs, de sang versé. Alors, oui, l’ami de Paul VI a été assassiné, et c’est justement le POURQUOI qui manque au puzzle, c’est cela qu’on ignore, qui a été et qui sera encore pendant très longtemps caché, et que l’Histoire fera peut-être découvrir un jour comme ayant été le secret de Polichinelle...

    M. Cool dit qu’il n’y a pas de "génération Paul VI", comme il existe une génération Jean-Paul II. Serait-il possible, sans idée de démentir cette assertion, de dire - et même d’affirmer - qu’une "génération Paul VI" a existé - et continue d’être présente -, sauf que c’est la génération silencieuse elle aussi et pourtant témoin de visu et de vécu d’un fait historique : la rencontre du Pape de Rome et de Mgr Athénagoras sur la terre de Jésus. On ne reviendra pas sur ce qu’aura enduré ce Patriarche orthodoxe principalement par les églises de Grèce à cause de ce fait inscrit dans l’Histoire.

    Le Père du Mensonge est toujours là dont la volonté principale est de détruire les peuples, l’Eglise et le monde, seulement voilà, il y aura toujours en face Celui qui entraveras l’exécution totale des calculs homicidaires, des volontés de mainmise sur les esprits et des avidités de toute-puissance.
    Oser défier l’Esprit s’est toujours soldé par une défaite. C’est ce que Mamon n’a pas encore compris.

  • Bref tous les papes sont des saints depuis Jean XXIII : il n’y a plus qu’à attendre la canonisation de Benoît XVI et celle bien sûr de François. Quel malheur pour les papes qui sont nés "avant". Heureux papes nés après l’apparition de la Lumière et des "grâces innombrables " qui s’abattirent sur l’Eglise et le monde et où les "ténèbres’ reculèrent.....
    Ce qui commence à me lasser dans cette surenchère de canonisations, c’est que l’on ne décrète pas tant la sainteté d’un chrétien mais qu’il s’agit surtout de canoniser un concile qui encore et toujours suscite des interrogations.
    Pourquoi ne pas décréter une bonne fois pour toutes que la Papauté depuis Vatican II est sainte, ainsi cela dispensera de se croire obligé de canoniser à tour de bras.
    Paul VI était un homme qui aimait l’art et les lettres, comment a-t-il pu tolérer ce que nous avons subi dans ce domaine dans l’église depuis que "la lumière" a paru dans les années 60. Moi c’est le grief que je fais au malheureux Paul VI...alors je propose la canonisation de Benoît XVI pour avoir "enfin" avec sagesse dit des vérités. A chacun sa canonisation !

  • En toute simplicité : il conviendrait de réparer un lapsus : "malheureux Paul VI", et lire plutôt "Bienheureux Paul VI", puisqu’il ne sera pas canonisé avant dimanche prochain, 14 octobre 2018. Simple question de calendrier. Nulle part dans le message précédent on trouve les termes "saint Paul VI". Et en toute confidence : il y en a qui n’ont pas attendu la pose de la prochaine auréole sur Gianbattista Montini pour le rejoindre par la pensée ET la prière.

    Quant au bienaimé Benoit XVI, bonne idée que de "proposer" sa canonisation, sauf que, Dieu merci, il est encore parmi nous ! Pourquoi précipiter le temps du Seigneur qui n’est pas le nôtre, au lieu de continuer plutôt à se nourrir de la sagesse de Josef Ratzinger, pape émérite Benoit XVI, qui n’a cessé d’approfondir notre regard et ouvrir notre coeur sur le monde et sur la sainte liturgie. Et qui, lui non plus, n’aura échappé à la petitesse, à la rancoeur et à la bêtise de bien de ses coreligionnaires et autres.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication