Saint Martin et l’armistice

par Gérard Leclerc

lundi 11 novembre 2019

Abbaye Saint-Germain d’Auxerre. Sculpture. Saint-Martin. 16e siècle. France.
© Pascal Deloche / Godong

Que la commémoration de la fin de la Première Guerre mondiale coïncide avec la fête de saint Martin, une des grandes figures de la fondation du christianisme chez nous, peut être reçue comme un signe, au moins à titre militaire. Martin, en effet, était lui-même fils de militaire et l’on prétend que son nom avait un rapport avec Mars, le dieu de la guerre. Toujours est-il que ses premières années sont profondément marquées par la carrière paternelle et par son entrée dans l’armée à l’âge de quinze ans. Même si ce n’est pas de son plein gré qu’il suit l’exemple de son père, il ne fait pas de doute qu’il servit Rome, notamment dans une unité d’élite de la garde impériale. Un soldat, qui est resté dans l’imagerie populaire à cause du don de la moitié de son manteau à un pauvre transi de froid. Toutefois, chrétien de désir depuis son enfance, ses convictions lui interdisaient, selon son historien, de verser le sang, ce qui ne l’empêchait pas de s’exposer comme bouclier humain face à l’ennemi.

Cette première phase d’une existence, qui sera suivie d’une autre, extraordinairement féconde comme apôtre de la foi, nous impose une réflexion sur le paradoxe du chrétien voué à la paix dans l’esprit des béatitudes et pourtant confronté à son devoir civique. Non, le christianisme n’a jamais condamné la vocation militaire, même si sa nature est éminemment pacifique. Comment ne pas se rappeler l’épisode de l’Évangile où Jésus reçoit l’appel pressant d’un centurion de l’armée romaine en faveur de la guérison de son serviteur. Nous connaissons par cœur les paroles transposées de ce centurion pour les répéter à chaque messe : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ». En écho, nous entendons Jésus déclarer : « Même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! »

La foi de ce centurion constitue-t-elle une incitation à fonder la figure d’un soldat chrétien, celui que fut Martin à sa manière ? Il est certain que dans notre histoire, et notre histoire la plus récente, il y eut des modèles de soldats affectés de la modification chrétienne. On peut penser à l’ami et compagnon de Charles de Foucauld, Laperrine. Mais il en est bien d’autres. En ce 11 novembre, ce peut être l’objet de toute une méditation.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 11 novembre 2019.

Messages

  • Difficile d’évaluer le prix de la paix retrouvée en 1918 et celui de la guerre comptée en chiffres et en lettres rouges de sang et d’épreuves.

    Difficile de rapporter la fin des hostilités et l’évocation de la paix universelle qui ne dura que peu de temps et traverse l’histoire contemporaine de conflits endémiques, aux quatre latitudes du monde.

    Faire de ce jour anniversaire de l’armistice de 1918 une journée de la paix universelle ne répond totalement aux familles des victimes des combats passés qui demandent pour leurs enfants un devoir de mémoire et une juste récompense de leurs sacrifices.

    Aujourd’hui plus qu’hier de toute évidence où les enjeux de l’ONU et de son engagement pour restaurer la paix dans les conflits larvés et menaçants du monde, traduisent à frais nouveaux et dans un langage inédit ces opérations de l’urgence,au péril de la vie des acteurs, et loin parfois d’un sens de l’honneur militaire d’antan.

    Face aux combattants existent des postures différentes, chacune mettant sa vie en péril, chacune mûe par une conception de l’engagement peu commune.

    Se défendre et se sauver soi même, et vouloir sauver des tiers menacés, telle est la prouesse du soldat engagé.
    Cette conception de la guerre juste, proportionnée et réfléchie est-elle la même pour toutes les armées sur le terrain aujourd’hui ?
    Les militaires et observateurs peuvent le dire, mais il semblerait que les avis soient partagés.

    La guerre des invasions, celle des vengeances, celle des racismes latents, celle des populismes politiques, celle de la misère ou celle à venir de la survie des humanités menacées par la faim et les défis environnementaux,font état de situations bien distinctes, mettant en cause des origines singulières des conflits.

    Le métier de soldat professionnel et de terrain, la pratique de l’information menée à grande échelle,
    les risques pris pour survivre, l’usage possible de menaces atomiques sans précaution font état d’un monde dangereux.

    Il n’est pas simple de mesurer les risques collatéraux de ces combattants de l’extrême qui assurent notre sécurité et la liberté, vertus premières de notre mode de vie partagé.

    Loin de quelque improvisation personnelle, le métier de soldat d’aujourd’hui demeure complexe, difficile et risqué !

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