Saint Benoît patron de l’Europe

par Gérard Leclerc

mardi 31 octobre 2017

Aujourd’hui veille de la fête de tous les saints, il nous est permis de nous interroger sur ce que nous devons à ces personnalités singulières qui contribuent à structurer ce grand corps que constitue l’Église et dont le Christ est la tête. La tradition réformée a marqué sa réticence à l’égard de ce qu’on appelle le culte des saints, mais nous n’avons pas à nous tromper sur la mission de ceux et de celles auxquels nous sommes associés mystérieusement à travers une communion qui est l’œuvre du Salut. Justement, le pape François vient de proposer, dans un discours d’une force singulière, l’exemple de saint Benoît, fondateur du monachisme occidental et patron de l’Europe.

Le Pape s’exprimait à l’occasion d ’une rencontre suscitée par la Commission des épiscopats de la Communauté européenne : « Au déclin de la civilisation antique, tandis que la splendeur de Rome devenait les ruines que nous pouvons admirer aujourd’hui encore dans la ville, tandis que de nouveaux peuples exerçaient une pression aux frontières de l’antique Empire, un jeune a fait résonner la voix du psalmiste : “Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur ?” (Benoît, Règle, Prologue, 14. Ps 33,13). » Et François de souligner la nouveauté de la fondation projetée par Benoît à cette période où il s’agissait de refonder dans des conditions difficiles : « Pour Benoît, il n’y a pas de rôles, il y a des personnes ; il n’y a pas d’adjectifs, il y a des substantifs. Voilà l’une des valeurs fondamentales que le christianisme a apporté : le sens de la personne, créée à l’image de Dieu. À partir de ce principe, se construiront les monastères qui deviendront en même temps un berceau de la renaissance humaine, culturelle, religieuse et aussi économique du continent. »

Je n’ai pu m’empêcher de rapprocher ce rappel historique de la réflexion d’un chrétien américain, Rod Dreher [1], qui, lui aussi invoque l’exemple de saint Benoît pour notre temps, en montrant que tous les aspects de la règle bénédictine répondent exactement aux sollicitations de nos contemporains, même si celles-ci ne savent pas se formuler. Bien sûr, la règle est faite pour les moines, mais « la sagesse qu’elle prodigue est assez simple à adapter dans le quotidien des chrétiens laïcs ». La Toussaint nous permet ainsi de revenir à ceux que Bernanos appelait « nos amis les saints », les plus secourables de nos intercesseurs et nos modèles très concrets pour aujourd’hui.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 31 octobre 2017.


[1Rod Dreher, Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus. Le pari bénédictin, Artège.

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