Sacré temps

par Fabrice de Chanceuil

lundi 29 décembre 2014

En cette période de vœux, beaucoup ont offert des étrennes à leur facteur en échange de l’indétrônable almanach des Postes qui, au-dessus de la cheminée ou sur le mur de la cuisine, égrainera les jours de l’année 2015. Les plus curieux auront déjà observé, au bas du mois de février, cette étrange mention : Épacte 10, Lettre dominicale D, Cycle solaire 8, Nombre d’or 2, Indiction romaine 8.

Il s’agit, en fait, de ce qu’on appelle le comput ecclésiastique (computus signifiant calcul en latin), ensemble d’opérations permettant de calculer chaque année, dans le calendrier grégorien qui est le nôtre, les dates des fêtes religieuses mobiles et notamment celle de Pâques.

La définition ecclésiastique actuelle de la date de Pâques est celle adoptée en l’an 325 par le concile de Nicée, convoqué par l’empereur romain Constantin : « Pâques est célébré le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 Mars ou immédiatement après.  » Le quatorzième jour de la Lune étant le jour de la Pleine Lune et le 21 mars correspondant à la date de l’équinoxe de Printemps, c’est-à-dire le début du Printemps, cette définition est souvent mal interprétée en laissant supposer que Pâques est le résultat d’un calcul astronomique fondé sur la détermination de l’équinoxe de Printemps et de la première Pleine Lune suivant cet équinoxe. En réalité, le calcul de la date de Pâques se fait à l’aide d’un calendrier perpétuel lunaire utilisant une Lune moyenne fictive, la Pleine Lune «  ecclésiastique  », qui peut différer de la Pleine Lune réelle d’un ou deux jours. L’Église ne tient donc pas compte du mouvement réel de la Lune et utilise une Lune fictive mais régulière pour son calcul des dates des fêtes religieuses mobiles.

L’épacte est le nombre qui indique l’âge de la Lune «  ecclésiastique  » au 1er janvier, diminué d’une unité, en convenant de désigner par 0 son âge le jour où elle est nouvelle. Comme une lunaison compte 29 jours et quelques heures, l’épacte peut varier de 0 à 29 (10 en 2015). De la valeur de l’épacte, on déduit la date de la Pleine Lune qui survient le 21 mars ou immédiatement après. Puis, par la lettre dominicale, on obtient la date du dimanche suivant, le jour de Pâques qui, en 2015, tombera donc le 5 avril.

La lettre dominicale indique les dimanches d’une année selon une convention qui désigne, à partir du 1er janvier, les jours successifs de l’année par A, B, C, D, E, F, G, en recommençant la série des sept lettres quand elle est épuisée. Les jours de même nom sont donc désignés par la même lettre. Comme le 1er janvier 2015 est un jeudi, A désigne les jeudis, B les vendredis, C les samedis et D les dimanches qui est donc la lettre dominicale de l’année.

Le cycle solaire (ou cycle dominical) est une période de 28 ans à la fin de laquelle reviennent, dans le cycle julien, les mêmes lettres dominicales. Chaque année peut être caractérisée par son rang (entre 1 et 28) dans ce cycle, en l’occurrence 8 en 2015.

Le nombre d’or, qui n’a rien à voir ici avec celui des mathématiques, a été découvert en 433 avant J.-C. par l’astronome grec Méton selon lequel 19 années solaires valent 235 lunaisons : ainsi, après 19 années, les phases de la Lune reviennent aux mêmes dates des mêmes mois.

Le rang d’une année dans le cycle de Méton a pris le nom de nombre d’or qui est donc compris entre 1 et 19. Le nombre d’or est égal au reste de la division par 19 du millésime de l’année, augmenté de 1, l’an 1 de l’ère chrétienne ayant 2 pour nombre d’or tout comme l’année 2015.

Enfin, l’indiction romaine est une période de 15 années, purement conventionnelle et n’ayant aucune signification astronomique : elle correspondait, à Rome, au temps des empereurs, à la perception d’un impôt exceptionnel.

Les empereurs Constantin (indiction byzantine, en 312) et Charle­magne (à partir de 800) ont chacun réactualisé cette manière de décompter pour rendre valides les actes juridiques.

Les papes, depuis au moins Gré­goire VII (1073-1085) — le principal artisan de la réforme grégorienne — ont fait commencer l’indiction au 1er janvier 313. Les années portent un numéro compris entre 1 et 15, qualifié d’indiction romaine qui est égale au reste de la division par 15 du millésime de l’année augmenté de 3, ce qui donne 8 en 2015, car la huitième année du cycle commencé en 2007.

L’indiction romaine a été employée par les notaires turinois jusqu’au XVIIIe siècle et par le Saint-Empire jusqu’en 1806. Son usage s’est raréfié mais les bulles papales, pour leur part, sont toujours datées en faisant mention de l’indiction.

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